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Cette fiche vous est proposée par : Ex-Floodeur


Terre des hommes


Loin, dans une contrée inconnue des hommes de notre temps, en un lieu protégé des simples mortels par des pouvoirs bien plus grands encore que ce qu'ils pourraient s'imaginer, une envolée d'oiseaux traversait à vive allure les cieux d'un gris neigeux. Dans d'anciennes légendes nordiques on raconte que ces oiseaux, compagnons des Walkyries, accompagnaient les héros morts au combat, leur ouvrant ainsi la voie menant au domaine de Freya : Sessrumnir. Car oui, en ce moment, une fratrie de trois cygnes traversait les airs au-dessus du pays d'Elis, le célèbre chant de ces maîtres des eaux se faisant entendre à travers la vallée. Et c'est sur cette terre si lointaine à leur regard qu'un être ensanglanté, porteur d'une magnifique armure aussi immaculée que leur plumage, vivait ses derniers instants de vie. Ses yeux étaient fermés et pourtant, à travers le voile d'obscurité qu'offraient ses paupières closes, des myriades de larmes souillées de sang s'écoulaient sur son visage d'adolescent : il priait.

En face, un personnage qui contrastait étrangement avec le premier, de par leurs différences en leur ressemblance : il avait la chevelure noire ébène alors que son vis-à-vis l'avait d'un blond d'or. Ses yeux étaient aussi profonds et sombres que l'est le Tartare, alors que celui qui les avait clos portait en son regard deux éclatants saphirs d'eau, reflets de la douloureuse douceur de son âme. Ils étaient tous deux jeunes, bien que celui aux teintes ténébreuses semblait surpasser d'âge celui qu'il tenait sous son emprise. Car ces deux êtres étaient acteurs d'une âpre bataille et, comme par une immuable constante naturelle, celui arborant les couleurs du mal s'apprêtait à trancher le fil vital de celui auréolé de lumière, preuve encore une fois que partout où réside le bien, le mal se tapit, angoissant et malfaisant, porteur d'auspices macabres. A moins que ce soit le bien qui, dans son infinie candeur et sa naïve bienséance, ne sache se tenir à distance du mal, trop miséricordieux pour pouvoir ne serait-ce qu'une seconde laisser son antagoniste à lui-même, sans quoi il disparaîtrait probablement, emportant toutefois son trop grand lot d'innocentes victimes… Si ce n'étaient leurs couleurs, la longueur de leurs cheveux, leur taille peut-être (l'agresseur semblait avoir quelques centimètres de plus), rien n'aurait pu les dissocier, tout du moins au regard de l'apparence. En réalité ils représentaient un paradoxe, en même temps qu'un insolent parallélisme.

L'ange blond souffrait le martyre, couvert de blessures, à l'article de la mort. Il se réfugiait dans de sourdes oraisons divines, les cygnes funestes lui rendant écho de leur chant. Le démon obscur, bourreau mais intimement supplicié, souffrait également : il avait perdu un père, tant de fois haï, mais également secrètement affectionné. Sa propre attaque avait achevé son géniteur, cet être qu'il abhorrait mais à qui, et il s'en rendait à présent compte, il ressemblait effrontément. Toutes ses actions n'étaient dictées que par la haine, et là encore ça n'était pas lui qui s'exprimait, mais le sang paternel bouillonnant en ses veines, cette animosité latente qui explosait enfin, cette rage sourde qui n'avait plus qu'une cible : son reflet qu'il tenait à bout de bras ! Oh non il n'était pas dupe ! Celui qu'il se ferait un plaisir d'achever était le fautif : en le voyant son père s'était pris d'affection, allant même jusqu'à se sacrifier pour lui permettre de continuer son chemin. Vain sacrifice ! A présent il gisait plus mort que vif en son ascendance, et son pouvoir était tel qu'en moins d'une seconde il lui transpercerait le cou.

Quelques secondes s'étaient écoulées depuis qu'il avait prononcé ces terribles paroles :

" Pour être sûr de ta mort, je vais t'égorger, ainsi tu ne risqueras plus de me déranger. Le joli Cygne va bientôt perdre la tête ! "

C'était en effet un Cygne qu'il tenait à bout de bras, fragile oiseau venu malencontreusement se mettre en travers de sa route : Hyoga, un Chevalier d'Athéna protégé par " la Croix du Nord ". Quant à lui, il était le digne descendant d'Augias, fils d'Hélios et Roi d'Elis : on l'appelait Phylée.

