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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Une vérité à découvrir

 

 

 

Surplombant la scène par la crique d'Attikhon[i], l'homme observa une foule inhabituelle de pèlerins qui remontait les larges routes pour s'arrêter devant les offices et les portes d'accès du Sanctuaire. Haut lieu sacré d'Athéna gardienne des hommes, ce dernier avait toujours attiré celles et ceux en quête de sagesse ou de protection. Mais les foules qui s'entassaient n'avaient plus seulement pour but la ferveur de la piété et de la prière. Dans ces temps de chaos et de malheur, les frères s'affrontaient, les enfants reniaient leur famille, les parents devenaient irresponsables. La folie semblait gagner le cœur des hommes et des femmes, à mesure que la chaleur rendait apathique par manque d'eau. Le Sanctuaire était devenu un refuge pour ces pauvres gens. Priant pour ces malheureux en quête de repères et de soutien de leur divine protectrice, l'homme reprit sa marche s'éloignant de la foule des pèlerins. Ses pas l'amenèrent à croiser de nombreux hommes d'armes du Sanctuaire. La chaînette d’Argent clairement visible autour de son cou le désignait sans doute possible comme un éphèbe d’Argent et, à ce titre, lui permettait de circuler librement dans les parties communes du lieu saint. Il finit par arriver dans le principal temple sacré de par ses proportions titanesques. S'engageant dans une dépendance, ses pas résonnaient sur les larges dalles de pierre lisses pour se perdre dans les ténèbres d'un plafond invisible. Le refroidissement de l'atmosphère indiquait que le maître des lieux était bien là. Asturias franchit le seuil d'une porte ouverte et attendit que l'homme déjà présent dans la vaste pièce lui fasse signe d'avancer.

 

Ludoxandros, assis en tailleur, avait les yeux concentrés sur une source de lumière pâle comme la glace qu'il semblait contenir dans ses mains en coupe l'une au-dessus de l'autre. Une étrange atmosphère se dégageait de la scène, comme le bref instant de silence, le subtil battement de cœur, qui précède une explosion.

« Seigneur Ludoxandros, si vous le permettez j'aimerais m'entretenir avec vous », demanda le jeune éphèbe d'une voix posée.

L'homme replia alors ses mains l'une sur l’autre et fixa Asturias. Un regard ni engageant, ni menaçant, mais dont la détermination sur un visage si jeune mettait mal à l'aise. Un long silence s'installa... Puis, d'un léger plissement du regard Ludoxandros finit par dire :

« Le silence n'est-il pas la meilleure forme d'écoute ? Qu'attends-tu pour parler ? »

Se raclant la gorge pour retrouver de la voix dans ce lieu étrangement si froid Asturias répondit :

« Seigneur, notre mission sur Maiegeiam qui fut confiée à mes compagnons et moi-même, m'a amené à me poser un certain nombre de questions. J'aimerais vous entretenir de l'une d'entre elles. Le Maître de la Guerre Eternelle, Caturix, avec la fureur et la férocité qu'on lui attribue, a prophétisé à l'aube des Âges le cataclysme qui détruira le monde tel que nous le connaissons. Je redoute que dans les temps troublés qui sont les nôtres, il ne soit déjà associé au tumultueux Arès, dont mes lectures me font penser qu'il se satisfait de l'actuel chaos. En scellant son antre comme il l'indique dans son testament, je ne sais pas si Maiegeiam à réellement déjoué les plans de cette vieille puissance. »

Asturias marqua un court moment de pause. L'atmosphère étrangement glaciale et le regard sans émotion de son interlocuteur le troublaient. Il reprit, se concentrant sur ses explications en sortant son petit calepin noirci de notes :

« Si c'est le cas, il y a fort à parier que l'Ordre Noir au grand complet soit sur le point de rentrer en guerre. Jamais, à mon avis, leur maître ne laisserait passer l'occasion de participer à la bataille titanesque qui s'engage entre les puissances divines et les horreurs échappées d'Astragoth. Je m'inquiète gravement des affrontements qui pourraient se multiplier un peu partout. Car plus rien ne pousse à la discrétion, cette fois-ci, les suivants de l'Ordre Noir. S'ils ne sont guère nombreux, l'idéologie martiale et perfectionniste qui les anime font en revanche d'eux de terribles adversaires. J'imagine que pour libérer leur dieu, si ce n’est déjà fait, ils vont remuer ciel et terre, traquant le moindre indice pour retrouver Maiegeiam ou un moyen de rejoindre l'Outre-monde. »

Asturias releva la tête et quitta quelques instants ses notes, poursuivant d'une voix plus inquiète :

« A moins que tout ceci ne fasse partie d'un plan plus sournois, qui nous échappe encore. C'est pour cette raison, Seigneur, que je suis devant vous, pour obtenir avec votre accord l'autorisation de sortir du Sanctuaire et d'effectuer des recherches sur l'Ordre Noir. Enquêter sur cette triste secte permettrait peut-être en effet d'en savoir plus sur les sombres plans de leur dieu et de ses éventuels alliés. »

Le jeune homme se tut et attendit la réponse du Guerrier Sacré. Ludoxandros regarda longuement Asturias. Fronçant les sourcils, le Maître de Crystal répondit enfin :

« Tu parles vrai, jeune éphèbe. Tu seras certainement un Guerrier Sacré d’Argent digne de ce nom, quand tu te seras débarrassé de ce carcan de noblesse dans lequel on t’a enfermé. Je sais reconnaître l’autorité qui t’a modelé pendant tes années de jeunesse. Je sais aussi reconnaître ce manteau de perfection qui est trop lourd pour tes jeunes épaules. Pour en revenir à notre sujet, je connais Caturix à travers les histoires que l'on raconte.  Son Ordre Noir sème déjà le trouble dans le nord de la Grèce ».

Il marqua une courte pause.

« Une semaine. Tu as une semaine. Mais pose-toi les bonnes questions, ne te laisse pas submerger par les émotions qui ne servent à rien. Je sais que tu as souffert en découvrant ton pays ravagé. Et bien sers-toi de ta rage ou de ta tristesse. Deviens un homme libre, cesse de jouer ce rôle qui ne te convient pas. Tu es tellement mal à l’aise qu’il est aisé de lire à travers toi. C’est une faiblesse qu’un adversaire un tant soit peu habile pourrait retourner contre toi ».

Ludoxandros se tut et regarda le ciel. Il reprit d’un ton moins inquisiteur.

« Caturix aime les combats, tu dis qu'il voudrait y participer, c'est une théorie séduisante, c'est une divinité martiale. Peut-être est-ce trop simple ? Et s'il n'était pas derrière ces troubles ? Et si ce n'était pas lui qui tirait les ficelles de ce complot visant à préparer une déflagration titanesque pour assouvir sa soif de combat ? Comment Maiegeiam, qui ne reste qu'un sorcier, ne connaissant même pas le Kosmos, aurait pu traverser la Marche de Caturix sans encombre ? »

Ludoxandros posa alors son regard sur la pierre qu'il tenait entre ses mains. Sa surface se recouvrit de gel puis,  d'un coup, d'un seul,  implosa en minuscules particules de glace, sous les yeux inquiets d'Asturias.

