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Cette fiche vous est proposée par : SuiSeiKen


Dossier spécial films d'époque

« La Terre n'appartient à personne. La Terre est réservée
à ceux qui l'aiment et qui la protègent. Nous ne perdrons donc jamais. »
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, seuls quatre mois et une poignée de jours séparent la sortie cinéma de « L’ardente Bataille des dieux » et celle de « La Légende de la jeunesse écarlate » (Les Guerriers d’Abel dans nos vertes contrées), troisième film animé de Saint Seiya à voir le jour au Japon le 23 juillet 1988. Le producteur exécutif Hiroshi Takeda aurait convoqué l’équipe technique pour officialiser le projet le jour même de la première de « L’ardente Bataille des dieux », leur laissant ainsi un délai d’à peine quatre mois et demi pour amorcer, développer, peaufiner et boucler un film pourtant bien plus ambitieux que ses prédécesseurs en termes de qualité et de durée, puisque du haut de ses 75 minutes, « La Légende de la jeunesse écarlate » sera le premier véritable long-métrage de la saga. Pourquoi cette précipitation ? Eh bien, non pas pour coller à l’édition estivale de la « Tôei Manga Matsuri » comme on pourrait l’envisager de prime abord (ce qui tend aussi à démarquer ce film des autres puisqu’il sera le seul des quatre à échapper à ce contexte quelque peu enfantin), mais pour célébrer dignement le 20e anniversaire de l’hebdomadaire Weekly Shônen Jump (lancé en juillet de l’année 1968), Saint Seiya étant à l’époque l’un des plus gros succès de l’éditeur Shueisha. Néanmoins, une diffusion hors du cadre du festival de Tôei ne l’a pas empêché d’être lui aussi couplé à une autre production animée de la firme, « Sakigake !! Otoko-juku ».




Pour avoir une idée du contexte Saint Seiya lors de cette sortie, il faut savoir qu’en ce jour du 23 juillet de l’année 1988 était diffusé le 87e épisode de la série sur TV Asahi, « Améthyste maléfique ! Le cimetière des chevaliers ». Nous sommes donc ici en plein dans l’épopée d’Asgard, avec le début du combat opposant les chevaliers d’Athéna au fourbe guerrier Divin Alberich de Megrez. La prépublication du manga dans le Weekly Shônen Jump en est quant à elle au beau milieu du chapitre Poséidon, plus précisément à la fin du duel voyant s'affronter Shiryû et le général Krishna de Chrysaor, au pied du pilier soutenant l’océan Indien.




Ambitieuse, cette troisième production l’est assurément, tout d’abord en se démarquant de l’aspect « double-épisode TV » de ses prédécesseurs. Ici, point de générique pop-rock pour introduire le film, mais un thème original chanté pour le conclure, comme toute production cinématographique qui se respecte. L’équipe technique donnant vie à ces 75 minutes n’est quant à elle constituée que de talents confirmés, ayant déjà travaillé avec succès sur la série et les précédents films. Ainsi Yoshiyuki Suga reprend en main le scénario, en faisant un immense cadeau aux fans japonais : le retour des chevaliers d’Or qu’ils affectionnent tant. Saga, Shura, Camus, Aphrodite, Masque de Mort, tous ceux qui ont péri lors la grande bataille du Sanctuaire reviennent à la vie, même si ce n’est pour certains qu’un bref instant, ressuscités grâce aux pouvoirs d’Abel de Phébus, une divinité jadis bannie par ses pairs et ressurgissant aujourd’hui des profondeurs de la mythologie pour purifier la Terre. Sur ordre des dieux eux-mêmes ? Voilà l'une des principales interrogations posées discrètement mais sûrement par le film.