Il était temps, la fin était proche : achèvement d'un combat, dénouement d'une vie, terme d'un avenir meilleur, perte de tout espoir. Tous deux, ignorants qu'ils étaient les faces de la même pièce, avaient le cœur empli de résignation : chacun en sa pensée prodiguait ses adieux.

Phylée, qui avait le bras gauche en arrière, prêt à asséner un coup létal à sa victime, sentit une brise glaciale caresser son visage. Soudain une impulsion le prit et son bras s'avança, tel un éclair dont la cible précise est la délicate trachée de l'impudent qui lui faisait face.

Une giclée d'hémoglobine vint tâcher le sol recouvert d'une fine couche de givre, un bruit sourd se fit entendre, celui d'un corps inanimé, masse pantelante tombant à même la terre. L'armure divine du cygne se détacha du corps de celui qu'elle devait protéger. Elle s'envola dans les airs, en une évanescente et aveuglante lumière, avant de se recomposer sous sa forme totem. Finalement la protection redescendit à quelques mètres à peines, majestueuse, les ailes grandes ouvertes le cou allongé. A peine toucha-t-elle le sol que les trois cygnes du haut des cimes traversèrent l'air et se posèrent sur l'armure : un cygne blanc sur la tête, un noir sur l'aile gauche, et un brun sur la droite.

Leur regard à tous trois se posa sur Phylée : il se tenait là, les yeux haineux tournés vers le vide. Il entourait de sa main droite son poignet gauche, tranché par une plume métallique de couleur ocre qui s'était fichée dans la croix ornant la tombe d'Augias, à quelques mètres de là. De larges gouttes écarlates, malgré sa main apposée sur sa blessure, abreuvaient le sol d'Elis.

- Qui a osé ? Qu'il subisse à son tour mon châtiment !

Une voix se fit alors entendre.

- Ton châtiment ?! Ton dernier meurtre aura été celui de ton père, vil parricide. Ne crois-tu pas qu'il est temps d'en finir enfin ?!
- Je le crois en effet. Il est temps d'en finir avec TOI !
- Pff… Je ne ferai pas la même erreur que Hyoga qui, au fond de lui, et je l'ai vu dans ses yeux lorsqu'il amorça son arcane, pensait qu'un être humain sommeillait encore en toi.
- Crois-tu que je ne suis pas humain ? Laisse-moi rire. Je suis justement l'être humain dans son sens le plus pur, délié de tout carcan, libre de ses pensées et de ses actes, agissant selon ses désirs propres, ses envies profondes.
- Tu te trompes Phylée. Regarde ce jeune homme allongé au sol : vois ses larmes qui ne sauraient tarir que dans l'inconscience.
- Signes de faiblesse !
- De compassion ! Lui aussi a tout perdu par le passé. Tous les êtres qui lui étaient chers sont morts, tués de ses mains. Même sa mère s'est sacrifiée pour lui.
- Et c'est moi que tu traites de monstre ?!
- En effet. Cet adolescent est digne d'être un saint. Il a fait passer l'intérêt des hommes avant ses propres envies. Chaque seconde de sa vie il a lutté contre la douleur et l'affliction, à tel point qu'il a fini par s'oublier lui-même. Il a lutté contre des hommes bien plus puissants que toi, sache-le, et il les a vaincus. Car pour lui la véritable bataille ne le destinait pas à affronter les autres, mais à s'affronter lui-même, dans sa propre peine, inépuisable et insurmontable, au risque de tomber dans un gouffre plus profond encore que celui qui l'amena jadis aux Enfers. Et il a réussi ! Douleur mille fois moins oppressante amena bien des hommes au suicide, mais jamais il ne tenta cette folie, non jamais ! Et même si son cœur et sa pensée l'y conduisaient inéluctablement, il s'accrochait à la vie, y mettant toute son âme. Et ses larmes ! Ses larmes jaillissent d'une fontaine dont la source profonde est intarissable : c'est la fontaine de l'Espoir !
- C'est ça. S'il n'avait vécu que pour lui il serait encore de ce monde, et il n'aurait jamais eu à subir tous ses tourments. Tu auras beau vanter la vertu de ce Chevalier, sache que devant moi il s'est laissé aller, désespéré, conscient de caresser non la vie mais la mort. Preuve en est : il gît au sol, inconscient du fait des blessures que je lui ai administrées.
- Tu n'es qu'un sombre idiot ! Si je suis là c'est pour lui rappeler que l'espoir de revoir tous ces défunts qui lui sont chers peut encore attendre. Il n'a jamais cessé d'espérer, mais il pensait tout simplement que son devoir achevé il n'aurait plus besoin d'être, ayant pleinement accompli sa destinée.
- Tu me fatigues avec tes discours sans queue ni tête.
- Tu crois ça ? Je vais te prouver que j'avais raison. Regarde à tes pieds !
- Qu… Que !

