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Sous la colère des cieux
Le nuage
gris virait petit à petit au noir le plus sombre. Des réactions en
chaîne conduisaient à la formation de flocons et de gouttelettes
glaciales qui s'apprêtaient à rejoindre le sol lorsque le nuage ne
pourrait plus retenir ses projectiles. L'éclair qui zébra le ciel
obscurci résonna comme un signal. Un premier trait de glace quitta le
nuage, et plongea en direction du sol. Sa vitesse vertigineuse profila
peu à peu sa forme, la chute générant un petit frottement de chaleur
qui aiguisait le projectile fondant vers sa cible. Suivi de milliers,
de millions de ses semblables, il se fraya un chemin entre les branches
éparses des arbres qui tentaient de s'opposer à leur assaut. Le trait
glacial arriva bientôt en vue du sol, lorsqu'une bourrasque le fit
dévier de sa trajectoire ; il tombait à présent dans une crevasse, vers
les entrailles de la terre, traversant les décombres de la crypte de la
Dame-Araignée. La colère d'Odin avait littéralement pulvérisé le temple
sombre, offrant une voie dégagée pour l'averse de neige et de grêle qui
fonçait vers les défenseurs d’Asgard. La flèche glaciale se ficha
devant Memnoch, sans qu'il réagisse. En un instant, des milliers de ses
semblables s'écrasèrent sur le sol de pierre, dans un fracas sourd et
froid. Memnoch leva la tête et ferma les yeux, appréciant la douceur
des flocons qui caressait son visage, oubliant la dureté des grêlons
qui claquaient sur son casque déformé par les combats précédents.
« Ne reste pas là, viens avec nous sous la dalle de pierre, tu seras à l'abri ».
Memnoch
regarda Meijuk sans dire un mot. Son compagnon portait Liu, visiblement
assommé, le visage ensanglanté sous les coups de la faux noire
d'Allani-Ettitu.
- Regarde-nous Meijuk. Hanz, Liu, Ryusei sont
blessés, nous sommes tous sous le choc des attaques de cette maudite
déesse, Yshba est mort ... laisse-moi profiter de cette quiétude
passagère, je doute qu'elle dure encore longtemps.
- A ta guise.
Mais ne tarde pas sous cette averse glaciale, il nous faut reprendre
des forces avant l'assaut final. Dimitre a fait un feu, tu seras mieux
avec nous, au chaud.
- Tout à l'heure, je vous rejoindrais dans un moment.
Les
guerriers d'Odin s'étaient réunis au milieu des décombres de la pièce
des gardes. Dimitre avait pris l'initiative de rassembler des morceaux
de bois pour faire un feu, utilisant certaines poutres se consumant
doucement après l'attaque de la Déesse-Araignée. Meijuk déposa
délicatement son compagnon auprès de ses amis, Inyan s'assurant de sa
santé après s'être occupé du bandage de Ryusei. « Il est juste
inconscient, il reviendra à lui dans quelques instants. Il a perdu la
moitié de son oreille droite, je vais devoir lui bander la tête ».
-
Il vit encore, il a eu plus de chance qu'Yshba. Nous avons eu plus de
chance ... c'est le second, après Siegard, encore une fois sous les
coups d'une divinité.
« Nous servons une divinité, nous
connaissons les risques. Nous pleurerons plus tard ; Yshba restera dans
nos mémoires, comme Siegard avant lui. Odin en personne est venu à
notre secours, nous ne pouvons le décevoir. Il nous faut battre notre
dernier adversaire, libérer Asgard du mal qui le ronge. Le roi des
Elfes Noirs doit disparaître. C'est ce qu'Yshba aurait voulu ». Rahotep
avait martelé ses mots avec force, tels des coups destinés à pourfendre
un adversaire. Plus que jamais, il était déterminé à en finir. Plus que
jamais, il s'imposait comme le leader des guerriers d'Odin en cet
instant tragique qui avait vu la disparition d'un des leurs.
La
brume s'était à présent engouffrée dans l'ensemble du corridor. Elle
était par endroit moins dense, mais elle adhérait partout comme un
linceul frigorifiant.
- Les Elfes Noirs ne redoutent pas ce
froid, leur Roi doit préparer le terrain à son avantage avant notre
assaut, avança Nibel en se mouchant dans un grand morceau de tissu
qu'il avait sortit des lambeaux de son manteaux de peau. « J'ai bien
peur que cette atmosphère ne nous affaiblisse davantage encore »,
poursuivit-il le visage bleu de froid.
- Nous devrions attaquer
sans tarder. Il faut profiter de l'effet de surprise. Nous devrions
égorger ces chiens dans leur sommeil et nous vautrer dans leurs
entrailles !
- Dimitre, quel effet de surprise ? Crois-tu que le
Roi n'est rien entendu dans sa pièce ? Tu as vu ce qu'il reste de cette
crypte ? Il doit bien savoir que son alliée est morte ! Peut-être même
a-t-il fui.
- Non Bjarnulf, il est bien là. Il se prépare, comme
nous. L'ultime pièce renferme la source de son pouvoir, les ultimes
connaissances d'Allani-Ettitu, il ne les laissera jamais, sinon il
perdrait tout.
- Tu as sans doute raison Akurgal.
- Et
bien moi j'ai hâte qu'on en finisse. Ce froid me ronge les entrailles.
Il n'est pas normal, chaque inspiration nous rapproche d'une mort
lente. Ma terre de Germanie est pourtant connue pour ses hivers
rigoureux : là ce n'est pas la même chose. Regardez Ulv, même le loup
d'Yshba semble succomber au froid.
- Ou à la tristesse d'avoir perdu son maître, Thrall.
Memnoch
se rapprocha enfin, armes à la main. Il ne s'assit pas, considérant ses
compagnons avec regard pensif. « Ils se préparent, affirma-t-il enfin,
ils sont nombreux, la salle est vaste. Je pense qu'il doit y avoir des
dizaines d'Elfes Noirs et d'Odjurwigs».
- Qu'est-ce que tu racontes Memnoch ?