« Tu as vu jeune éphèbe ? La surface était gelée par mon pouvoir. Pourtant, elle a implosé. Ce gel n'était qu'apparent, je l'ai détruite de l'intérieur ... Je ne pense pas que tout soit aussi simple que tu ne le penses. Je crois que nous ne voyons que ce qu'on veut bien nous laisser voir, tes conclusions sont trop évidentes. Alors oui, pars, une semaine. Après, reviens ici, avec les autres. Vous allez bientôt rejoindre vos lieux de formation, tu ne pourras échapper à ton destin ».

Observant avec attention l'utilisation de ce mystérieux pouvoir et écoutant les instructions, Asturias se détendit à l'écoute de ces dernières paroles.

« Merci seigneur, je tâcherais de mettre à profit le temps qui m'est accordé. Si je puis me permettre de rajouter quelque chose, je suis moi aussi convaincu que bien des éléments m'échappent, Seigneur. Vouloir esquisser les plans divins ou ceux d'ordres séculaires lorsque l'on est qu'une jeune personne tout juste sortie de chez elle paraît presque risible. Mais je n'ai que ça Maître de Crystal, ma volonté de défendre les plus faibles, de tout faire pour que d'autres contrées ne subissent pas le même sort que ma chère Dalmatie. Puisse notre Déesse veiller sur cette entreprise et me permettre de vous ramener des indices, Seigneur Ludoxandros, conclut-il la voix mêlée d'amertume et de colère en repensant au sort de sa terre natale.

-Tu n’es pas surpris par mes remarques, jeune Asturias ?

- Je me dois de respecter l’ordre et …

- Foutaise, objecta le Guerrier Sacré. La vérité, je vais te la dire. Yolos m’a narré tes exploits lors du tournoi qui te vit triompher. Tu sais sans doute au fond de toi-même que Seth et l’Etranger ne se sont pas vraiment battus, que Shiro n’a pas vraiment voulu étaler sa force pourtant réelle. Tu as triomphé parce que tu as appris à te battre, soit, mais surtout parce que tes amis désiraient ta victoire, à l’exception de Séléné bien entendu. Tu es tellement gentil, tellement parfait. Les autres se servent de toi, car tu es prêt à tout prendre sur toi, tu penses pouvoir sauver la terre entière. Tu t’entraînes durement et, quand ce n’est pas le cas, tu lis, tu apprends. En vérité, tu fuis. Tu fuis ce que tu es vraiment. Tu es une belle statue de cristal, aussi fragile. Tu attires les regards, mais au moindre choc violent, tu te briseras si tu n’évolues pas. Découvre qui tu es vraiment. Allez, file, laisse-moi à présent. »

 

Le jeune homme s'inclina, troublé par ses mots qui l’avaient touché au cœur. Il s'engagea prestement en-dehors de ce lieu privé. Des pensées tourbillonnaient dans sa tête, lui rappelaient différents épisodes vécus ces derniers mois. Il se demandait comment il avait fait pour être encore en vie aujourd'hui, si finalement Ludoxandros n’avait pas raison, si l’enseignement de son père l’avait empêché de se trouver. Il inspira profondément et tenta de penser à autre chose. Croiser la route d'autant de personnes puissantes était rarement la voie appropriée pour espérer voir un jour ses cheveux blanchirent. Des dieux .... Il avait croisé la route des dieux. Le destin était décidément des plus facétieux, « Ce qui est donné un jour, peut très bien être repris le suivant », songea-t-il en se massant le cou d'un lent frictionnement de la main, rejoignant l'esplanade qui menait aux appartements des éphèbes.

 

Mieux valait reprendre le fil de pensées plus terre à terre. Pister et enquêter sur l'Ordre Noir ne lui autoriseraient aucun vague à l'âme. Il aurait besoin de tous ses esprits dans les bas fonds et les lieux isolés qu'il allait rejoindre. Sortant de la bienfaitrice obscurité d'un temple, la vive lumière du jour lui agressa les yeux durant plusieurs minutes. Pourtant, d'un pas décidé, il se dirigea vers l'entrepôt d'approvisionnement réservé aux soldats et aux apprentis. Il était temps de préparer un solide paquetage.

 

 

 

 

Les Guerriers Sacrés de Bronze

 

 

 

« Seth ! Enfin je te retrouve ! » cria Pallas à demi-essoufflé. On nous attend dans le Temple de Niké[ii], c'est Graal qui m'a envoyé à ta recherche ».

Seth se leva, sans un mot. Il était resté là pendant des heures, contemplant la montagne et les nuages bas qui se faufilaient un passage entre les sommets au rythme du vent d'est qui soufflait depuis plusieurs jours. Comme ses compagnons, il était revenu avec son armure de bronze. La comparaison s'arrêtait cependant là. Pallas était joyeux et fier, Seth était simplement déterminé à consacrer le reste de sa vie à Athéna. Son séjour sur l'Île de la Mort l'avait profondément marqué, changé à jamais. Jetant un dernier regard vers le ciel qui virait au gris au fur et à mesure que l'orage se formait, son esprit parut quitter cet endroit.

 

Il regarda la tortue qu'il tenait par la carapace et qui se débattait. L'avoir attrapée lui avait pris du temps, il avait dû affronter le ressac de la mer et avait failli périr, une nouvelle fois, écrasé contre les rochers de basalte. Son estomac le brûlait : il fallait se décider entre manger cet animal ou faire la diète. Il opta pour la première solution. Froidement, il brisa la nuque de l'animal sur une roche puis, à l'aide de son couteau, la dépeça. Son estomac cessa enfin de le tourmenter. La chair était assez tendre, il venait de gagner un jour de plus. Une journée de plus à vivre dans cet enfer. « Tu as encore échoué, tu n'es pas prêt ». La voix, encore elle. Seth gisait face contre terre, le corps ensanglanté. Cette armure était inaccessible, cette ombre était impossible à battre, il ferma les yeux. Un souffle de feu lui caressa le visage. Assis sur la carcasse d'un scarabée de feu, l'Egyptien pansait ses blessures. Combien de temps cela faisait il ?... Il avait perdu le compte des semaines depuis l'affrontement contre son hôte ... Celui qui était censé être le maître de cette île. Les souvenirs lui revenaient, le combat pénible et acharné. Et son adversaire qui semblait indifférent à toutes les blessures qu'il pouvait lui infliger. Il avait fini par céder, son adversaire avait pris le dessus, avait inondé son âme de visions d'antan, puis avait brisé son corps. Alors il avait soulevé le corps mourant de Seth, et l'avait amené à un gouffre de lave, décidé à le faire disparaître et rejoindre les spectres qui peuplaient ce volcan. Mais quelque chose avait eu lieu ... Même mourant Seth avait senti quelque chose dans l’air, cette île infernale avait subi quelque chose. Son hôte avait dû sentir cela lui aussi, car au lieu de finir les quelques mètres qui le séparaient de la fosse, il avait laissé choir l'éphèbe là où il était ... et s'en était allé, comme s'il n'avait jamais existé. L'Egyptien avait survécu, par quelque miracle, et son corps avait accepté de répondre à nouveau à ses ordres. Et à nouveau, il avait écumé l’île, faisant peser sa colère sur les habitants de celle-ci .Maintenant, il avait repris ses forces, il était peut-être même plus fort. Si la force n'était pas que physique, assurément il l'était. A nouveau il allait présenter ses « hommages » à son hôte inhospitalier. Et cette fois, le corps qui serait jeté dans le gouffre ne serait pas le sien.