Le jeune ténébreux baissa la tête et resta totalement incrédule : non seulement sa vue le trompait, mais ses sens également ! Ses jambes étaient prises dans un étau de glace qui rendait insensible tout ce qui se trouvait en dessous de sa ceinture, l'immobilisant par la même.

- N'as-tu pas senti ce souffle glacé, précurseur de ta terrible fin ?
- Mensonge ! lui hurla-t-il au visage, les yeux exorbités.
- Ecoute maintenant ce qui allait t'arriver. Au moment même où tu aurais transpercé la gorge de ce Chevalier, un souffle n'ayant en ce monde nul autre pareil t'aurait littéralement enveloppé dans son manteau frigorifique, t'emmenant aussitôt visiter les tréfonds du royaume des ombres. Il avait concentré toutes ses ressources à l'intérieur de lui-même, de sorte qu'en s'éteignant, son cosmos serait retourné à l'univers en s'échappant de son corps en une gigantesque déflagration.
- Alors il est encore plus idiot que ce que je croyais. Qui est assez bête pour se laisser volontairement tuer ?
- Les hommes de valeur, qui se battent pour des idéaux. Il n'était pas venu consciemment, il ne savait même pas que, quelque part en ce monde, Elis existait. Il est venu dans un tout autre but : celui de délivrer une déesse en qui il a foi, une déesse de bonté et d'amour. Pourtant, lorsqu'il a vu ce qu'étaient devenues ces contrées, il a immédiatement compris que son devoir était de mettre fin à ton infâme tyrannie. Et s'il avait eu connaissance avant du destin de ce peuple, il serait venu plus tôt, dans sa grande compassion.
- N'a-t-il aucun défaut cet homme ?! Tu l'encenses comme s'il était Zeus en personne, et même le Père des dieux ne saurait être aussi parfait que celui que tu décris.
- Non il n'est pas parfait, nulle divinité ne saurait l'être.
- Divinité ?!!! hurla presque hystériquement Phylée. Pourtant s'il était une divinité mes attaques n'auraient jamais pu ne serait-ce que l'effleurer ! Quant à toi, pourquoi venir le sauver de la mort, puisqu'un dieu est par définition immortel ?
- Cet homme n'en est pas encore conscient mais il est sur le point de s'éveiller pleinement à un état divin. La quasi-totalité des êtres divins peuplant cet univers sont initialement des hommes ou des femmes s'étant éveillés à un pouvoir incommensurable, force que les initiés nomment encore aujourd'hui neuvième sens. Jusqu'à présent il n'a fait qu'effleurer la conscience divine, mais j'ai bon espoir que bientôt il l'acquérra pleinement. Quant à sa quasi-défaite face à toi, cela n'était dû qu'à lui-même : inconsciemment il voulait accomplir son destin et y mettre dignement terme.
- J'avoue qu'au fond, après avoir entendu tout ce que tu viens de me révéler, je le plains. Tu dis toi-même que sa vie jusqu'à présent n'a été faite que d'affres et de tourments, et tu l'aides à demeurer ainsi pour l'éternité !!? En réalité, c'est toi le monstre !

Ces paroles semblèrent profondément toucher son interlocuteur puisqu'un silence lourd de sens s'installa pendant quelques secondes.

- C'est que… Je l'aime.