-
La porte s'est ouverte au moment où je m'en rapprochais. La salle est
plongée dans une clarté étrange, nos ennemis nous attendent en rangs
serrés. Ils ne viendront pas à nous, c'est certain. Le Roi des Elfes
Noirs semble se tenir sur une estrade, au loin, protégé par une
muraille de ses meilleurs guerriers. Ils ne fuiront pas, ils attendent
le dénouement, comme nous. Oui, Bjarnulf, je sais ce que je raconte ;
le moment que nous attendions depuis notre entrée dans cette crypte
maudite nous tend les bras, l'ultime combat qui décidera de la
sauvegarde d'Asgard !
« Ne les faisons pas trop attendre dans ce cas. Hanz, Liu, Ryusei, vous tiendrez le coup ? »
Les
trois hommes se levèrent et fixèrent Inyan, se contentant de hocher la
tête en guise de réponse. Ce dernier fouilla dans sa sacoche et sortit
une fiole noire qu'il fit passer à chacun de ses compagnons. « Ce n'est
pas très bon, c'est un peu fort mais ça nous aidera un peu. C'est un
alcool qui atténue la douleur. Nos sens seront un peu moins incisifs,
mais je crois que ce qui nous attend ressemblera plus à une boucherie
qu'à un combat nécessitant une réflexion débordante ».
- Nous
devrions justement préparer un plan, rétorqua Meijuk en s'essuyant la
bouche après avoir ingurgité sans broncher la potion de son compagnon.
- Tu as une idée derrière la tête ?
-
Oui Nibel, j'y réfléchis depuis tout à l'heure. Je me doutais bien que
le Roi avait gardé quelques gardes auprès de lui. Notre mission
principale est de nous occuper du Roi, il nous faudra l'atteindre au
plus vite. Ses guerriers ne nous laisseront pas faire, alors voici ce
que je propose : que les plus forts d'entre nous, je parle de force
physique, charge la masse des gardiens. Dès qu'une brèche sera créée,
les autres devront se charger du Roi.
Akurgal prit un morceau de
bois à demi consumé et traça sur le sol grisâtre la scène de la
bataille. « C'est certainement un grand sorcier, ses pouvoirs risquent
de nous rendre la tâche particulièrement difficile. Nous devrions nous
diviser en trois groupes. Le premier, comme tu l'as proposé Meijuk, se
chargera d'occuper la masse des guerriers. Un second se tiendra en
retrait et utilisera nos dernières flèches enchantées pour fixer le
Roi. Le dernier groupe ira au contact de ce dernier. Je pense également
que nous devrions garder en dernier recours les pouvoirs que certains
d'entre nous maîtrisent : nos décharges énergétiques nous serviront en
ultime recours et serons d'autant plus efficaces que nous aurons
l'effet de surprise».
Le plan fut approuvé par
l'ensemble des serviteurs d'Odin. Dimitre, Ryusei, Meijuk, Bjarnulf et
Memnoch, accompagnés de Ulv, s'avancèrent les premiers : ils allaient
affronter seuls une masse de guerriers déterminés à défendre de toutes
leurs forces leur Roi. Les Guerriers d’Odin avaient pris le temps de
resserrer leurs armures et choisi avec soins leurs armes : ils allaient
combattre à un contre dix, grande hache et épées à deux mains
s'imposèrent naturellement pour un combat où la rage allait supplanter
la technique. La partie semblait désespérée, mais ils n'avaient pas le
choix : il leur faudrait tout faire pour couper le souverain de ses
troupes. Liu fut désigné pour compléter cette première vague d'attaque,
assurant de ses dards empoisonnés un soutien décisif. Il avait décidé
de laisser son casque de côté, laissant son crâne nu à la portée des
coups de ses adversaires ; peu lui importait, il comptait sur son
agilité naturelle pour éviter les coups, et ce même si Allani-Ettitu
lui avait arraché un bout d'oreille lors du précédent combat. Thrall et
Hanz s'étaient partagé les flèches enchantées de givre, de foudre et
d'essences magiques : une fois leur carquois vidé sur le Roi sombre,
ils aideraient au corps à corps ceux qui en auraient le plus besoin.
Les derniers s'apprêtaient à affronter l'inconnu d'une lutte contre un
être d'essence quasi divine. Ils avaient cependant un avantage certains
par rapport au reste de leurs compagnons. Petit à petit, Inyan, Nibel,
Akurgal et Rahotep ressentaient les choses différemment, voyaient plus
vite, analysaient plus vite, sentaient au plus profond d'eux naître une
énergie qui, canalisée dans leurs mains, se transformait en trait de
lumière irradiant leurs adversaires. Cet atout, le Roi des Elfes Noirs
allait le découvrir au dernier moment. Sans un mot, les hommes
s'avancèrent dans le couloir. Les derniers serviteurs du Roi des Elfes
Noirs les regardèrent se mettre en position de combat. Un dernier
mugissement de vent glacial sembla indiquer que tout Asgard concentrait
ses pensées vers cette crypte maudite. Pendant quelques instants, le
silence retomba, une dernière fois. Bientôt les cris de rage et de
fureur allaient faire vibrer dans cet antique sanctuaire.
Le châtiment divin
Dimitre
et Memnoch chargèrent les premiers, avec un cri de rage qui inquiéta la
première ligne de combattants adverses. Ils semblaient assistés par la
colère d'Odin et une aura étrange scintillait autour des cinq guerriers
suivis de Ulv, animal assoiffé de vengeance après la perte de son
maître. Le choc initial fut d'une extrême violence et six premiers
Elfes noirs périrent avant d'avoir pu esquisser le moindre mouvement.
Les guerriers d'Odin sautèrent au milieu de la horde noire, faisant
mine de vouloir foncer sur le Roi. Ils se retrouvèrent ainsi encerclés,
mais ils avaient réussi la première phase du plan : accaparer les
regards de ses gardiens. Les combattants avaient déjà passé par le fil
de leurs lames plusieurs créatures adverses, dans une orgie de violence
rare. Les corps étaient tranchés, martyrisés, les membres gisaient pèle
mêle à même le sol, le sang recouvrait à présent l'ensemble des
guerriers d'Odin, comme s'ils s'en abreuvaient pour reprendre des
forces. Ulv sautait au cou de ses victimes, cherchant la carotide,
l'arrachant, puis passant à une autre victime, le pelage rougi par sa
propre fureur. Ryusei avait subi plusieurs vilaines blessures, et
Meijuk se tenait à ses côtés pour le seconder malgré ses protestations.