En tout cas, vous l’aurez compris, après un détour par les paysages nordiques, l’histoire se recentre sur la mythologie grecque, avec une action prenant place dans une zone secrète du Sanctuaire. Tadao Kubota réalise donc, à l'image du premier film, des décors plus classiques, montagnes, collines et temples en ruine, mais... d’une beauté captivante, à l’image de la scène d’ouverture du film avec une Saori se prélassant dans un immense champ de fleurs tandis qu'une vision tragique de l'avenir du monde prend forme. Comme dans un rêve... Car oui, la réalisation de l’ensemble est une nouvelle fois confiée au talentueux Shigeyasu Yamauchi, qui ira encore plus loin dans sa mise en scène en réalisant un véritable festival d'impressionnisme, d'émotion pure, intense et poétique, l'aspect contemplatif cher au réalisateur se taillant ici une part de lion. En parallèle, Yamauchi transcendera comme jamais le graphisme et l'animation de Shingo Araki et Michi Himeno (eux aussi en très grande forme sur ce projet, dont la production explique pourquoi ils ne feront quasiment rien sur l’arc Asgard de la série TV, réalisé en parallèle, mis à part le premier épisode et quelques séquences éparpillées au gré des épisodes suivants), offrant des effets de déformation aussi improbables que saisissants. L'exemple qui vient immédiatement à l'esprit est l'explosif et incandescent Burning Corona d'Atlas, « écartelant » ses victimes pour démontrer sa puissance (au point qu'on en ressentirait leur souffrance) dans un déluge d'effets hauts en couleurs. Sans nul doute l'une des attaques les plus impressionnantes et dévastatrices de la saga ! Plus généralement, le thème que Yamauchi souhaitait privilégier pour cette « superproduction » était non pas le classique « devoir des chevaliers envers Athéna » (qu'on retrouvera, évidemment, car faisant pleinement partie de l'esprit de la saga), mais « le profond désespoir de Seiya envers Saori », mettant ainsi l'accent sur la relation liant les deux personnages. Et en effet, jamais le public n'aura vu le vaillant chevalier de Pégase aussi déstabilisé, meurtri dans son cœur et dans son âme par les âpres paroles de sa princesse, le désavouant, lui et ses compagnons. Perdant sa raison de vivre (son statut de protecteur d'Athéna... ou bien alors Saori elle-même ?), s'engouffrant dans les méandres du désespoir jusqu'à en oublier ce qui fait la force d'un véritable chevalier, celui-ci se jettera tête baissée dans la bataille et ne devra son salut qu'a l'intervention de Saga, qui le guidera « en employant la manière forte » jusqu'à cette vérité qu'il avait perdue de vue (un moyen pour le chevalier des Gémeaux d'expier ses fautes passées ?). Deux scènes retiendront plus particulièrement l'attention du réalisateur : tout d'abord sa préférée, au début du film, lorsque Saori redevient une jeune fille comme les autres, enjouée et innocente, s'amusant avec son « grand frère » comme le ferait une enfant (mise en scène qu'il immortalisera d'ailleurs à la toute fin du film, sur un plan plus onirique, avec une statue représentant Abel et Saori enfants et naissant dans les débris du temple de Corona). Puis la séquence où Seiya se relève tout en armant l'arc du Sagittaire, courte mais intense, tirant sa force de sa mise en scène : une habile rotation de la caméra « en zoom arrière » autour du personnage. Elle débute ainsi par un gros plan de son visage, pour se terminer par une vision plus large de Seiya, brandissant l'arc en arrière-plan de Saori et Abel. Oui, le film est une réussite indéniable sur le plan esthétique, et il faut bien évidemment noter que la liste d’animateurs et d’intervallistes ayant travaillé dessus est longue et compte parmi les meilleurs éléments ayant oeuvré sur la série TV : Kyokô Chino (souvent considérée comme la « troisième » avec Araki et Himeno), Eisaku Inoue (qui aura la consécration qu’il méritait avec son travail sur les OAV Meiô Hades Jûnikyû-Hen), Masahiro Naoi (souvent pointé du doigt à cause du rôle de « substitut des grands » qu’il occupe sur le 4e film, mais qui au final s’en tire bien mieux que d’autres grâce à la finesse de son trait), et Nobuyoshi Sasakado (le moins bon de la liste mais pas catastrophique pour autant), parmi les plus connus et dont les noms reviennent régulièrement sur les forums.




Le deuxième point fort du film, sans quoi un tel degré d’émotion ne serait pas atteint, est bien la nouvelle fournée musicale composée une fois encore par le grand Seiji Yokoyama qui, pour beaucoup de fans (dont lui-même), signe ici ses plus belles créations sur Saint Seiya. Créations une nouvelle fois sublimées par l’inoubliable voix de sa choriste préférée, Kazuko Kawashima, et par l'utilisation de la mandoline. A l’instar des compositions de « L’ardente Bataille des dieux », toutes celles de « La Légende de la jeunesse écarlate » reflètent l’état d’esprit et les sentiments dégagés par les personnages à la note près et à l’instant présent décrit dans le film : la faiblesse et l’incompréhension dans les thèmes « Abel - Seiya désemparé » (2e partie) et « La tristesse de Seiya », la puissance à l’état brut dans « Atlas, le chevalier incandescent », le désespoir dans « La mort d’Athéna », la volonté dans « Puiser sa force dans l’amour », l’espoir dans les thèmes « La résurrection d’Athéna » (réutilisé par la suite pour accompagner les testament de Shaka dans la série d'OAV Hadès Jûnikyû Hen) et « L’effondrement du Temple », qui conclut ce chef d’oeuvre visuel par une note positive et optimiste, accompagnant la déclaration solennelle d'une Saori plus que jamais consciente de son rôle de déesse, suivi des paroles sages du Vieux Maître. Comment ne pas mentionner aussi ce qui est sans doute, et pour de nombreux fans, LE thème de Yokoyama et Kawashima sur LA scène du film (voire même de Saint Seiya toute saga confondue), à savoir « Le déluge de Deucalion » ? D'une intensité émotionnelle prodigieuse, ce chant (dont la force marquera également la fin de deux épisodes de la saga Hadès, dont la double Athena Exclamation entre chevaliers d'Or) alterne successivement impuissance et désespoir puis soudainement vaillance, détermination et dépassement de soi, le tout jouissant d'une mise en scène dans le plus pur style Saint Seiya, ponctuée par l'apparition miraculeuse des armures d'or salvatrices. On se rappellera aussi de ce thème employé d'une manière cruelle cette fois dans le dernier épisode de la saga Asgard, lorsque Hilda, tout en priant Odin, se remémore la tragique disparition de ses braves guerriers Divins. Des morts successives qu'elle a bien perçues, impuissante car en proie au maléfice des Nibelungen. Enfin, « Le choix du destin », dans lequel le rythme effréné du violon se superpose au thème principal du film, dynamisant ainsi l'action tout en marquant d'une comète la mort du chevalier incandescent, terrassé par l'union des chevaliers de Bronze aux armures d'or. Terminons cet aspect musical avec le thème de fin, sanctifiant l’amour existant entre Seiya et Saori, qui a pour titre « You are my reason to be - Ai wa hitomi no naka ni » (« Tu es ma raison d’être - L’amour se reflète dans tes yeux » . Anglo-japonais dans ses paroles, celui-ci est chanté par le duo Oren Waters et Hitomi « Penny » Tôyama, qui a semble-t-il été choisie après un casting long et sévère.