Devant Phylée apparut à même l'air une aura blanche d'une intensité sans pareille. Le pauvre immobilisé dut placer ses mains devant ses yeux pour ne pas être aveuglé. Quand il les rouvrit, la voix avait prit corps.

- Je, je te connais !
- Bien entendu que tu me connais, ordure !

Une jeune femme aux longs cheveux d'un blond éclatant et au visage pur mis en valeur par un regard semblable à celui de Hyoga, plus cristallin encore si cela était possible, venait d'apparaître. Elle s'approcha de Phylée et tourna lentement autour de lui, glissant narquoisement sa main sur le bloc de glace qui le figeait en cet endroit. Etrangement, malgré la liberté que lui accordait encore tout le haut de son corps, il ne tenta rien : il lui semblait tout simplement qu'il n'en avait pas le droit. Soudain, la fraîche femme s'arrêta devant lui et, de ses yeux sauvages bordés de longs cils, prit son visage entre le pouce et l'index et lui dit sur un ton visiblement très énervé :

- Touche encore à un seul de ses cheveux et le tourment d'Ixion semblera bien doux face à ce que je te réserve !!
- C'est qu'elle ne plaisante pas la tigresse, lui répondit-il avec un sourire.
- Oh non que je ne plaisante pas ! Insolent, comment oses-tu te moquer de moi ?!
- Je te connais ! Je sais que d'un geste je pourrais te briser si je le voulais ! Ahahah ! Et tu oses me donner des leçons quant à cet homme. En réalité tu ne le connais même pas, il t'a juste tourné la tête !
- Mesure tes paroles, c'est toi qui ne sais pas qui je suis !
- Je ne le sais que trop bien, Léda, fille de Fiodor, un vulgaire paysan, et d'Agraféna, une roturière. Ton arriéré de frère n'est autre que garde au palais. Toi et ta famille n'êtes même pas d'ici : vous n'êtes que des étrangers du grand nord ! Tu étais là uniquement pour te venger de nous, croyais-tu que je l'ignorais ? Tu m'étais utile pour me renseigner quant à ce qu'il se tramait au palais de mon père, voilà pourquoi tu es encore en vie, sinon il y aurait bien longtemps que tu aurais rejoint ta famille.

A l'évocation de sa famille la svelte guerrière asséna à son ex-chef un regard d'une haine sans précédent. Il sembla au fils d'Augias qu'il brûlait de l'intérieur. Pourtant il soutint fièrement le regard de Léda, poussant l'audace jusqu'à reprendre la parole.

- Au fond nous sommes un peu tous les mêmes : toi, moi, lui. Nous avons tous perdu grand nombre d'êtres chers, et c'est ce qui nous a construit, qui a fait de nous des meurtriers.
- Tu blasphèmes ! Comment nous comparer à toi ?
- Comme l'on compare le chardon à la rose, ou encore le chacal au loup : quoi qu'on en dise, tous deux sont issus de la même race.

Un coup d'une grande intensité vint frapper Phylée au visage : une droite décochée avec tant de haine qu'elle le déracina de sa prison de givre. Il se releva en grimaçant, avant d'esquisser un sourire sardonique, du sang à la commissure des lèvres.

A quelques pas de là, perchés sur l'armure de Hyoga, étaient encore présents les trois cygnes : brun, blanc et noir. Tous trois semblaient observer la scène. Mais alors qu'auparavant ils étaient muets, à présent ils entonnaient le chant si caractéristique à leur espèce.

- Tu entends Phylée, tu entends le chant des cygnes, annonciateurs de mort ?
- Je l'entends et m'étonne qu'il ne t'effraie pas, puisqu'il annonce ta proche fin ainsi que celle de ton soi-disant dieu gisant à terre.
- Tes paroles sont de plus en plus grotesques. Mais toi qui crois me connaître, moi, la pauvre fille de paysan, avais-tu prévu cela ?

Soudain Léda étendit ses bras de telle manière qu'elle adopta la même position que celle d'un crucifié : dans son aura un auguste cygne brunâtre étendit ses ailes. Impulsant son cosmos, un éclat ocre partit de chacune de ses paumes. Tels deux rayons dotés de leur propre volonté, les volutes de cosmos partirent en direction de l'armure du cygne qui vibra alors à son appel. Le cygne noir ainsi brun s'envolèrent des ailes sur lesquelles ils étaient posés. Seul l'oiseau virginal demeurait encore, immobile et paisible… Un phénomène étrange se passa alors : l'armure de Hyoga sembla courber l'échine, baissant la tête, mais surtout les ailes. Puis, lorsque les voilures de l'armure touchèrent le sol, les deux plumes caudales, c'est-à-dire les deux plus grandes, se détachèrent et vinrent prendre place en les mains de la femme aux yeux bleus.

