Le motif très caractéristique formé par les sept étoiles principales de la constellation de la Grande Ourse, et le fait qu’elles ne se couchent jamais pour les peuples vivant sous des latitudes tempérées, lui ont valu d’être associée à de nombreux récits mythologiques.
Dans la mythologie grecque, cette constellation perpétue le souvenir de la nymphe Callisto. Celle-ci, fille du roi d’Arcadie Lycaon, avait promis à la déesse de la chasse Artémis de lui consacrer sa vie entière. Elle menait donc, en compagnie de ses sœurs les nymphes, une joyeuse existence de chasseresse dans les forêts ombragées de la Grèce. A cette époque, Zeus parcourait le monde des Hommes, et employait ses pouvoirs divins à soigner les plaies béantes que la chute du char solaire, conduit par le présomptueux Phaéton, avait infligées à la Terre. Un jour, Zeus aperçut Callisto, alors qu’elle se reposait seule dans l’ombre protectrice de la forêt. Le volage maître de l’Olympe s’enflamma immédiatement d’une irrésistible passion : afin de ne pas effaroucher la belle, il prit pour s’approcher d’elle l’apparence de la déesse Artémis. Subjuguée par cette céleste apparition, Callisto ne résista guère et se laissa enlacer, comme une sœur d’abord, plus tendrement ensuite. Toutefois, surprise par l’ardeur des baisers de la prétendue déesse, Callisto finit par prendre peur et se débattit. Zeus révéla alors son identité, en reprenant son apparence flamboyante. La frêle Callisto ne put résister longtemps à ses assauts passionnés, et dut lui abandonner sa précieuse virginité, apanage nécessaire des prêtresses d’Artémis. Son désir assouvi, Zeus s’en retourna prestement vers l’Olympe, pour ne pas éveiller les soupçons de son acariâtre épouse Héra, et il abandonna à son sort la pauvre Callisto, meurtrie de n’avoir pu tenir ses engagements envers la déesse. A partir de ce jour, Callisto, jadis toujours enjouée et espiègle avec ses compagnes, devint mélancolique. Neuf lunes plus tard, alors que les nymphes chasseresses s’ébattaient dans les eaux profondes d’un lac, elles forcèrent par jeu Callisto à se dévêtir, afin qu’elle profite elle aussi de la fraîcheur de l’eau, et elles découvrirent horrifiées son état. Elles bannirent à jamais Callisto de la suite d’Artémis et l’accablèrent de reproches et d’injures...
Les malheurs de l’innocente nymphe ne s’arrêtèrent pas là : quand Héra apprit que Callisto venait de donner naissance à un fils de Zeus, Arcas, elle retrouva la nymphe en exil, et la projeta furieusement sur le sol. Suite aux incantations magiques d’Héra, la douce voix de Callisto se transforma en un grondement sourd, et son corps se couvrit de poils et de griffes ; la déesse la condamna à errer à jamais dans la forêt sous la forme d’une ourse, traquée sans relâche par ses anciennes compagnes de chasse. Sous cette forme bestiale, Callisto vécut de longues années dans la forêt. Un jour, elle reconnut son fils Arcas, devenu adulte, sous les traits d’un chasseur... Toute à sa joie, elle oublia un instant son aspect et courut vers lui pour l’étreindre. Se croyant en danger, Arcas s’apprêtait à tuer l’ourse d’une flèche lorsque, pris de pitié, Zeus transforma également Arcas en ours. Pour mettre à jamais à l’abri son éphémère passion et son rejeton, Zeus les métamorphosa tous deux en étoiles, et les plaça au firmament, sous leurs formes animales. La colère de Héra apprenant cette décision irrévocable de Zeus fut terrible : elle reprochait à Zeus d’avoir élevé cette mortelle au rang des dieux, pour pouvoir l’épouser impunément après s’être débarrassé d’elle. Lassé, Zeus accéda à la dernière requête de son épouse : Callisto n’aurait désormais plus aucun repos et ne pourrait jamais se baigner dans les flots apaisants de l’Océan, et devrait trôner en permanence dans le ciel, parmi les astres, sans jamais toucher l’horizon...