Liu multipliait ses traits empoisonnés, plongeant ses victimes dans
d'atroces douleurs. Ces corps pris de convulsions rendaient le combat
plus cauchemardesque encore.
Certains Odjurwigs lançaient des
attaques magiques au milieu de la mêlée, mais à leur plus grand
désarroi, les guerriers d'Odin paraient tous les coups, les attaques
allant s'écraser sur leurs propres congénères. Soudain, une gigantesque
main griffue et écailleuse traversa le champ de bataille et balaya deux
Elfes Noirs d'un geste ample, fauchant au passage les jambes de
Bjarnulf qui s'était un peu trop avancé. Memnoch se pencha prestement,
et retint son compagnon d'une main tandis que sa hache décrivait un arc
de cercle pour trancher la serre agrippée au guerrier qui cherchait à
l'entraîner dans un vortex qui s'était déchaîné à leurs pieds. Le bras
coupé se retira, laissant une traînée d'humeurs verdâtres et
nauséabondes, mais déjà une forme indistincte de plus grande taille se
dessinait au travers de la barrière. Quelque chose de beaucoup plus
gros que les assaillants précédents se préparaient à la franchir ... Le
Roi des Elfes Noirs, qui se battait à l'autre bout de la pièce, venait
de convoquer une créature directement sortie des enfers.
Lorsque
la forme brumeuse émergeant du gouffre devint plus nette et gagna de la
consistance, les serviteurs d'Odin ne purent s'empêcher de reculer, à
l'exception de Dimitre et Ulv trop absorbés par leurs duels. Le démon
était tellement haut qu'il devait se courber pour ne pas heurter la
voûte de sa tête hérissée d'une multitude de cornes ensanglantées,
jaillissant du cuir noir et épais de la créature à des angles étranges,
présentes également le long de l'épine dorsale et des bras. Les
interminables griffes adamantines de l'une des espèces de serres qui
lui servaient de main sifflèrent à quelques centimètres du visage de
Memnoch, tandis que les yeux de la créature allaient des uns aux
autres, emprisonnant chaque combattant une fraction de seconde dans
leur lueur rouge intense. Les Elfes Noirs avaient reculés, certains
fuyaient. Les Odjurwigs encore en vie entouraient la créature et
regardaient avec délectation le visage des guerriers d'Odin, empreints
de surprise et de peur.
Ces insectes prétendaient-ils s'opposer
au Roi de Nibelung ? Désiraient-ils s'emparer de la sagesse millénaire
d'Allani-Ettitu enfermée dans cette pièce ? Qu'importait leur but, ils
périraient tous, cette crypte serait leur tombeau. Quant aux autres qui
osaient mettre le Roi en difficulté, ils subiraient un sort plus
effroyable encore. Presque joueuses, les griffes d'adamantine
sifflèrent à nouveau en direction des guerriers, qui cette fois durent
se jeter de côté pour ne pas être frappé de plein fouet.
Meijuk
riposta et sentit son arme rebondir sur le cuir dur comme de l'os.
Remis de leur stupeur, les autres se répartirent autour de leur
adversaire, Dimitre rejoignant ses compagnons, Ulv déchargeant sa haine
sur un Odjurwig. Amèrement, Meijuk réalisa que la créature devait se
jouer d'eux. Aucun des coups qu'ils lui avaient portés n'avait beaucoup
d'effet apparent ... même la hache de Memnoch ... et le démon semblait
retenir ses coups comme pour faire durer le plaisir. Bjarnulf avait une
tempe en sang, son bras gauche pendait inerte, mais il continuait à
manier son arme de l'autre main en serrant les dents, son armure avait
été lacérée comme du papier mouillé sur sa jambe gauche, entamant à
peine les chairs mais provoquant de douloureux et brûlants
élancements...
A deux doigts de baisser son épée, en proie à une
nausée fiévreuse, Ryusei se rappela que pour le moment ils
remplissaient leur objectif. Ils avaient gardé la monstruosité à
l'écart du Roi, il fallait tenir.
« Ne lâchons rien, cette créature ne doit pas rejoindre les autres ! »
A
peine s'était-il retourner pour haranguer ses camarades qu'il
s'effondra : le démon venait de lui briser les deux jambes d'un coup
rasant, laissant le malheureux tomber en arrière, inconscient. Memnoch
hurla de rage tandis que Dimitre se jetait en avant sur le bras de la
créature, le lacérant de mille coups sans obtenir le moindre résultat
apparent. Memnoch semblait littéralement entrer en transe lorsque, au
bout de quelques instants, sa rage céda la place à une lucidité
étrange, tandis qu'une énergie qui n'était pas la sienne coulait dans
ses membres. Il courut à la rencontre du démon, qui pour la première
fois sembla avoir une lueur d'inquiétude dans le regard. Des rais de
brillance partaient du halo blanchâtre qui nimbait le guerrier,
enveloppant à leur tour ses alliés et leurs armes d'un éclat éminemment
brillant. Les Guerriers d'Odin disposaient en cet instant d'une vitesse
accrue et d'un regain de vigueur et de combativité.
« La fureur
d'Odin nous accompagne à présent, tu ne pourras plus te jouer longtemps
de nous », songea Meijuk en sentant pour la première fois son arme
mordre dans le cuir épais avant d'esquisser quelques pas de côté.
Rugissant, le démon virevolta pour lui faire face ainsi qu'à Dimitre,
ne pouvant éviter de se prendre un coup de hache dans un mollet de la
part d'un Bjarnulf redevenu aussi vindicatif que jamais malgré la large
blessure qui s'ouvrait dans son poitrail, mais lui flanquant tout de
même au passage un coup de genou hérissé de barbillons.