- Incroyable ! Il est pourtant impossible d'appeler une armure qui n'est sienne !!
- Elle l'est en quelque sorte, mienne…

Sur ces derniers mots son regard sembla s'adoucir, une franche mélancolie s'y affichant clairement. Mais l'instant ne s'y prêtant guère, et elle se reprit aussitôt et continua.

- Car je suis le jeune cygne, le cygne brun, celui qui n'a pas encore tout à fait son plumage d'adulte.
- C'est donc ça qui explique la soudaine apparition de ces oiseaux de malheur ?!
- En effet. En un sens tu avais raison lorsque tu disais que nous étions tous trois semblables. Mais tu vas connaître à présent nos principales différences ! Le destin aura voulu qu'en cette contrée perdue, en cette ère de grands changements, se décide le destin du cygne. Trois oiseaux pour les représenter, trois êtres pour s'y incarner. Tu es le cygne noir, le véritable et l'unique, cygne noir dans l'âme et dans le corps, car même si tous les cygnes ont la chair noire, tu es le seul à arborer fièrement cette teinte… Je suis l'intermédiaire, arborant le plumage de l'oiseau grandissant, ni enfant ni adulte, encore brun de teinte. Ni toi ni moi ne resterons définitivement, telle est notre destinée, car à présent les dés sont jetés. Regarde le seul à véritablement demeurer.

Elle lui fit un signe de tête et tous deux tournèrent leur regard vers l'armure au moment où celle-ci redressait la tête, portant en digne diadème…

- … " l'oiseau immaculé dont la blancheur et la grâce font une vivante épiphanie de la lumière. "
- Alors toi aussi tu l'as entendu, de sa bouche, à cet étrange et insaisissable individu !?
- Oui, et nous avons maintenant la preuve qu'il n'y aura bientôt plus qu'un cygne : Hyoga.
- Tu rêves ma mignonne !

Faisant exploser son cosmos noir comme l'Erebe il lui fonça dessus à une vitesse atteignant celle de la lumière. Croisant ses deux armes devant elle, elle parvint à arrêter le poing de son agresseur qui arriva à quelques centimètres de son visage : la main de Phylée était bloquée entre les deux tranchants des plumes du cygne que tenaient Léda. Profitant de l'opportunité, elle rabattit les pennes dans un mouvement semblable à celui d'une cisaille et ce, afin de lui trancher l'avant-bras. Et le membre tomba. Un indicible hurlement se fit alors entendre à travers toute la vallée.

- Hiérodule ! Je vais te saigner comme une truie. Tu vas subir ma plus puissante attaque et plus jamais tu ne te relèveras ! Toi et ton " saint ange " brûlerez sur le bûcher que j'érigerai en votre honneur !

Le regardant avec un sourire non dissimulé, Léda le laissa accroître son cosmos sans mot dire. Lorsqu'il exécuta sa technique elle ne bougea pas. La terrible " roue punitive " arriva droit sur elle, et elle accomplit son devoir : punir ! A quelques centimètres à peine de son visage, l'attaque sembla se heurter à un mur invisible, surpuissant, indestructible. Mais non satisfaite de stopper ce terrible arcane, la muraille renvoya l'attaque sur Phylée qui, malgré ses efforts, fut emporté dans les airs et subit l'impact létal de sa propre offensive. Toutefois, en un ultime effort, il se releva et fit face à la représentante du cygne brun qui, s'étant approchée de lui, se tenait à quelques centimètres.