 

« Seth, tu vas bien ?

- Oui Pallas, je vais bien. Je contemplais l'orage qui se forme.

- J'ai cru que tu te sentais mal, ton visage était marqué de rictus inquiétants, je...

- Ce n'est rien, coupa Seth. Rejoignons les autres, notre déesse ne doit pas attendre.

- Elle ne sera pas là, enfin, je ne crois pas, rétorqua Pallas en se grattant le menton.

- Athéna est partout où nous sommes Pallas, elle sera là. »

 

***

 

Darkhan s'avança à son tour. Il était le dernier. Sur sa gauche, Graal de la Coupe, considérait le dernier élu avec un regard satisfait. Darkhan avait ramené l'Armure Sacré du Dragon, sortant victorieux de l'épreuve de la Cascade de Long[iii]. Deux pas encore et il s'arrêta, en silence, devant le Guerrier Sacré d’Argent du Triangle, Yolos. C'était grâce à lui que Darkhan avait pu s'éveiller au Kosmos. Yolos ne réprima pas un sourire satisfait en regardant le jeune homme s'agenouiller à ses pieds ; « Nous avons réussi ; ces Guerriers Sacrés seront de braves serviteurs d'Athéna, toi le premier Darkhan », pensa-t-il.

« Vous voilà tous réunis en ce temple pour recevoir votre titre officiel de Guerrier Sacré d'Athéna. Vous avez su triompher des épreuves, vous avez su réveiller votre Souffle Divin qui court à présent dans vos veines et qui ne s'éteindra jamais. Vous avez réveillé les Armures Sacrées qui vous permettront de servir Athéna. Elles ne vous quitteront jamais, tout comme la mienne demeure attachée à mon cou par cette chaîne intangible qui m'unit à l'Armure d’Argent du Triangle, indiqua-t-il en montrant la chaîne qu'il portait depuis de nombreuses années maintenant.

- Vos armures viendront à vous lorsqu'elles sentiront que vous êtes en danger ou lorsque vous ferez appel à elles. Elles resteront, dans le cas contraire,  dans ces petites urnes qui pendent à l'extrémité des chaînes. Tel est le pouvoir divin d'Athéna », soutint Graal avec solennité.

 

La chaleur écrasante des dernières journées s'était effacée au profit d'une température plus agréable au fur et à mesure que l'orage se formait sur le Domaine Sacré. Le vent venait agiter les branches diaphanes des oliviers qui parsemaient les alentours du Temple de Niké. Ils restaient là, immobiles, leurs silhouettes séculaires embellissant l'esplanade pierreuse. Les constellations scintillaient délicatement dans la voûte céleste, posant leur regard sur ces hommes qui venaient de gagner leur grade de Guerriers Sacrés d'Athéna. La cérémonie, qui touchait à sa fin, durait depuis près de trois heures. Après un moment de prière, une prêtresse d'Athéna avait procédé à un sacrifice en l'honneur de la déesse. Diverses plantes rituelles et une brebis furent placées sur l'autel sacrificiel. L'animal fut égorgé avec soin, sous les regards gênés de Darkhan et d'Harald, peu habitués à ce genre de spectacle, contrairement aux autres qui avaient tous assisté dans leur vie à de pareils rituels. La prêtresse recouvrit l'animal des végétaux choisis et y mit le feu, honorant ainsi sa déesse tutélaire[iv]. Vint ensuite l'appel de chaque nouveau Guerrier Sacré : Seth du Phénix, Bamos de Cassiopée, Artholos de l'Hydre Mâle, Nekkar de l'Hydre Femelle, Séléné de l'Ours, Nevali du Loup, Xantipolapoulos de la Grue, Minosandre du Lionnet, Harald du Bouclier, Pallas de la Croix du Sud et, enfin, Darkhan du Dragon.

Cette soirée était promise à la célébration des nouveaux serviteurs d'Athéna. La cérémonie devait s'achever sous la voûte étoilée, les constellations devant être associées à cette divine reconnaissance. Cette dernière partie de la célébration fut progressivement compromise par l'arrivée, à haute altitude, d'un voile nuageux de plus en plus opaque, condamnant toute tentative d'observation. L'orage avait décidé de prendre ses quartiers sur le Sanctuaire. Ayant quitté le Temple de Niké, les compagnons contemplèrent le spectacle saisissant. Des nuées de cristaux de glace s'étaient concentrées en de vastes panaches produits par plusieurs nuages inquiétants. Le vent d'est s'était tu, désireux de laisser la fureur du ciel s'abattre sur les montagnes qui osaient défier sa suprématie.

Au bout de quelques instants, l'activité électrique se réveilla, quoiqu’irrégulière. Aux coups de foudre intensément lumineux répondaient de vastes lueurs illuminant les phalanges des nuages en approche. Les choses sérieuses commencèrent enfin, avec un sinistre double impact simultané qui fascina les élus. L'air sec, associé à l'altitude élevée du plafond nuageux, favorisait la formation d'éclairs très ramifiés et spectaculaires.  Le ciel tremblait maintenant, les éclairs frappant les montagnes de leurs traits électriques.

 

Ludoxandros, qui ne s'était pas manifesté tout au long de la cérémonie, demeurant impassible aux côtés de Yolos et de Graal, s'avança et tendit sa main droite en indiquant le ciel théâtre de ce combat titanesque des forces de la nature. Il fixa les élus et déclama avec une voix teintée d'excitation : « Guerriers Sacrés ! Contemplez ce spectacle ! Cet orage rend hommage au pouvoir qui est vôtre désormais : vous êtes tels ces éclairs, capables de fendre les cieux, de briser les montagnes ! Vous voilà Guerriers sacrés de Bronze d'Athéna ! Vous voilà son bras armé ! »

 

 

 

 

Les malheurs de l'Egypte

 

 

 

Seth s'habilla rapidement et sortit sur le parvis du Sanctuaire. La nuit avait été courte, tous les nouveaux Guerriers Sacrés avaient participé au repas qui avait suivi la cérémonie. Les éphèbes d’Argent avaient été conviés et, à l'exception de Ludoxandros qui avait décliné l'invitation, tous s'étaient plus ou moins laisser-aller. Seth n'avait pas trop bu de vin et se réveilla lorsque les premiers rayons de soleil vinrent se poser sur son visage à travers l'embrasure de sa fenêtre. Il fit quelques pas sur le parvis et héla le premier garde qu'il croisa :

« Toi, où se trouve l’éphèbe Mâa ?