Fini
de jouer. Il n'était pas sérieusement blessé encore, mais si ces
insectes continuaient ainsi, ils allaient le mettre hors d'état, il ne
pourrait porter secours à son maître qui semblait, lui aussi, en
mauvaise posture face à ses adversaires ... La créature sentit soudain
un fluide chaud couler sur ses lèvres et sa bouche ... son propre sang.
Impossible ! Ces misérables insectes le transperçaient maintenant de
toutes parts ! Le monde à l'envers. Le vortex lumineux avait disparu,
il ne pouvait échapper à son funeste destin. Dimitre porta le dernier
coup, décapitant la créature convoquée par le Roi de Nibelung. Ce
dernier ne pouvait plus compter que sur ses derniers Odjurwigs qui se
ruaient à présent sur Memnoch et ses compagnons. Non, il restait un
espoir, un nouvel avatar du chaos arrivait par-delà une nouvelle porte
dimensionnelle, tout espoir n'était pas perdu.
En un
instant, le chaos total régna dans la pièce, tandis qu'un autre démon
plus petit que celui qui avait été vaincu et disparaissait dans un
magma de chair bouillonnante, s'extirpait du seuil, provoquant un tel
remou d'énergie chaotique qu'il envoya Meijuk et Dimitre, sonnés,
contre la paroi. Déployant avec un cri perçant ses ailes faites de
plaques de métal sombre tranchantes comme des rasoirs, l'être à
l'apparence vaguement odjurwigienne se jeta sur Bjarnulf qui lui
faisait maintenant face, Memnoch retenant seul l'attaque simultanée de
cinq Odjurwigs déchaînés.
Le fier guerrier réalisa que cet
Odjurwig était différent. Ses ailes et sa tête hérissées de cornes
tendaient à montrer que le Roi de Nibelung pouvait créer des créatures
plus improbables les unes que les autres. Le démon qui portait de
nombreuses cicatrices semblait aguerri aux joutes les plus violentes.
Il était apparemment bien décidé à réduire son adversaire en charpie
puis à en faire de même avec ses compagnons. Il n'y eut pas de combat ;
Bjarnulf ne put entrevoir l'attaque du démon qui lui brisa les côtes et
les membres inférieurs en déployant une onde de choc d'un simple
battement d'aile, attaque qui eut également raison de Liu, projeté
contre le plafond de pierre et disparaissant sous un tas de décombres.
Seul son sang qui se répandait à grande vitesse rappelait sa présence.
Toute à sa joie, la créature fut surprise de voir une lance finement
gravée lui transpercer l'abdomen au moment même où, à l'autre bout de
la pièce, l'acte final se jouait.
***
Thrall
et Hanz protégeaient le folle course de leur quatre compagnons à
travers la masse des Elfes Noirs qui voulaient se mettre en travers de
leur chemin. Les traits pleuvaient avec une efficacité redoutable et
Inyan, Nibel, Akurgal suivis de Rahotep, qui courait moins vite, furent
bientôt à quelques pas du Roi de Nibelung. Assis sur un trône d'ébène
et d'ivoire, les mains jointes autour d'un sceptre de mage, il avait
observé avec attention les mouvements de la bataille et n'avait pas mis
longtemps à comprendre la manœuvre des guerriers. Le Roi sombre portait
tout son harnachement royal, sa fine cotte de maille de Mithrill, son
casque conique et sa robe noire aux broderies écarlates ; il se leva
tranquillement et s'attarda sur chaque visage. «Je crois que ces
guerriers viennent me livrer un combat singulier», lâcha-t-il d'une
voix froide.
« Nous venons sauver Asgard, vos méfaits touchent à
leur fin ! Tout comme Allani-Ettitu a succombé au courroux d'Odin, nous
allons vous faire payer vos crimes ! » gronda Rahotep en s'avançant
d'un pas.
Le Roi éclata de rire et fixa moqueusement l’Egyptien.
- Voyons donc ! Pensez-vous réellement pouvoir vous débarrasser de moi aussi simplement ?
- Nous réussirons car notre cause est juste Roi de Nibelung.
-
Je n'ai pas de temps à perdre avec vous. Vous êtes venus piller le
savoir d'Allani-Ettitu. Vous avez osé répandre le sang dans un
sanctuaire sacré. Pour vos crimes, vous allez disparaître de ce monde.
Les
quatre guerriers poussèrent un cri de guerre et chargèrent, Inyan
faisant signe à Hanz et Thrall que le moment était venu d'arroser de
flèches magiques le Roi de Nibelung. Derrière cette scène, le combat
faisait rage entre Odjurwigs, Elfes Noirs et les autres guerriers
d'Odin. Le Roi prononça une phrase rituelle, transformant son sceptre
en épée noire, irradiée de lueurs violettes. D'une main il déviait
chaque flèche qui le menaçait. De l'autre, il s'apprêtait à attaquer de
front les quatre compagnons. Inyan fut le premier à porter l'estoc avec
sa hache. Avec un mouvement fulgurant, son adversaire avait évité
l'attaque et pointa son épée vers le visage du malheureux, transperçant
sa rondache et venant terminer sa course à quelques centimètres de son
œil droit. Nibel attaqua à son tour. L'épée sombre siffla pour
rencontrer son bouclier. Le métal sombre mordit le petit bouclier à
travers les couches de bois, de cuir et de métal mais fut arrêtée par
le fer enchanté de l'épée de Rahotep. D'un bond, le Roi bascula en
arrière et se mit en garde.
« Vous vous battez bien tous les
trois. On dirait cependant que votre ami est terrassé par la peur et
attend le moment de fuir », dit-il en ricanant tandis qu'il déviait la
course de deux nouveaux projectiles de Thrall.
Akurgal
n'intervenait toujours pas. Il observait le combat, semblait
l'analyser, mais ne bougeait pas. Au fond de la pièce, certains
Odjurwigs regardaient le combat avec inquiétude, ne comprenant pas
pourquoi leur souverain n'en avait pas encore fini avec ces insectes.
Voyant leur désarroi, ce dernier dessina un symbole dans les airs de sa
main libre.
« Vos amis se battent bien derrière vous, il est
temps de leur montrer la véritable nature de mon pouvoir, vous allez
regretter d’avoir pénétré MA TERRE ! » cria-t-il au moment où un vortex
multicolore se dessinait au loin, appelant au milieu de la mêlée un
démon inconnu.