- Qui… qui es-tu ? lui demanda-t-il, crachant du sang.
- Je croyais que tu me connaissais ? Je suis Léda bien entendu, lui répondit-elle sur un ton moqueur.
- Pourtant, ce pouvoir, cette puissance… Tu n'es pas ?
- Ca y est, tu as enfin compris ! Et moi qui te pensais demeuré.
- Tu as dit que seul le cygne blanc survivrait. Pou… pourtant tu es encore là ?
- Et je disparaîtrai, moi aussi…

Sur ce elle lui tourna le dos et s'en alla, impérialement, triomphante mais humble, car consciente que face à elle il n'avait aucune chance, il n'en avait jamais eu même l'once. Elle n'était qu'un filament dans la tapisserie universelle, un minuscule grain de sable dans un rouage qui la dépassait, un second rôle qui, patiemment, avait attendu l'instant propice où elle devait entrer en scène. Et elle le pressentait, avant même qu'il n'ouvre la bouche :

- Attends ! On n'en a pas encore fini toi et moi !
- C'est tout comme !

Et sans même se retourner elle lança d'un geste vif les deux majestueuses plumes métalliques qui vinrent se ficher dans la poitrine de Phylée, mettant définitivement terme à sa vie.

- Puisses-tu te réconcilier avec ton père… car nul doute que dans l'infâme geôle où il subira une éternité de tortures, tu croupiras aussi. Vous êtes de même sang, votre destinée sera liée dans l'autre monde. Malheureusement ta mort ne rendra pas vie aux centaines de gens morts par ta faute. Fiodor, Agraféna… Je vous ai vengés mes parents…

Et alors qu'une larme se détacha de son visage, tombant au sol comme une étoile déchue, le corps du souverain barbare fut soudain agité de soubresauts. Un étranger aurait pu penser que le damné revenait à la vie, mais en vérité il n'en était rien. Les deux pennes perforant les entrailles du défunt s'agitaient pour sortir de sa chair et s'en retourner à leur forme première, à savoir réintégrer leur emplacement originel. En quelques secondes elles revinrent se fixer aux ailes étendues de la Cygnus Cloth devant laquelle Léda venait d'arriver.

- Mon beau cygne, je t'ai déjà dit qu'il ne fallait pas courber l'échine devant moi.

Puis elle caressa l'oiseau sacré qui demeurait toujours sur la tête de l'armure. Sur ce il étendit noblement ses ailes et s'envola vers les cieux, en une direction inconnue des mortels…

Regardant Hyoga ainsi étendu au sol, celle qui venait d'achever le fils d'Augias repensa à ses troublantes paroles :

" J'avoue qu'au fond, après avoir entendu tout ce que tu viens de me révéler, je le plains. Tu dis toi-même que sa vie jusqu'à présent n'a été faite que d'affres et de tourments, et tu l'aides à demeurer ainsi pour l'éternité !!? En réalité c'est toi le monstre. "

Peut-être Phylée avait-il raison concernant Hyoga… Au fond, si telle est sa volonté il y arrivera par lui-même. J'ai déjà parié sur le destin en espérant qu'il saurait me sauver d'une mort certaine, même si mon âme ne risquait pas grand chose. Mais son âme à lui… Je n'ai pas le droit d'être égoïste : il vit pour les autres. Ainsi je dois également vivre pour eux, et il fait partie de ces " autres ", même s'il m'est particulier. Ah Hyoga ! Si tu savais réellement, si tu savais la vérité, à propos de toi, de moi, ainsi que des autres.

Elle le regarda attentivement et, presque malgré elle, son regard dévia vers celui duquel elle venait tout juste d'expulser la vie. C'est alors qu'elle prononça ces mots :

- Tu avais raison, nous sommes semblables tous les trois, seulement nous assumons différemment nos peines et nos douleurs. Je savais que tu l'aimais, ce père que tu disais tant haïr, et jamais tu ne t'en serais remis de l'avoir tué. J'ai en quelque sorte abrégé ton calvaire. Tu n'as pas eu la chance de connaître l'amitié, la vraie, ni même l'affection ou l'amour. Comment aurait-il pu en être autrement, avec le père qui t'engendra ?… Malgré tout tu te battis, car tu savais que tu n'étais pas rien : en toi brûlait l'étincelle qui anime les hommes dotés d'une influence supérieure, celle qu'entretenait à ton égard le cygne noir. Tu n'as jamais renoncé, et c'est pour oublier cette indicible douleur, cet innommable tourment, que tu t'es montré si cruel et violent envers les autres. Au fond tu voulais qu'ils ressentent tous sans exception un fragment de ce que tu pouvais ressentir, mais eux au moins avaient droit à la quiétude de la mort… Tu étais comme Hyoga, Phylée, trop fort pour mourir, et en vérité tu demeurais aussi proche du neuvième sens qu'il l'est à ce jour. Adieu incompris, tu n'avais d'autre destin que celui de périr par ma main, même si j'avoue y avoir pris du plaisir. Va-t'en ignoble bête, puisses-tu renaître un jour et recouvrir la pureté de ta lignée.