- Je ne sais pas, Maître, répondit confusément le garde.

- Et bien tâche de le savoir, un garde doit savoir à tout moment qui se trouve dans le Sanctuaire et où il se trouve ! »

L'Egyptien s'amusa à regarder le garde partir au pas de course. « Décidemment, les hommes ne pourront-ils jamais s'empêcher de ramper devant leurs maîtres et rugir devant leurs serviteurs ? » murmura-t-il en reprenant son chemin. Bah, aujourd'hui il était le maître, et jouer des manies des hommes l'amusait toujours autant.

Le soleil se trouvait presque à son zénith lorsque Seth se réveilla. Il s’était assoupi sur le parvis du Sanctuaire et ce furent les rayons ardents qui le tirèrent de sa torpeur ... « Presque à son zénith ? » s'interrogea-t-il en masquant son regard pour regarder le ciel irradié. Mâa était avant tout suivant de Râ, et tout suivant de Râ lui rendait hommage, une heure avant qu'il atteigne sa pleine puissance. Seth se mit en quête d'un lieu sacré où brûlerait une flamme,  et sourit quand il trouva ce lieu et, du même coup, son « ami ». Il se porta à la hauteur de son compagnon égyptien mais, contrairement à lui, ne s'agenouilla pas devant le foyer des flammes. D'une voix calme et respectueuse de la quiétude ambiante il posa une simple question : « Qu'est-il arrivé a ce monde, et surtout qu'est-il arrivé a notre Egypte ? »

Mâa, comme à son accoutumée était parti prier. Il faisait ses ablutions matinales au lever du Soleil, implorant ainsi Râ renaissant sur sa barque matinale, puis il se rendait au temple d'Athéna afin de prier pour le repos et la sauvegarde de l'Humanité. Ces derniers mois, Mâa avait compris que les deux divinités n'étaient pas ennemies, une œuvrait pour un Peuple en y portant lumière et connaissance, tandis que l'autre œuvrait pour la sauvegarde de l'Humanité tout entière ... Du moins s'en était-il persuadé. Mâa avait donc atteint un havre de paix intérieure et d'équilibre, il savait qu'il aurait besoin de tout cela afin de traverser les épreuves à venir. A la vue de son ami, il sourit, lui répondant tout en restant agenouillé.

« Je ne te savais point concerné par le destin du peuple Egyptien, tu ne m'as jamais parlé de religion ... » Il marqua un temps de silence, désireux de choisir les mots justes pour ne pas offusquer son compagnon. « Et j'avoue qu'à la vue du nom que tu portes, j'aimerais savoir quel Dieu de notre terre tu honorais ? »

Seth semblait hésitant ... Puis il s'adressa à Mâa et son regard se perdit dans le vague :

« Je ne t'ai jamais vraiment répondu, quant à savoir quel dieu égyptien je suivais ... Et je ne veux pas non plus te leurrer quant à mon envie de sauver l'Egypte. Jusqu'alors je ne l'ai jamais su, je crois que je ne servais personne.

- Seth, rétorqua fébrilement Mâa, l'Egypte, notre terre, est au plus mal ! Pharao, notre souverain, s'est enfui, il a abandonné le peuple. Les prêtres des anciens cultes sont pourchassés, et exterminés ... Oui, reprit-il après un instant de recueillement, ses longs cheveux blonds ondulant au rythme de la légère brise marine qui achevait sa course au cœur du Sanctuaire, il ne fait plus bon adorer le Soleil ... j'ai du me cacher à Tanis lorsque nous enquêtions sur Maiegeiam ... imagines-tu cela ? »

Mâa regarda le ciel et suivit un instant la course d'un nuage. Il poursuivit dans le calme le plus absolu :

- J'ai fait un serment, un serment au peuple d'Egypte... celui de le protéger quand il serait en péril. J'en ai parlé déjà aux autres éphèbes d’argent, je vais bientôt partir pour nos terres natales et essayer de ramener l'espoir et la lumière à mon peuple. Je ne laisserai jamais l'Egypte tomber aux mains de Seth ou d'Anubis, j'en ai fait le serment. J'ai rencontré un homme du nom d'Hellios là-bas, il m'a dit toute la détresse du peuple mais aussi que certains attendaient l'heure de la libération, je lui ai dit qu'il pouvait commencer à espérer et que je reviendrai.

Regardant Seth, il rajouta :

- Et toi, mon ami, que comptes-tu faire ? Seras- tu de la lutte ?

Seth durcit son regard azur.

- Sache, que pour moi, l'Egypte n'a point été la mère accueillante et nourricière qu'elle fut pour toi. De tous temps, le premier né de ma famille fut un garçon  et, de tout temps il fut nommé Seth. Les enfants suivant furent toujours des filles. Mon père, lui, désirait des fils. Ma famille servait le père du père de Pharao. Lorsque son père prit sa succession, mon père fut banni de sa cour, son nom étant considéré de mauvais présage. Il y vit une occasion de faire oublier son nom, se fit appeler autrement, et rêva de passer outre nos traditions. »

Il sembla hésiter ... C'était la première fois qu'il se livrait autant. Mâa était devenu son ami, la chose demeurait cependant inhabituelle. Seth était traversé de sentiments contradictoires. Il respira profondément et fixa son interlocuteur dans les yeux. Sa voix était devenue plus grave, froide comme l'acier qui pénètre les chairs, tourmentée par une émotion contenue, refoulée.