Hanz et Thrall restaient fixés sur leur
objectif. S'ils étaient éloignés des cris et de la fureur des combats,
leur rôle était capital dans le plan choisi. L'arrivée du démon
changeait cependant la donne. « Hanz, il va falloir que nous changions
de tactique. Ce roi de malheur ne craint pas nos flèches et nos
compagnons sont en difficultés face à ce monstre sorti de nulle par ! »
-
Il nous reste une dizaine de flèches. Gardons-les pour le Roi. Je vais
arroser les Odjurwigs et les Elfes Noirs pour soulager ceux qui sont
face au démon. Toi, attends le bon moment et distille tes flèches
enchantées. Une finira bien par passer !
- Tu as raison, répondit simplement Thrall.
«
JE SAIS MAINTENANT ! » hurla Akurgal. Une aura blanche l'entoura, se
diffusant dans toute la pièce, enveloppant ses amis d'une chaleur
bienfaisante et régénératrice.
Instinctivement, Inyan et ses
deux amis se jetèrent sur le côté, laissant le Roi de Nibelung
totalement désemparé face au trait de lumière qui fonçait sur lui.
Akurgal avait analysé chacun de ses mouvements et venait de laisser
exploser son énergie accumulée tout au long de son attente. Le choc
propulsa le Roi contre le mur, le désarmant. Thrall s'en aperçut et
lança deux flèches en même temps. La première fut déviée par le
souverain sombre, mais la seconde se ficha dans sa jambe gauche,
libérant une énergie glaciale qui plongea ses membres inférieurs dans
un carcan de glace indestructible. Son premier démon venait d'être
vaincu à son tour et, en une fraction de seconde, il en appela un
autre, plus petit, mais bien plus puissant.
- Ton sort est
scellé Roi de Nibelung, nous avons découvert, enfouis en nous, des
pouvoirs qui dépassent ta propre science. Je ne comprends pas encore
comment ceci est possible, mais les faits sont là : nous ne sommes plus
de simples guerriers. Nous sommes habités par l'ire de notre dieu,
Odin. Tu vas rejoindre Allani-Ettitu.
- Qu'est-ce que tu
racontes ! Tu crois me faire peur avec ta magie de bas étage ! Je vais
vous montrez ce que sont de réels sortilèges !
Joignant ses deux
mains dans un geste frénétique, il fit naître deux immenses éclairs qui
explosèrent dans toute la pièce. A sa grande surprise, Rahotep et Inyan
dévièrent les rayons électriques en se déplaçant si vite qu'il ne
pouvait suivre leurs mouvements. Emprisonné dans son carcan de glace,
Eljoudilhen, dernier roi de Nibelung, ne put rien face aux attaques
conjuguées d'Akurgal et de Nibel, irradiant de leurs énergies blanches
le corps désarticulé du roi. Alors que ce dernier tentait, dans un
geste désespéré, de convoquer une dernière attaque, Rahotep et Inyan
fichèrent leurs armes dans son cadavre, que seul un dernier souffle
retenait encore debout. « Pauvres fous, vous n'avez rien compris à ce
qui se trame, vous venez de sceller votre propre fin», expira-t-il dans
un ultime souffle.
***
Décapitant un premier adversaire, Memnoch vit les quatre autres tomber en avant, quatre lances fichées dans leurs dos.
- Des Gardiens de la Tour ? Que faites-vous si loin de la Forteresse ?
-
Ils sont venus avec moi, rétorqua une voix familière. Nous sommes venus
vous aider, mais je vois que tout est terminé. Vous avez accompli un
prodige par la grâce d’Odin.
Thenséric retira sa lance
du dernier démon convoqué par le Roi de Nibelung. Aidé des gardes qui
l'accompagnaient, il s'occupa des blessés, leur distillant des ondes
bénéfiques que ses mains dégageaient par simple contact. «Mes amis.
Prenons tout ce que nous pouvons de cet endroit maudit et rejoignons au
plus vite la Forteresse. Les choses ont évolué dans un sens inattendu».
Glorieux guerriers d'Asgard
Le
blizzard redoublait d'intensité et formait des tourbillons de neige.
Toutes les créatures d'Asgard avaient rejoint un abri pour attendre la
fin de la tempête, tant les humains que les animaux. Pourtant, on
pouvait deviner des silhouettes qui gardaient l'entrée d'une
forteresse, courbées sous les rafales, mais dont la prestance n'avait
d'égale que la force qui se dégageait des éléments. L'homme s'arrêta un
instant, le regard perdu à travers la vitre à demi embuée. Tout était
calme dans la Forteresse d'Odin. Dans le salon des appartements privés
du guerrier, le feu crépitait, apportant sa douce chaleur. Thenséric
regardait toujours par la fenêtre, semblant chercher une réponse qui ne
venait pas. « La tempête ne se calmera pas ce soir », murmura une voix
féminine dans son dos. Il se tourna et reconnut avec surprise la Grande
Prêtresse. Celle-ci s'était assise dans un fauteuil face à la cheminée,
les yeux perdus dans les flammes, comme hypnotisée par leur envoûtante
danse. « Je ne vous avais pas entendue, veuillez m'excuser, Madame ».
Elle répondit par un sourire.
« Ce n'est pas grave, Thenséric.
Nos guerriers se sont bien battus. Ils ont réussi à mettre fin à un
grand danger, le Roi de Nibelung n'est plus de ce monde,
Allani-Ettitu... »
Elle marqua une pause, comme si ce nom l'inquiétait encore.
-
Les astres sont formels, il n'est pas certain qu'elle soit morte. Il
semble que son âme rôde encore en nos terres sacrées. Il faudra en
avoir le cœur net.
- Nos guerriers se sont reposés ces dernières
semaines, ils ont été durement éprouvés. Yshba n'a pas survécu,
Bjarnulf a beaucoup souffert, tout comme Ryusei d'ailleurs. Ils seront
bientôt prêts à remplir les missions que nous leur confierons. Certains
ont fait des progrès extraordinaires et se sont éveillés à des pouvoirs
insoupçonnés. Je crois, Madame, que vous aviez raison : ces hommes
parviendront à réveiller les armures de nos ancêtres divins.