Sur cette dernière parole le cygne noir qui gisait étendu au sol, près de Phylée, s'en alla lui aussi après avoir jeté un regard qui s'apparenterait chez un être humain à de la haine. Sur quoi Léda se baissa à hauteur du sibérien et, caressant du dos de son index le visage clair de l'inanimé, dit à haute voix :

- Nous voilà seuls à présent, Hyoga. J'ai tant souffert de te voir ainsi en proie à la douleur, tant physique que morale, mais j'avais foi en toi. Depuis des temps immémoriaux aucune déesse mieux qu'Athéna n'a su prendre soin de ses suivants. Oh bien sûr je sais que votre destinée à tous est de mourir au combat, pour vos frères humains. Mais vous le faites en un innocent sacrifice qui, surpassant la douleur, vous comble d'une joie et d'une fierté sans commune mesure. Voilà pourquoi jadis le cygne quitta Apollon : il avait compris qu'un univers basé uniquement sur un idéal de perfection physique et artistique ne serait que superficialité et inutilité en contrepartie de toutes les souffrances qu'il aurait été possible d'apaiser. De par ton caractère sacré et ce que tu représentes, le dieu solaire te menaça de son courroux si jamais tu songeais à t'en aller. Mais malgré tout, malgré ses menaces, tu rejoignis Athéna lorsqu'elle cherchait protecteurs pour ses guerriers. Alors il te maudit, et sa malédiction fut énoncée ainsi, répondant à chacune de tes sincères paroles :

Oh Cygne ! Messager de vertu et de lumière,
Porteur de sinistres nouvelles sur Gaïa la Terre,
Promets-moi de toujours rester à mes côtés
De crainte que mon âpre colère vers toi soit guidée.

Majestueux céleste, ose tenter de me tromper.
Et sera tien le châtiment des exilés.
Partageant le destin des créatures mortelles
Tu subiras pertes, affliction, douleurs et peines.

Impudent volatile, ingrat et malhonnête,
Va-t-en donc rejoindre ta chère Pallas Athéna !
Tu goûteras aux horribles maux de ceux de là-bas.

Par l'enfer et le Styx je te le jure sale bête,
Pour trahison tu subiras, abject impie,
L'éternité jusqu'à te délier par la vie !


Et malgré cela tu n'hésitas pas, tu t'en allas, sans jamais te retourner. Au fond peu t'importait de subir le destin des mortels, puisque tu te proposais de les délester de leur peine. Et dans ta grande vertu tu ne lui en as jamais voulu, à Phébus Apollon : tu savais que malgré sa bonté il était juste ignorant, tout dieu qu'il était. Tu avais assez partagé son quotidien pour savoir que même si son orgueil n'avait aucune autre mesure, ni en Olympe ni sur Terre, il était bienveillant et généreux à l'ordinaire. Car c'est la douleur de ta perte qui l'a fait te maudire, ce sensible Pythios. Ah comme je suis heureuse ! Si heureuse qu'après tant de siècles d'infortunes sur tes protégés enfin le maléfice soit levé !

C'est ainsi qu'elle se releva et, laissant innocemment éclater son bonheur, dansa joyeusement en tourbillonnant tout autour de l'armure sacrée. Au bout de quelques instants elle se reprit, un sourire séraphique ne cessant d'éclairer son visage parfait.