« Il le paya chèrement, car ma naissance s'accompagna de la mort de ma mère et, malgré sa rage, les prêtres me nommèrent Seth. Je n'ai pas l'amour de l'Egypte ou de Pharao que tu peux avoir, toi qui fus aimé d'eux. Si, aujourd'hui, je m'intéresse à son sort, c'est pour servir au mieux Athéna, car le Maître Ludoxandros nous a désignés, nous Guerriers Sacrés de Bronze, comme le bras armé d'Athéna ... Et aussi car moi seul parmi vous, ai vu la menace ... »

Mâa fronça les sourcils, ne comprenant pas où Seth voulait en venir. Ce dernier regarda autour d'eux, vérifiant qu'ils étaient seuls. D'une voix contenue, il murmura :

« Lors de ma formation, lorsque j'ai rejoint la Terre de la déesse Démèter, je fus ... Disons possédé ... J'ai vu des spectres, des ombres, j'ai vu la déesse maléfique Hel, et j'ai vu quelque chose derrière cette déesse au visage rongé par la mort. « Cela » jouait avec Hel comme les dieux jouent avec les hommes ... Comprends-tu ce que cela signifie ? La plupart des dieux luttent pour avoir un peu plus de puissance, ou un peu plus d'hommes, de jouets à manipuler ... Certains luttent pour la suprématie ... Mais « Cela », n'en a cure, car « Cela » a déjà tout. Alors que recherche cette puissance ? Je dois savoir, quels pions elle a bougé en Egypte, et s'il le faut, il me faudra la contrer là-bas, au nom d'Athéna. C'est seulement une question de survie, la survie de tout ce qui est. »

Seth se mit à regarder Mâa dans les yeux, tentant de lui passer par son regard l'amplitude de ses inquiétudes. Mâa ferma les yeux. Comment Seth pouvait connaître Hel ? Cette déesse était liée à Maiegeiam, l'affaire semblait plus que sérieuse. Il n'avait toujours pas rouvert les yeux... Les motivations de Seth le dépassaient et, dans un sens, le perturbaient. « Oui, lâcha-t-il enfin dans un soupir, la survie ... mais j'espérais te voir plus impliqué. Je pense avoir trouvé l'équilibre ... aujourd'hui mon âme est en paix et je suis en accord avec Athéna mais aussi Râ ... Pour répondre à ta question, les pions avancés sont Seth et Anubis, cela ne fait aucun doute. Je suis heureux de te savoir quand même à mes côtés même s'il s'agit de ta propre quête, car les combats seront éprouvants et si nous manquions à nos devoirs, la face du monde en serait changée. »

Seth fixa le néant, la pupille de ses yeux bleus se dilatant à l'infini :

- Ainsi les dieux de ce que tu appelles le mal, seraient les pions avancés par cet être ... En ce cas il se peut que l'Egypte sombre dans le chaos, à moins que nous ne remettions Pharao sur le trône, et encore, cela ne suffirait sans doute pas. Mais les Egyptiens sont aussi sous la protection d'Athéna, et nous devons nous préparer à assumer notre rôle ... Nous ne pouvons pas abattre les dieux, pas encore, mais leurs serviteurs eux, ne sont pas hors de notre portée. Reste à savoir si l'Egypte acceptera de se placer sous la protection d'Athéna. Seth sortit de ses pensées et son regard se fit plus dur : mais en effet, tant que tu serviras Athéna et fera appliquer sa volonté, tu pourras compter sur moi.

- Pharao... oui celui-là même dont j'étais un proche, a disparu ! Il s'est enfui d'Egypte, sans doute sous la menace d'Anubis, mais je le retrouverai où qu'il soit, et je tiendrai la promesse que je lui fis, le jour où il m'a fait venir au palais et m'a demandé d'être le protecteur de l'Egypte, peu avant mon départ pour Argos.

- Bien, rétorqua Seth, je vois que même si nos raisons diffèrent, nos buts sont les mêmes, tout comme je le supposais avant de venir te voir. Je te propose donc d'aller voir le grand Maître de Crystal, Ludoxandros, et de lui demander quels sont les projets de la déesse Athéna envers l'Egypte. Ainsi nous la servirons au mieux, et sans doute servirons au mieux notre ancienne terre. »

 

D'un commun accord, Seth et Mâa s'étaient mis en tête d'avoir une discussion avec le Maître de Crystal. Ils partirent à sa rencontre, cheminant les sentiers qui menaient à un temple où tout le monde savait pouvoir le rencontrer. En chemin, ils croisèrent Asturias et, comme à son accoutumée, Mâa ne pût s'empêcher de lui faire un clin d'œil amical:

« Ah, Bonjour Champion... comment te portes-tu par cette belle matinée ? »

Effectivement, l'arrière saison était maintenant plus douce, l'orage précédent avait rafraîchi l'atmosphère, le vent portait les embruns marins et les genévriers encensaient encore l'air de leurs subtiles essences. Le surnom que lui avait donné Mâa n'était point dû à la jalousie, il était simplement amical et franc. Asturias avait gagné le tournoi organisé cinq ans plus tôt, juste avant le départ des éphèbes de bronze. Il respectait ce puissant guerrier droit, sensible et fort instruit, il était un peu son pendant, l'amour des combats en moins.

« Nous allons voir le Maître de Crystal car nous voulons nous entretenir des problèmes Egyptiens.

- Je vois, fit Asturias intéressé. Il est vrai que tu sembles inquiet depuis notre dernier voyage à Tanis. J'espère que Messire Ludoxandros saura vous apporter des réponses. Je rejoins quant à moi Shiro, nous avons prévu hier de nous affronter dans l'arène d'entraînement sous les yeux de Maître Yolos. Tenez-moi au courant de vos avancées ! »

Mâa et Seth discutèrent encore un peu avec Asturias, Shiro venant rejoindre le trio quelques minutes plus tard. Après une longue discussion, les deux Egyptiens reprirent la route. Ils pénétrèrent enfin dans le temple, sombre et froid. Ludoxandros était en pleine méditation. Cette homme avait semblé à Mâa, froid et distant, presque antipathique... il semblait avoir laissé derrière lui tout trace de sentiment. Il était telle la glace, froid, lisse et imperméable au monde humain. Ainsi le voyait le jeune homme. Quelque part, c'était amusant, car en ces lieux allaient se rencontrer la Glace et le Feu que représentait Mâa par son côté impétueux et rigide dans sa détermination, tel les rayons solaires de Râ. Mâa savait que le Guerrier Sacré, même assis et plongé dans une profonde méditation, avait conscience de la présence des deux élus. Mâa aimait aussi se concentrer pour essayer de percevoir ce qui n'était point perceptible à vue d'œil... il savait que, certaines fois, sans le vouloir ou le chercher, il pouvait capter des pensée ou une idée simple.

« Maître de Crystal, nous sommes venus vous entretenir d'un sujet qui nous trouble beaucoup mais de manière différente, Seth et moi-même. »

L'homme demeurait concentré sur ce qu'il tenait entre les mains : une sphère de glace. Cette dernière semblait diminuer en intensité, puis s'accroître. Ludoxandros regarda enfin les deux hommes. Il affichait clairement une expression d'intérêt. Son visage impassible avait cédé la place à un regard intéressé. Ses yeux noirs se confondaient avec les mèches éparses de ses cheveux ébène qui tombaient sur son front et ses épaules. « Je vous écoute, intervint-il, exposez votre problème, fils d'Egypte. »

Seth regarda en direction de Mâa, et voyant que celui-ci préparait ses mots, pour parler au plus juste, il décida d'être celui qui parlerait en premier :

« Grand Maître, lors de son dernier voyage à Tanis, pour rencontrer Anaximandre, Mâa put voir qu'elle était troublée, par les interventions de dieux que je pense ennemis de notre déesse Athéna. J'ai, moi-même, vu des choses en songe qui me font penser que de lourdes menaces pèsent sur l'Egypte. De quelle manière servir au mieux notre déesse Athéna ? Devons-nous intervenir en Egypte et placer celle-ci sous la protection d'Athéna ? Ou bien devons-nous attendre, car il est encore trop tôt pour le faire ? Notre sagesse ne saurait égaler la sienne, et bien que nous ressentions une urgence, nous ne voulons pas faillir à notre devoir en agissant contre sa volonté.

