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Dohko, chevalier d'Or de la Balance

La balance et Thémis (mythologie grecque)

Dans la mythologie grecque, la balance est un des emblèmes de Cronos, avec lequel il peut mesurer la vie humaine, les ans, les saisons, les jours et les nuits. Mais elle est le plus souvent associée à Thémis, titanide fille d'Ouranos et de Gaïa, personnifiant la justice (la symbolique est restée, la justice étant très fréquemment représentée comme une femme arborant glaive et balance).

Thémis se rallia aux Olympiens dans la titanomachie (la lutte contre les Titans). C'est sur son conseil que Zeus se fit une cuirasse de la peau de la chèvre Amalthée (sa nourrice lorsqu'il fut recueilli et élevé à l'écart de son père Cronos qui dévorait ses enfants) avant de partir en guerre.
De ce fait, elle était la seule titanide à vivre sur l'Olympe. Elle présidait le droit et la justice auprès du roi des dieux, et selon la tradition elle avait fondé le site de l'oracle de Delphes. Elle eut plusieurs enfants de Zeus (certaines traditions en font toutefois la mère de Prométhée qu'elle eut de son époux Japet) : les Heures (divinités présidant aux saisons), les Moires (divinités personnifiant le Destin), Astrée et les Nymphes de l'Eridan. Astrée hérita des attributs de sa mère en tant que personnification de la Justice. Quand elle se retira du monde à cause de la corruption des hommes, Zeus la plaça dans le ciel sous la forme de la constellation de la Vierge, qui précède celle de la balance, laquelle fut donc associée à Astrée ou Thémis (les deux divinités étant alors plus ou moins confondues).



La balance dans la mythologie égyptienne

Dans la mythologie égyptienne, la balance est associée à la psychostasie, ou pesée des âmes, par laquelle les morts sont jugés. L'imagerie représente habituellement Anubis (le dieu des morts, à tête de chacal) ou Horus (le dieu solaire, à tête de faucon) effectuant la pesée entre le coeur du défunt et la plume de la déesse de la Justice Maât. Si la balance s'équilibre, le défunt est dit « justifié » ou « juste de voix » et est conduit devant Osiris. Si le coeur du défunt est plus lourd que la plume de Maât, il est dévoré par une bête du nom d'Ammemet.
A noter que ce concept a été repris dans Saint Seiya pour l'attaque principale du spectre Pharaon.




Tigre, Dragon, Ying, Yang et taoïsme



Le fait que l'armure de la Balance soit équipée d’armes dites « externes » (par opposition aux armes « internes » comme la flèche du Sagittaire ou la chaîne d'Andromède) vient peut-être du deuxième attribut de Thémis, le glaive. En revanche, les attaques de Dohko n'ont a priori aucun rapport direct ou indirect avec la symbolique de la balance et/ou la mythologie grecque. En fait, Masami Kurumada s'est inspiré de mythes orientaux pour établir un parallèle formel avec la symbolique occidentale (probablement motivé en pratique par le fait que le signe de la Balance se prête peu à des attaques spectaculaires, il en est de même d'ailleurs pour celui de la Vierge et dans une moindre mesure pour certains autres signes...).
Dohko est placé sous la protection de deux animaux fréquemment complémentaires dans la pensée chinoise : le tigre (qui apparaît derrière lui lorsqu'il s'apprête à lancer l'attaque des Cent Dragons lors de son combat contre Shion) et le dragon (utilisé dans la plupart de ses arcanes).



Le nom de Dohko, « enfant tigre » en cantonnais, et le casque de la balance qui évoque une tête de tigre marquent assez clairement une volonté de la part des scénaristes et de Masami Kurumada d'en faire l'animal protecteur du chevalier de la Balance.

Cette représentation des deux animaux tire son origine de la théorie des cinq éléments et de celle des deux principes yin et yang. Les deux ont coexisté assez tôt, les implications de la première étant discutées dans le Yi Jing ou Livre des Mutations. Si les deux théories ont été acceptées par les différents courants de pensée, c'est surtout le taoïsme qui les reprendra à son compte.

Dans la pensée chinoise, Yin et Yang sont deux états de la réalité, le premier correspondant par exemple à la passivité, à la nuit, au féminin, au froid... et le deuxième à l'activité, au jour, au masculin, à la chaleur... Toutefois il ne faut pas comprendre ces deux états comme opposés mais mélangés et imbriqués. Toute chose est à la fois yin et yang, et peut basculer d'un état dominant à l'autre. Elle s'accompagne également de son complémentaire, comme le versant éclairé d'une montagne ne peut exister que si l'autre est dans l'ombre.
La complémentarité et l'imbrication des deux états est montrée par le symbôle du taijitu, chacun des deux contenant la source de l'autre.