- Me pardonneras-tu pour ce que je vais faire ? Cela fait si longtemps que je souhaite te revoir, si longtemps que j'entretiens la flamme en mon tendre cœur…

S'agenouillant sur le sol aride et froid, elle posa la tête de Hyoga sur ses genoux. Elle l'observa longuement, tentant de graver en sa mémoire chaque grain de sa peau, chaque courbe de son visage, chaque cil bordant ses paupières clauses, jusqu'à la sensation de son souffle lent faisant se soulever sa délicate poitrine. Sa longue chevelure blonde tombait en lisse cascade, offrant un dais de lumière au Chevalier inanimé. Et dans cette éphémère promiscuité, l'intimité de cette voilure faisant rosir ses joues nacrées, Léda approcha ses lèvres pâles de celles du russe. Retenant sa respiration, tremblante et le regard imbibé d'émotion, elle le sentit soudain bouger. Comme paralysée, elle ne put rien tenter lorsque les paupières closes du " Cygne " revinrent goûter à la lumière de la vie, plongeant leur éclat de glace aux tréfonds de son âme mise à nu. Mais elle se ressaisit, bien plus vite que lui qui émergeait à peine de son inconscience…

Lorsque enfin il s'éveilla, Hyoga crut qu'il avait atteint l'éden tant de fois imaginé : sa mère se tenait là, au-dessus de lui. En son regard il avait cru déceler une joie profonde, inexplicable émotion emprunte à la fois de tristesse de solennité et de résignation, mais surtout transpirante d'amour. Tout autour de lui semblait flou, elle seule demeurait comme son unique lumière. Il n'éprouvait plus aucun doute, il était bien au paradis, son paradis chrétien. Mais le flou fit bientôt place à la réalité, sa mère disparut aussi vite qu'elle était apparue. Quelques instants plus tard, après avoir repris ses esprits, il se leva et scruta le paysage alentour. Après avoir remarqué son armure à ses côtés, il distingua un peu plus loin, allongé au sol, une ombre immobile. S'approchant, il remarqua alors qu'il s'agissait de Phylée.

Qui peut donc être l'auteur de sa mort ?… Moi-même n'ai pas succombé alors que j'aurais dû… Quant à lui, ça n'est pas la glace qui aura mis fin à sa vie. Je n'y comprends plus rien, qu'est-ce qui ?… Ca y est, mon mal de tête me reprend.

Puis, examinant le corps du défunt, il remarqua deux profondes plaies à hauteur de son torse.

- Je ne sais pas qui t'a fait ça mais une chose est certaine : il devait posséder de bien puissantes armes pour ainsi t'amocher. Puisses-tu, toi ainsi que tes victimes, te pardonner à toi-même, Phylée.

Après quoi, malgré ses blessures, il prit le temps d'ériger une modeste stèle mortuaire à celui qui du roi était fils. Dès lors à tout jamais il demeurera aux côtés de son père, leurs deux tombes formant un édifice censé rappeler à ce pays jusqu'où la haine et l'incompréhension peuvent conduire. Lorsque le labeur fut achevé, un rayon de soleil, perçant à travers le manteau laiteux du ciel, tomba à l'endroit même où se trouvait Hyoga : devant les deux croix. Ainsi fut célébré la mort d'Augias et de son fils, à moins que ce ne soit le Cygne lui-même qui fut éclairé dans son incompréhensible triomphe…

Quoiqu'il en soit, le Chevalier avait un devoir sacré : sauver sa déité. Voilà pourquoi il s'en retourna sur ses pas, non sans avoir oublié la belle Léda qu'il avait laissé à son repos. Arrivant sur les lieux où il l'avait quittée, il découvrit sa couche vide : elle s'en était allée, le laissant seul avec ses insaisissables questions.

Malgré tout, un événement étrange se produisit encore, événement qui acheva très probablement la fin de l'épreuve du Saint des glaces : à l'instant où il sortit de la grange abandonnée, il perçut comme un appel. Faisant face à la douce brise du vent, il se tourna sur sa gauche et discerna, à plusieurs dizaines de mètres sur une colline, cet être mystérieux vêtu d'écorce qui lui avait édicté ces paroles sibyllines lors de son arrivée. Il lui sembla alors qu'il pleurait, malgré un sourire, mais il était trop loin pour en être sûr. Hyoga ferma quelques secondes les yeux, une forte bourrasque soufflant soudainement. Lorsqu'il les rouvrit, plus personne alentour… Accompagnant la brise redevenue légère, un long fil d'or traversa l'air pour être attrapé par l'adolescent. Il se perdit alors dans la vision de ce fin cheveu blond.

Mama…

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