L'Egyptien, finissant sa requête, s'inclina devant le premier messager d'Athéna .Ce dernier se leva tandis qu'il refermait sa main sur la boule de glace.

- Je comprends votre tourment. Vous, Egyptiens, voir votre peuple souffrir mille maux du fait de dieux répandant la souffrance, cela doit être terrible, d'autant plus qu'Athéna ne semble pas concernée.

Ludoxandros sourit franchement et lâcha :

- Qu'ils périssent tous, si telle est la volonté d'Athéna. Peu m'importe.

Mâa eut envie signifier son incompréhension, mais Ludoxandros le coupa fermement.

- Le rôle d'Athéna est de protéger l'Humanité. Elle sait ce qui se passe partout dans le monde ... Pourquoi n'intervient-elle pas ? Réfléchissez ! Regardez-vous ! Regardez-moi ! Je puis, seul, à cet instant, tous vous écraser d'un regard. Il prit une voix de plus en plus forte, comme s'il allait passer à l'acte :

- Et malgré tout, je serai bien incapable de m'opposer au courroux d'Anubis ! Nous ne sommes pas prêts ! Athéna guerroyant en Egypte ? Et le Sanctuaire ? Qui pour le protéger d'Enlil, de l'Indicible ou de je ne sais qui ? Il reprit un ton  plus pausé :

- Non, nous ne sommes pas prêts. Voilà comment vous servirez au mieux Athéna et les vôtres : Seth, gagne en puissance, embrase ton Souffle Divin naissant. Mâa, deviens un Guerrier Sacré d’Argent comme la Terre n'en a jamais connu, que ta sagesse et ta puissance fassent trembler Anubis. Lorsque nous serons prêts, ces maudits dieux mordront la poussière, un par un. Tous verront ce qu'est la peur de mourir. Il faudra cependant accepter en attendant que des innocents périssent, pour le bien d'Athéna et du Sanctuaire. Moi, cela ne me dérange pas, je sers ma déesse. »

Ludoxandros regarda longtemps Seth dans les yeux. Ce dernier ne broncha pas, ou à peine. Finalement il ne semblait pas si ému par la perspective de voir les Egyptiens disparaître. « Ses émotions tendent à disparaître, il est sur la voie », pensa-t-il.

« Maintenant laissez-moi, je dois me préparer pour un long voyage. Adieu. Servez Athéna de toutes vos forces. Yolos vous tiendra informés de mes décisions. »

 

Les deux amis quittèrent le temple sans un mot. En ces temps de violence, les sacrifices à endurer semblaient chaque jour plus pesants.

 

 

 

Départs

 

 

 

Nekkar se jeta en avant, un sourire sur le visage. À une vitesse dépassant visiblement celle de l’attaque de Nevali, il esquiva bon nombre de coups et dévia les autres du revers de la main droite, se rapprochant de son adversaire. Arrivé devant Nevali, il s'apprêta à lui infliger un puissant coup dans l'abdomen lorsque ce dernier disparut, comme s’il s’était téléporté « Bien joué Nevali ! » hurla Séléné en tribune, totalement absorbé par le combat, les yeux emplis d'excitation. Nekkar avait vu son adversaire commencer à courir, puis son image disparaître pour réapparaître sous forme de flash. Quand Nevali réapparut devant Nekkar, après une folle course poursuite autour de l'arène, ce dernier n’eut pas le temps de se protéger. Il sentit un simple coup de poing lui déchirer l’abdomen à travers son armure de cuir, déformée sous l’impact. Il tomba à genoux, les yeux brisés, incapable de trouver son souffle.

« Bien joué, toussa-t-il, tu te bats bien le Loup. Je n'ai pas trop compris comment tu as fait pour te dérober ainsi, mais ta technique est assez efficace.

- Assez efficace ? Tu devrais choisir tes mots Nekkar, regarde ton état pitoyable ! rétorqua Nevali, avant de porter sa main à sa bouche :

- Du sang ! pesta-t-il. Tu m'as touché, mais quand ? Je suis certain d'avoir échappé à tous tes coups !

- On dirait que non. Allez vous deux, sortez de l'arène. Joli combat. Nevali, n'évite pas les coups, pare-les plus souvent, cela t'évitera les mauvaises surprises. Nekkar, tes attaques sont trop lisibles, tu fais toujours cette feinte sur la gauche alors que ton regard cible ce que tu vas frapper. Darkhan, Bamos, à vous de jouer.

L'inconnu qui dispensait ces conseils avec finesse se nommait Penoloios. Il était Guerrier Sacré d’Argent de la Flèche, l'un des plus expérimentés du sanctuaire, l'un des plus anciens aussi. Âgé, visiblement plus que Yolos, il s'occupait maintenant de la formation des jeunes Guerriers de Bronze, leur apprenant à maîtriser au mieux leurs nouveaux pouvoirs. Son corps puissant et son visage  autrefois agréable portaient les stigmates de nombreuses brûlures. La rumeur disait qu'il avait, seul, affronté un représentant d'Apollon qui menaçait une famille vivant à proximité du Sanctuaire. D'une puissance redoutable, Penoloios avait terrassé son adversaire, le tuant à l'issu d'un combat resté dans les mémoires du Sanctuaire pour sa sauvagerie. Apollon prit ombrage de la défaite de son représentant et martyrisa le Guerrier Sacré, qui ne dut la vie sauve qu'à l'intervention d'Athéna en personne. Dans son malheur, Penoloios demeurait le seul Guerrier Sacré du Sanctuaire à avoir vu Athéna en personne ...

 

***

 

Yolos était assis dans une petite pièce baignée par la lumière du jour, pénétrant à travers l'embrasure d'une petite fenêtre. Son regard fixait les combats qui se déroulaient dans l'arène située en contrebas. En réalité ses yeux se perdaient dans ses pensées. Il semblait soucieux. Quelqu'un pénétra dans la pièce. Yolos se leva et se retourna.

« Artholos, bienvenue. Fais ce qu'il faut pour retrouver ceux qui ne se battent pas dans l'arène. Revenez tous me voir ici. Contactez les éphèbes d’Argent que vous rencontrerez : il faut que vous appreniez un maximum d'information sur l'Indicible, car votre mission sera de trouver le chemin de son antre ... non d'y pénétrer, mais de trouver un moyen d'y accéder ... il nous faut des informations pour cela. Si les éphèbes d’Argent ont du temps et qu'ils le désirent, qu'ils viennent ici, ainsi ils seront au courant de certaines choses. Je sais que leurs temps est précieux en ce moment. Asturias est parti depuis plusieurs jours, l'Etranger ne quitte pas la bibliothèque, Mâa et Shiro sont souvent du côté des temples. Frank doit rentrer du village aujourd'hui, je l'ai fait chercher ».