-
Il n'est pas encore temps Thenséric, mais cela viendra, rétorqua-t-elle
en se levant. « Fais venir nos héros dans la salle des batailles. Je
leur dois quelques explications ».
***
La
salle des batailles était assez grande pour accueillir des dizaines
d'invités. Devant un trône de pierre blanche, un tapis avait été
disposé pour que chaque guerrier puisse poser un genou à terre sans
devoir affronter le froid du basalte. Les élus d'Odin s'alignèrent sans
un mot, s'inclinant respectueusement au moment où la Grande Prêtresse
prit place. Elle était belle, mais personne n'osait affronter son
regard. Inyan ne résista pas longtemps à l'envie et releva discrètement
son visage, la suivit du regard. Merveilleuse jeune femme, se dit-il.
Ses vêtements blancs, très seyants, dessinaient une silhouette
attirante. Ses hanches bien dessinées contrastaient avec sa petite
poitrine à peine apparente mais visiblement ferme. Son visage ciselé
parlait en faveur d’une ascendance asgardienne, ses longs cheveux
blonds rappelant ceux des nombreuses femmes qu'il avait pu voir à
Troudheim. Mais elle avait quelque chose d’autre... Quelque chose
d’indéfinissable, à la fois attirant et inquiétant, comme si cette
femme était bien plus qu'une mortelle.
« Prenez place
valeureux guerriers. J'ai à vous parler. Vous avez accompli un exploit
retentissant. Il est de mon devoir de vous permettre d'en savoir un peu
plus sur les dangers qui nous menacent. Vous avez accompli un exploit
en terrassant le Roi de Nibelung et en concourant à la perte de la
Dame-Araignée. Odin lui même se réjouit de vous compter parmi ses fiers
guerriers. Vous voilà désormais porteurs du courroux divin, porteurs du
droit de tuer les dieux qui s'opposeront à la paix de notre Royaume,
par la volonté d'Odin. Vous avez payé un lourd tribu pour obtenir ce
titre précieux : hélas, Yshba, l’enfant sauvage des forêts n’a pas
survécu à ses blessures. Vous êtes désormais dignes d’appartenir à la
caste des Ases d’Asgard. Vous allez pour ce faire devoir affronter,
chacun, un des assassins des Ases, frères d’Odin. Vous libérerez les
âmes emprisonnées de nos chers Ases et vous pourrez porter leurs armes
pour défendre Asgard. Vous accéderez ainsi à la noblesse ! Le tombeau
des Ases se trouve dans la Forêt des Elfes Noirs : même si le roi de
ces derniers est mort, nul doute que ses serviteurs tenteront de se
venger en faisant tout pour vous empêcher de pénétrer ce tombeau. Le
moment venu, je vous indiquerai le moyen de rejoindre cet endroit.
Seuls les plus éclairés pourront espérer venger nos dieux. Nibel,
Inyan, Akurgal, Rahotep, Memnoch, Meijuk : vous êtes sur cette voie. »
La
prêtresse se tourna vers Bjarnulf, Dimitre, Thrall, Ryusei, Liu et
Hanz, les fixant chacun un bref instant. Ils relevaient maintenant
leurs visages avec un respect teinté de crainte. « Vous devez encore
vous éveiller à cette connaissance du feu qui brûle en vous. Je ne
doute pas que vous réussirez. Pour ce faire je vous demande, selon la
volonté d’Odin, de retrouver celui qui a mis fin à la vie de notre
Grand Guerrier, Sotar. Défenseur d’Yggdrasil, il a perdu la vie dans
une contrée nommée Dalmatie. Son assassin est une divinité mineure,
mais redoutable, Kratourn. Nous voulons que la vengeance d’Asgard soit
terrible et reconnue de tous. Nul ne peut s’attaquer à nous sans en
subir un courroux immense ! Retrouvez cet être et terrassez-le. Sotar
avait un grand rôle à jouer dans la défense de notre Royaume et, de
plus, Kratourn mène des razzias avec ses guerriers jusqu'à nos
frontières, menaçant certaines de nos voies de ravitaillement.
Le
silence se fit. Il semblait que ces paroles provoquaient chez toutes
les personnes présentes un sentiment étrange ... ils pensaient avoir
fait le plus dur en éliminant le Roi de Nibelung et Allani-Ettitu : il
n'en était rien, de nouvelles menaces pesaient sur Asgard, ils
n'étaient pas encore au bout de leur chemin. Thenséric leur fit
finalement signe de se relever et, sur l'indication de la Grande
Prêtresse qui, stoïque, embrassait du regard ses fiers guerriers, prit
la parole.
« Il y a autre chose. Des druides d’une île
lointaine, sans doute à la solde de Loki, ont réussi à s'emparer d'un
artefact très ancien, nommé Corne d'Abondance. Nous ne pouvons laisser
ces fous avec un objet si puissant. Quant à Allani-Ettitu, si sa perte
est effective, certains de ses sbires semblent nous avoir échappé.