Bien sûr, il parait impensable de ne pas mentionner ici les étranges similitudes du scénario avec la saga Hadès de Masami Kurumada. Tout d'abord la résurrection des cinq chevaliers d'Or qui ont péri lors de la bataille du Sanctuaire, puis le sacrifice de Saga rappelant celui de son frère jumeau Kanon face au Juge Rhadamanthe. Sans oublier le royaume d'Elysion où Athéna se dirige, guidée par Abel, mais aussi la séquence finale montrant nos héros bien mal en point mais victorieux, sereins, Seiya sous le regard bienveillant et attendrissant de Saori, tandis que leur environnement se désagrège petit à petit, rappelant bien sûr la fin du manga et leur avenir incertain (bien qu'une étoile prédise le contraire) suite à l'effondrement du royaume d'Hadès. Qui a influencé quoi ? Evidemment, si vous avez bien lu le début de cette analyse, vous saurez que Masami Kurumada n'avait pas encore commencé son ultime chapitre à l'époque de la sortie du film...




En France, « La Légende de la jeunesse écarlate » fut le premier film à être édité en VHS au début des années 1990 et bénéficiera même d’une diffusion en prime-time (!) sur la défunte chaîne La 5. Mais, mille fois mais, non seulement le long-métrage fut tronqué à ses extrémités (au début en raison des crédits japonais sur fond de retrouvailles enfantines entre Saori et Abel, à la fin pour cause de générique japonais qui fut remplacé par « La chanson des chevaliers » de Bernard Minet, sur un clip monté à partir de séquences du film), mais son adaptation française s’avère tout simplement CA-TAS-TRO-PHIQUE. Si le jeu des comédiens n’est pas à remettre en cause, les textes qu’ils débitent en revanche sont le plus souvent à mourir de rire. Mauvaises traductions (« la bataille des douze temples » devient « la bataille du douzième palais », « Camus » est appelé « Camille » , contresens, phrases sans queue ni tête (on se rappellera toujours de la tirade incompréhensible lancée par Masque de Mort pour justifier le fait qu’il porte son armure d’or), voire même oubli et inversion de certains dialogues (vers la fin, Seiya « pique » une réplique d’Abel, qui change du tout au tout la portée de la scène), visiblement la personne en charge de l’adaptation ne connaissait strictement rien à l’univers de la série. On pourrait aussi rajouter à cela la « qualité » du script anglais fourni par Tôei. Au final, le film a beaucoup souffert de la mauvaise image véhiculée par sa version française, et c’est bien dommage car la version originale, elle, est parfaitement claire.




Pour conclure sur ce monument, qui pour beaucoup de fans représente encore aujourd’hui la quintessence animée de Saint Seiya et le chef d’oeuvre d’époque de Shigeyasu Yamauchi (bien que projeté à une époque où l'audience de la série commençait à s'effriter), une petite interrogation sur les puissants chevaliers de Corona, mise en avant dans le livret de la « Movie Box » japonaise. De part leur statut de « chevaliers » et leur rattachement à une constellation bien identifiée parmi les 88 existantes (Carène, Lynx et Chevelure de Bérénice), ont-ils été créés dans le but de combler trois des quatre places vacantes et inconnues dans la hiérarchie des « Saints » d’Athéna ?




« Nous avons été capables de sauver cette Terre, mais nous ne devons pas oublier que d'autres épreuves nous attendent. Je vous supplie de continuer d'aimer cette Terre, et de la protéger contre toutes les attaques ! »



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