« Bien Maître Yolos », se contenta de souffler Artholos. Il sortit de la salle, fit quelques mètres et voyant sept à huit gardes au repos, il s’approcha du groupe. Il leur lança un regard furieux aux soldats : « Plutôt que de rien, faire trouvez-moi, les autres Guerriers de Bronze au plus vite, du moins ceux qui ne sont pas avec Penoloios.

- Mais Maître Artholos, nous ne savons même pas où ils sont et...

Ce dernier s'emporta :

- Je m’en moque ! Il vaudrait mieux pour vous que vous me les trouviez, ET PLUS VITE QUE CA … »

Artholos arbora un grand sourire moqueur en voyant les gardes courir dans tous les sens à la recherche de ses compagnons. Depuis qu'ils étaient revenus de leur formation, les Guerriers de Bronze étaient devenus des « Maîtres » pour les gardes, à l'instar de Yolos ou de Graal. Cette distinction l'honorait, même si elle ne lui faisait pas oublier la perte de sa sœur. Il s’assit sur un banc en se disant avec un sourire aux lèvres qu’il était loin maintenant le temps où c’était lui qui courait aux ordres qu’on lui donnait. Finalement, il se coucha sur le banc pour se reposer en attendant les autres. Macubex, qui avait vu la scène, s'avança vers son compagnon. « Et bien Guerrier Sacré, tu t'amuses aux dépens des gardes... », et il éclata de rire, avant de poursuivre : « C'est bien plaisant n'est-ce pas, de ne plus être commandé et de commander. Malgré cela n'oublie pas que nous restons des subordonnés, tout comme ces gardes ». Macubex s'éloigna, non sans ajouter d'un ton moqueur, « Ah ils sont beaux les Guerriers de Bronze !! ». Et il repartit vers la bibliothèque poursuivre ses études.

 

Depuis son retour au Sanctuaire, Pallas cherchait à récupérer toutes les informations possibles sur ce qui s'y était passé lors de son absence. Il avait réuni divers ouvrages pour compléter ses informations et rédigeait un journal personnel. Il fit une pause dans le livre qu'il était en train de parcourir, sortit de la bibliothèque et se dirigea vers l'esplanade pour prendre l'air. En passant dans la grande salle qui menait vers l'extérieur, un garde lui expliqua qu'il était attendu. « Très bien, signifia-t-il, je vais rejoindre Maître Yolos de ce pas ». Yolos, leur maître à tous, celui qui les avait formés avant leur départ, souhaitait les voir expressément pour leur confier une mission. « Bien, pensa-t-il en déambulant d'un pas soutenu vers la pièce qui lui avait été indiquée, je vais mettre en attente mes lectures actuelles et me rendre immédiatement auprès de Yolos. J'espère que c'est moins grave que ce qu'il n'y paraît et que cette mission me permettra de jauger de mes progrès pendant ces derniers mois. »

En arrivant devant le bâtiment où se trouvaient les Guerriers d’Argent, Pallas remarqua à peine l'homme qui  dormait sur le banc en face des appartements de Yolos. Comme il frappait à la porte, l'inconnu sorti de sa torpeur. Encore moitié endormi, l’homme dit :

« Eh Pallas attends-moi … Ce dernier ne comprit pas comment l’homme pouvait connaître son nom. Il se retourna, méfiant et fut surpris de reconnaître Frank.

- Tu m’as fait peur dis-moi, je ne m’attendais vraiment pas à voir un compagnon en train de dormir ici. Ils échangèrent tous deux un sourire complice.

- Ne t’inquiète pas Pallas je ne dormais pas, j'étais simplement plongé dans mes souvenirs en vous attendant. C'est Artholos qui m'a dit d'attendre ici. Ce banc était trop tentant, d'autant que je viens directement du village. Tu es le premier arrivé », dit-il en voyant Artholos arriver à son tour.

Yolos ouvrit la porte brusquement. D'habitude si calme, il semblait beaucoup plus nerveux depuis le retour de Ludoxandros. Ce dernier avait un comportement très dur envers les autres Guerriers d’Argent, Yolos était ainsi souvent critiqué par le Maître de Crystal pour sa trop grande proximité avec les élus qu'il avait contribué à former. Il considéra les trois hommes avec sévérité :

« Vous trois, Frank, Pallas et Artholos, venez. Je vais vous expliquer la donne, vous serez chargés de tout rapporter aux autres. Je dois partir plus vite que prévu... »

La porte se referma, les compagnons s'assirent. La pièce était ordonnée. Sur les étagères de nombreux livres, sur la table centrale de nombreuses cartes. Yolos avait préparé un baluchon, et, chose surprenante, une boîte de métal représentant le totem de l'Armure Sacrée du Triangle l'attendait au pied d'une étagère vide.

« Bien, commença-t-il en s'asseyant à son tour. Le Sanctuaire est sous la menace de diverses forces depuis quelques mois. Il a donc été décidé d'identifier avec exactitude ces menaces afin de les contrer du mieux possible. Parmi ces menaces, une mérite une attention particulière : l'Indicible. Il s'agit d'un démon qui dispose d'une secte puissante, répandant mort et désolation jusqu'aux frontières nord de la Grèce. Un Guerrier Sacré d’Argent attaché à la constellation du Corbeau, Astalos, a eu pour mission d'enquêter un peu plus sérieusement sur cette menace. Il a fini par découvrir que l'Indicible disposait d'un sanctuaire, d'une retraite secrète, quelque part dans les confins des terres occidentales, au milieu d'immenses forêts. Astalos est parti il y a trois semaines et, avant-hier, son aura a totalement disparu : soit il est mort, soit il est très gravement blessé.

Yolos prit la carte et s'approcha des deux jeunes hommes.

- Nous pensons qu'il était par delà les Carniques[v], sur la piste de ce démon. Il est possible que ce dernier ait envoyé des sbires à sa rencontre. Ce qui nous inquiète, c'est que ces derniers aient pu vaincre l'un des nôtres. Si tel est le cas, l'Indicible serait beaucoup plus dangereux que nous ne le pensions... Graal a soumis l'idée qu'il recherche à recopier des armures sacrées par sa magie, ou qu'il cherche à percer le secret du souffle divin. Nous n'avons pas besoin d'un nouvel ordre de guerriers capables de se mesurer à nous : les hommes  d'Enlil, d'Anubis, les démons surgis d'Astragoth sont bien assez puissants pour nous inquiéter.