Le taoïsme, religion et mystique chinoise qui doit son origine au Tao-Tö king de Laozi ou Lao-Tseu et à différents cultes populaires de la nature, enseigne la voie (ou Dao) à suivre pour atteindre le Tao. Il s'agit d'un principe absolu et neutre qui fait l'unité de l'univers et qui est caractérisé par l'interaction des deux principes yin-yang (négatif et positif) et du principe de l'« éternel retour » (cercle éternel). L'aspect courbe de la frontière entre blanc et noir dans le taijitu montre que la voie à suivre est difficile. Il s'agit d'éviter les changements violents, conséquences d'un tao trop déséquilibré. L'idéal du taoïsme repose sur la recherche de la passivité dans l'action afin de retrouver l'harmonie avec la nature, ce qui peut sembler paradoxal mais qui ne l'est pas puisque ne rien faire, c'est en réalité aussi faire quelque chose.

Pour expliquer l'imagerie du tigre et du dragon vue dans la série, nous avons besoin d'en venir à la théorie des cinq éléments qui sont : le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau.
Bois, terre et eau sont associés au yin dès le Tao-Tö king et le métal et le feu au yang. A ces éléments sont également associés des animaux que l'on retrouve dans l'astrologie chinoise, où ils sont nommés « gardiens célestes », un pour chaque direction cardinale. Ce sont respectivement le dragon azur de l'est, la tortue noire du nord, le tigre blanc de l'ouest et l'oiseau vermillon (le phénix) du sud. Les quatre directions cardinales correspondent à quatre quadrants du ciel dans lesquels les constellations sont rangées. A ces quatre gardiens, la pensée chinoise a également associé un cinquième, le quilin (la licorne jaune), de telle façon que chacun puisse également représenter les cinq éléments : le bois pour le dragon azur, le feu pour le phénix, la terre pour le quilin, le métal pour le tigre blanc et l'eau pour la tortue. Dragon et Tigre sont donc associés au yin et au yang, d'où l'utilisation qui en a été faite dans la série pour faire un parallèle avec le sens de l'équilibre traditionnellement associé au signe de la balance.

Dohko représente l'idéal du taoïsme dans la série. Il est en effet amusant de noter qu'il reste bien souvent à méditer devant la cascade de Rozan, mais que cette attitude cache le secret de sa mission, à savoir surveiller la tour où sont emprisonnées les âmes des spectres de Hadès. S'il est toutefois improbable que Masami Kurumada ait pensé à cela dès le début de la série, le parallèle avec les moyens prônés par la doctrine taoïste est néanmoins très fort ! Les scénaristes de l'animé ont peut-être eux aussi fait un clin d'oeil au taoïsme dans le chapitre Asgard, où dans un flashback on voit Dohko affronter l'ancêtre du guerrier Divin Alberich de Mégrez. Face à l'attaque des Esprits de la Nature, Dohko fait appel à l'Harmonie avec la Nature pour rendre inactifs les éléments qui l'agressent. On peut donc voir un parallèle (peut-être non voulu, mais l'analogie est troublante...) avec le taoïsme qui passe précisément par une recherche de l'harmonie avec la nature !
Enfin, le chevalier d'Or de la Balance est censé être le plus juste des chevaliers d'Athéna, le seul à qui des armes « externes » à son armure ont été confiées et dont la sagesse lui permet de décider quand les utiliser. Dès lors, les aspects liés à la recherche de la sagesse dans le taoïsme entrent en résonance particulière avec la fonction qu'occupe Dohko au sein de la chevalerie...
Si, dans le manga, il n'a que Shiryû comme disciple, dans l'animé, un autre lui a été ajouté : Okko. Commençons par signaler l'étymologie des noms des deux disciples : Shiryû signifie « dragon pourpre » et Okko « roi-tigre ». Il n'y a rien d'innocent à cela car en fait on retrouve les aspects liés au tigre et au dragon chez chaque disciple de Dohko. Dans l'animé, Okko se montre impulsif et ne termine pas son entraînement, car assoiffé de nouveaux combats. A l'inverse, Shiryû est calme et réservé lors des flashbacks de leur jeunesse, il incarne bien le dragon et l'aspect yin. En somme Okko ne parviendra pas à trouver l'équilibre et sera en conséquence banni par Dohko, alors que Shiryû saura développer par la suite un caractère bien trempé pour mériter son armure.

Pour conclure, citons ce passage du Tao-tö king, qui éclaire à sa manière le rajeunissement de Dohko dans Hadès et illustre merveilleusement toute l'histoire de Dohko dans Saint Seiya :
Qui sait par le repos passer peu à peu du trouble au clair et par le mouvement du calme à l'activité ?
Quiconque préserve en lui une telle expérience ne désire pas être plein.
N'étant pas plein, il peut subir l'usage et se renouveler.

Crédits :
http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/lastrologie-chinoise_962.html
http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/chine.yin-yang.html
http://www.friesian.com/yinyang.htm
http://mythologica.fr/grec/themis.htm

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