Inyan, tu te chargeras d'en savoir plus. Avec Memnoch, vous rejoindrez
le Col des Tempêtes. Nibel, Meijuk, Akurgal et Rahotep : à vous la
charge de retrouver la Corne d'Abondance, vous partirez pour
l'Occident. Quant à vous, Bjarnulf, Dimitre, Thrall, Ryusei, Liu et
Hanz, vous savez ce qu'il vous reste à faire : trouver le repaire de
Kratourn et venger Sotar. Préparez vos périples avec minutie. Lorsque
vous reviendrez, vous serez à même d'espérer devenir des Âmes d'Ase, la
plus haute distinction des guerriers d'Asgard ! »
***
« Hel, déesse de la Mort
Hel
est la déesse qui régente le royaume des Morts. Elle reçoit les esprits
des Morts par la maladie ou la vieillesse, les gardant derrière les
murs et les portes imprenables de Niflheim. Il s'agit d'une terre de
froid, de brume et de ténèbres éternelles. La déesse Hel est la plus
jeune fille de Loki et de la géante Angrboda. Elle fut bannie par Odin
dans le royaume de Niflheim. On raconte qu'elle peut provoquer des
épidémies de peste sur Asgard d'un simple revers de la main. Elle est
d'un caractère féroce et sinistre, frappant sans pitié ceux qui
l'offensent. Tout mortel la regardant tombe malade et meurt en quelques
minutes ... même si la victime parvient à résister à ce regard, elle ne
guérira jamais vraiment et gardera d'éternels problèmes de santé. Sous
sa véritable forme, elle apparaît comme une femme superbe, complètement
blanche du côté gauche, et complètement noire du côté droit. La face
blanche de son visage n'a pas de trait. Mais elle prend l'apparence
d'une vieille sorcière, moitié vivante, moitié morte, avec une
expression sombre et lugubre. Son visage et son tronc sont ceux d'une
femme vivante, mais ses jambes sont celles d'un cadavre, marbrées et
pourries. »
« Niflheim
Niflheim est la
seconde couche du royaume des Morts, celle qui échoie aux simples
mortels coupables d'actes impurs. Ce domaine contient l'essence du mal
dans ce qu'il a de pire. Il est traversé par les racines de
l'Yggdrasil. L'endroit est sans joie ni émotion, dépourvu d'espoir et
de paix. C'est un pays grisâtre, avec un ciel gris et dont toutes les
couleurs sont transformées en variation de noir et de blanc. Il n'y a
ni soleil, ni lune, ni étoile, ni passage de saison. L'endroit vit sous
une langueur perpétuelle qui n'a ni début ni fin et ne donne aucun
espoir. Dans le royaume de Niflheim, la végétation se résume à quelques
arbres rabougris qui survivent sur le sol rocailleux et gelé.
L'atmosphère est morne et ennuyeuse et la température glaciale. Le plan
est parcouru de brumes et de brouillards givrants qui tourbillonnent et
occultent la vision à plus de 30 mètres. Les maléfices de cet endroit
sont si forts que ceux qui l'explorent ressentent des sentiments de
tristesse et de défaitisme. Les couleurs qu'ils portent sur eux
deviennent fades, et disparaissent en quelques jours. Ceci est un
moindre mal car le voyageur qui reste trop longtemps sur ce plan perd
la volonté de quitter cet endroit et se transforme en larve. Tel est le
royaume de Hel, déesse de la maladie, de la vieillesse et de la Mort.
Son palais est un vaste château en bois dont le plafond exsude des
poisons et dont le sol disparaît sous les serpents. Tel est en vérité
l'emprise de la fille de Loki ! »
Akurgal replia ses deux parchemins. Rahotep, l'air songeur, jouait nerveusement avec son verre.
-
Ces textes démontrent que le fameux Maiegeiam n'a pas choisi sa
cachette par hasard. Le pire endroit au monde ! Il doit cacher des
maléfices capables de mener les dieux à leur perte, rétorqua Nibel en
portant nerveusement sa main sur son front. Il était en vérité plongé
dans la désolation, comme ses deux compagnons. « Cela n'a pas de sens,
poursuivit-il, le monde serait-il devenu fou ? »
- Je crois que
l'ouverture d'Astragoth a bouleversé tant de choses que nous
découvrirons des horreurs encore plus terrifiantes. Gardons la tête
froide, la Grande Prêtresse nous a donné des missions claires.
Préparons-nous au mieux, il nous reste encore quelques jours. Akurgal,
il serait peut-être intéressant d'enquêter sur les Ases avant de
partir. J'aimerai en savoir un peu plus sur ces personnages, ou ces
titres de noblesse, je ne sais comment les appeler.
- Tu as raison Rahotep, nous avons eu la même idée avec Nibel.
-
D'ailleurs, intervint ce dernier un sourire aux lèvres, je crois que je
pourrais vous apprendre certaines choses à même de satisfaire votre
curiosité. Les légendes d'Asgard sont pleines de mystères et de
richesses ...
***
La lune disparaissait
derrière un épais voile laiteux, que striaient çà et là des écorchures
blafardes ; si bien qu’il était impossible même de distinguer la
moindre étoile. De loin en loin, de formidables tourbillons aux reflets
immaculés se mouvaient comme au ralenti dans la pénombre clair obscure
du firmament, zébré d'éclairs irréels.
- Ce spectacle n'est pas naturel.
-
En effet, Thenséric. Odin fait tonner sa colère, nos Ases défunts se
réveillent petit à petit, nos ennemis tentent d'asseoir leurs pouvoirs.
Rien de tout ce qui se passe au dehors n'est naturel, souffla la Grande
Prêtresse, presque mystique. « Ont-ils tenté d'en savoir plus ? »
Thenséric
se retourna vers celle qui représentait le pouvoir suprême en l'absence
d'Odin. Il plongea son regard dans ses yeux quelques instants, mais ne
put cacher une certaine gêne et les baissa aussitôt.
- Ils ne
poseront pas de questions, ce sont de bons guerriers. Ils sont fidèles.
Rahotep, Nibel et Akurgal passent leur temps dans la salle du savoir,
ils chercheront peut-être à en apprendre davantage. Peu importe. Le
plus important, pour le moment, est qu'ils quittent Asgard.
Le Seigneur de guerre se rapprocha de la vitre, l'essuyant pour faire disparaître la buée naissante. Il reprit, l'air grave.
«
Ils sont toujours là, quelque part. Ils sont trois. Puissants,
déterminés, inconnus. Ils portent des armures sombres. On dit que l'un
d'entre eux a détruit seul, en quelques instants, une armée
d'Odjurwigs. Un autre était là, dans la crypte, pendant le combat
contre le Roi de Nibelung. Il est intervenu, son pouvoir a été
suffisant pour immobiliser le Roi sombre ... Thrall et les siens ont
cru qu'il s'agissait de leurs flèches enchantées de glace, il n'en
était rien. Cette glace est le fait d'un de ces guerriers noirs. Je ne
sais pourquoi ils suivent les élus, mais tant que les Âmes de nos Ases
n'auront pas été ramenées du Royaume de l'Oubli, nous ne pouvons les
laisser traverser notre royaume impunément ».