Yolos marqua un temps de silence. Il fixa droit dans les yeux Pallas puis Artholos tandis que Frank semblait chercher quelque chose, regardant la paume de ses mains avec attention. Yolos ne baissa pas le regard. On aurait dit qu'il lisait dans leur âme une sorte d'inquiétude diffuse ....

- Comme Guerriers de Bronze vous êtes le premier rempart de la défense d'Athéna et donc de la Grèce. Vous allez devoir monter une expédition en Occident pour retrouver la trace d'Astalos. Trouvez l'Antre de l'Indicible et vous le trouverez. Rapportez un maximum d'informations, évaluez le danger, la menace. Soyez capables d'y retourner un jour prochain, pour écraser ce démon. C'est une mission de sauvetage, mais surtout de reconnaissance. FOUILLEZ LE MOINDRE RECOIN DE CES FORETS ! Trouvez ce que l'on nomme « La Montagne de l'Astre Noir » ...

Yolos se rassit, et prit un air encore plus grave :

- Je vais devoir quitter un moment le Sanctuaire. Ludoxandros, le Maître de Crystal va repartir pour un long périple dont il pourrait très bien ne pas revenir ... le Sanctuaire a besoin de vous, cette mission est cruciale. Nous devons savoir si l'Indicible est réellement une menace, ou s'il s'agit d'un leurre pour nous égarer. Les éphèbes d’Argent vous accompagneront en Occident avant leur départ pour leur quête. Contactez-les et voyez ceci avec eux. Il vous faut un maximum de renseignements, d'indices : nos érudits sont là pour ça. Tous les Guerriers de Bronze revenus récemment doivent participer : un Guerrier d’Argent qui disparaît, cela ne peut signifier autre chose qu'un danger important.

Visiblement agacé par le manège de Frank Yolos tapa du poing sur la table et éructa :

- Frank, ce que je dis ne t'intéresse donc pas ? Laisse tes mains tranquilles et écoute-moi !

Frank releva la tête et répondit calmement :

- Maître Yolos, mes mains sont telle une carte pour moi. Je viens des terres occidentales, par-delà les Carniques. Je connais ces terres, mes mains seront notre meilleur atout. En lisant à travers elles, je mènerai mes compagnons vers cette montagne, nous retrouverons Astalos.

- Ha … Je préfère ça Frank. Maintenant, laissez-moi, vous avez une mission à préparer. Et ne regardez pas cette boîte ainsi. Elle renferme mon armure. C'est une idée d'Humly de l'Autel : cette boîte régénère mon armure avant mon propre départ. Mon propre périple ne sera pas de tout repos, je le crains.

 

***

 

Remerciant chaleureusement l'officier au port altier, l'homme le salua autant pour l'excellent accueil dont il avait fait l'objet que pour la franchise de son interlocuteur. Franchissant les larges portes de bois massifs cerclées de fer, il sortit sans encombre du modeste mais néanmoins imposant bâtiment. Si la taille du poste militaire n'était en effet guère importante, ses fortifications de pierre taillée lui donnait un air râblé et puissant. Tel un gigantesque fauve de pierre prêt à sauter sur l'opportun ou le contrevenant. A l'ombre de la bâtisse, l'homme réajusta le maintien de son sac de voyage. De nouveaux instruments s'y étaient greffés en cour de route et il avait racheté de l'encre fraîche chez « Luresion », le meilleur marchand pour tout copiste qui se respecte à des lieux à la ronde en ces terres dalmates.

Un léger sourire barra son visage quelques instants. La fin de son expédition se passait nettement mieux que les débuts, où les échecs avaient succédé aux impairs. Le nombre de bandits ou de voyous ne semblait pas avoir de limite dans certains bas-fonds. Des sommes dépassant largement le maigre or qu'il possédait lui avaient été demandées.

En cette matinée, il restait encore trois jours pleins pour rentrer au Sanctuaire. Il se rappelait les impératifs qu'avait formulés le Maître de Crystal. Il décida donc de partir sur-le-champ, empruntant les larges routes de commerce, très populaires ces temps derniers, où le commerce battait son plein malgré les dangers. Désormais capable de courir très rapidement sans se fatiguer, Asturias traversa la Dalmatie et le nord de la Grèce en seulement deux jours.

De retour au Sanctuaire, l'homme rejoignit rapidement ses modestes appartements. Un pli posé sur son lit attira immédiatement son attention. Fronçant les yeux, il lut puis relut encore les informations contenues dans la lettre. Il ne mit pas longtemps à découvrir que les Maîtres Yolos et Ludoxandros étaient partis pour des missions capitales d'après ce qu'on lui avait appris, confirmant le message reçu. Confirmant le message qu’il tenait entre les mains, il se mit en quête de ses compagnons. Il croisa ainsi, à travers les vastes couloirs du temple principal, Frank, Nekkar et Pallas.

« Bonjour mes amis, je viens d'apprendre qu'une nouvelle mission nous a été confiée. Il serait certainement bon de pouvoir discuter et planifier tous ensemble la difficile tâche qui nous attend. Que diriez-vous de nous réunir à la bibliothèque ? Nous serions au calme pour préparer nos cartes et planifier l'expédition. En chemin essayons de croiser d'autres de nos amis et de prévenir la garde.

- Nous te cherchions justement Asturias, tu es le dernier. Shiro a devancé ton idée, tout le monde est dans la grande bibliothèque, répondit Frank en serrant la main de son compagnon d'une poigne ferme.

- Très bien, je vous suis. Au fait, quelle est notre destination ? Il n'y avait rien de précisé sur la lettre que j'ai reçue. »

Frank fronça les sourcils, sachant que la réponse déclencherait chez Asturias des sentiments qu'il ne pourrait réfréner. « L'Indicible, lâcha-t-il, nous devons trouver l'antre de ce démon ».

 

Le visage d'Asturias fut submergé par une houle d'émotions allant de la haine à la peur, du dégoût à l'excitation. L'Indicible, cet Être abject, porteurs depuis des siècles des malheurs des siens. Ce n'était pas une mission pour Asturias, c'était sa vie. Et si, finalement, elle n’était pas là la réponse à la question qui l’obsédait depuis sa rencontre avec Ludoxandros …

[i] Référence à l'Attique, mais lieu totalement inventé dans le cas présent.

[ii] Dans la mythologie grecque, Niké (en grec ancien Νίκη / Níkê) est une déesse personnifiant la Victoire, souvent associée à Athéna. Fille du Titan Pallas et de Styx, elle est la sœur de Cratos (la Puissance), Bia (la Force) et Zélos (l'Ardeur), avec qui elle fait partie des proches de Zeus.

[iii] Voir le récit de la quête de Darkhan, « Le Cycle de Bronze », Le Dragon et le Bouclier.

[iv] Le sacrifice était une pratique courante dans l'antiquité. La crémation de l'animal et/ou des plantes servait à nourrir la divinité, la fumée devant monter jusqu'à l'Olympe.

[v] Ancien nom des Alpes.

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