La
Prêtresse se rapprocha du guerrier, posant délicatement sa main sur son
épaule. « Lorsque les Ases seront de retour, nous ne craindrons plus
rien. Personne ne pourra s'opposer à leurs pouvoirs. Les élus
éloigneront ces étrangers loin de nos terres. Le tumulte des derniers
événements est venu à notre secours : il nous a fourni des missions
importantes et lointaines. Nous avons acheté du temps ».
chapitre précédent - chapitre suivant
le 17/01/2008 à 10:06:27 par
Merci aux lecteurs d'avoir passé un peu de temps à me lire. J'espère que vous avez pris du plaisir à découvert cette nouvelle fic. La suite arrivera bientôt, en attendant n'hésitez pas à laisser vos commentaires 
Haut 
le 22/03/2008 à 14:06:01 par
plutot sympa la fic vivement la suite
Haut 
le 23/03/2008 à 12:09:49 par
Merci. La suite devrait arriver bientôt sur ce site, j'ai envoyé le tout pour être mis en ligne bientôt.
Haut 
le 05/04/2008 à 12:32:07 par
Toujours aussi prenante cette fic , j ai hate de voir la suite qui semble particulierement interressante . En esperant ne pas attendre aussi lontemps que pour certaine fic qui se font desirés lol. Bref bon boulot et bon courage pour le reste
Haut 
le 06/04/2008 à 10:21:28 par
Content que cette histoire t'intéresse. Comme tu le subodores, la suite marque un tournant décisif et noir, le dernier chapitre de ce second livre n'étant qu'un avant-goût de la tourmente qui va s'abattre sur ces temps anciens. Me concernant, j'écris en ce moment le chapitre 4 du livre IV, le livre III est en cours de correction, les premiers chapitres seront disponibles ici pour le mois de mai.
Haut 
le 16/04/2008 à 13:52:55 par
Petite mise à jour dans le premier message du topic : un Who'sWho des principaux protagonistes by Max et les liens pour le téléchargement des deux premiers livres pour ceux qui préfèrent imprimer le tout ... Bonne lecture à tous !
Haut 
le 15/05/2008 à 13:06:14 par
La suite c'est cool enfin un peu de lecture. Ca change des fics ou tu as le temps d oublié toute l histoire entre deux chapitres! En plus de ca il y a comme un petit gout de WoW dedans genre Thrall et c'est tres appreciable ^^. Bonne continuation
Haut 
le 15/05/2008 à 15:34:20 par
C'est marrant, avant qu'on me le dise, je ne savais pas que Thrall était lié à WoW. Et oui, je sais, je suis un des seuls visiblement à ne pas avoir joué à aucun Warcraft 
Pour les mises à jour régulières, il faut remercier Caammuus de son dévouement. J'ai aussi pris le parti de rédiger une bonne partie avant de publier, afin d'avoir une marge intéressante pour donner un effet "série à suivre la semaine prochaine". De fait, les mises à jour à l'avenir seront hebdommadaires ou bimensuelles suivant mon avance. Pour info, il me reste à ce jour, en comptant ce qui est déjà disponible, 22 chapitres d'avance ... j'ai un peu de marge donc 
Haut 
le 08/11/2008 à 12:03:26 par
Petite remontée de topic.
Vraiment un grand bravo. J'ai commencé la lecture de cette fic depuis quelques semaines et j'arrive à la fin du livre III. La fic est vraiment très sympa, le rythme est assez soutenu, on est rapidement pris dans l'histoire. Le découpage des chapitres est également très bien fait, ni trop long, no trop court, ce qui évite d'avoir trop de longueurs. Le grand nombre de personnages fait qu'on s'y perd un peu au début, mais on apprend rapidement à reconnaître qui est qui (le Who's Who y aide énormément ^^).
Concernant l'histoire en elle-même, le sujet est très intéressant et très bien renseigné, ça fourmille de détails. Par contre j'aurais juste 2-3 remarques:
Voilà, continue comme ça et j'attends la suite avec impatience
Haut 
le 08/11/2008 à 16:18:01 par
Ah ben tiens, ça fait plaisir un petit commentaire public ^^ Je reçois des mps, des mails et, rarement, des commentaires via le fofo. Merci donc 
Te voilà arrivé à la fin du livre III : bravo d'avoir tenu le choc. Je ne cache pas que je me suis lancé dans une drôle d'aventure, c'est long, j'aime les épopée en longueur, ça laisse le temps de développer les persos et de suivre une véritable évolution temporelle (là ça court sur 36 ans) mais c'est aussi dangereux car les lecteurs peuvent être rebutés.
La remarque concernant la taille des chapitres me touche car c'est une règle que je me suis fixé : j'ai pensé cette fic comme une série, avec des épisodes à peu près équivalents en taille et des sous-chapitres histoire de pouvoir breacker à loisir. En fait, j'ai été grandement influencé par le travail de Robert E. Howard avec ses aventures de Conan : des histoires assez courtes pour être publiées régulièrement dans un magazine.
Concernant le nombre de personnages, là j'ai sans doute pris un risque encore plus grand. C'était calculé, mais le travail de Max aide énormément à s'y retrouver. Je suis en train de monter un site où fiches et annexes diverses permettront davantage encore de s'y retrouver. Ouverture prévue ce mois-ci.
Merci enfin pour ta critique de l'histoire. Je travaille pas mal en amont pour donner corps à cet univers et je me sers beaucoup de mon expérience de rôliste. C'est un plaisir de faire découvrir et partager un monde imaginaire et, comme je suis parti d'une époque très éloignée de celle traitée dans le/les manga(s), j’ai pris le parti de construire un background étoffé mêlant « histoire » et mythologie.
Passons au spoil :
Merci pour ce commentaire. La suite viendra bientôt sur le site, je viens d’envoyer des nouveaux chapitres à Nico. En attendant, vous pouvez passer par le blog si vous voulez en savoir davantage, là il suffit de zieuter mon profil. Je précise que si je fais de la « pub » pour le blog, c’est uniquement parce qu’il vient en complément de la fic dispo sur Animecdz (d’ailleurs le site est dans mes liens).
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