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L'émergence des géants

3ième Partie : Sans Retour.


Allemagne, 15 heures (heure du Sanctuaire)


- La piste disparaît ici, dit Akiera.

Camus le regarda un moment sans comprendre. L'ancien chevalier des Gémeaux avait été capable de suivre la trace du maître du garçon, Gienah, à travers les dimensions en détectant les perturbations causées par les pouvoirs du Mésopotamien Shamash. Malgré les fausses pistes laissées par ce dernier à leur attention, ils étaient parvenus jusqu'à cette forêt.

Si Akiera avait été capable de traverser les mondes sans perdre sa cible, comment celle-ci avait-elle finalement fait pour leur échapper ?

- J'ai l'impression que quelqu'un a pris beaucoup de peine pour brouiller les perceptions dans les environs, expliqua Akiera à son jeune compagnon. Je perçois de légères perturbations sur tous les plans d'existence. Toutefois cela est très subtil : si je ne cherchais pas déjà quelque chose, je n'aurais sans doute rien remarqué.

- Vous pensez que cet endroit est important pour eux ? Est-ce qu’il pourrait être leur repère ?

- Possible.

- Ne devrions-nous pas prévenir le Sanctuaire dans ce cas ?

L'androgyne adressa un clin d'œil au nouveau chevalier du Verseau.

- Peut-être bien. Cependant, je pense que nous allons attendre d'en savoir un peu plus.

Camus hésita à signifier qu'il ne pensait pour sa part pas que c'était la conduite la plus logique à tenir. Si cette forêt était réellement importante pour leurs présumés ennemis, ils auraient dû en référer au Sanctuaire et attendre des instructions du Grand Pope. Toutefois le garçon ne voulait pas prendre le risque de perdre la trace de son maître en allant en Grèce...

- Comme vous voudrez... Néanmoins ne risquons-nous pas d'avoir des problèmes s'ils sont nombreux ?

- C'est comme je l'ai dit: nous attendons d'y voir plus clair puis nous aviserons, répondit Akiera d'un ton tranquille.

L'ancien chevalier d'or aurait voulu rassurer le garçon en lui disant qu'ils n'étaient pas si isolés et pourraient compter si nécessaire sur Kanon. Cependant il avait promis de garder le secret des jumeaux et s'en abstint donc.

Il ne percevait d'ailleurs pas la présence du cadet de Saga, cependant son instinct lui disait que celui-ci n'était pas loin.


* * * * *


- Ils sont deux, dit Moki. A environ un kilomètre d'ici. Un adulte et un jeune garçon doré.

- Un chevalier d'or ? demanda Mani.

- Probablement.

- Comment sais-tu cela ? interrogea Paul. Malgré ce que tu dis, je ne sens pas de présence.

- Ils dissimulent leur cosmos. C'est la Nature qui me permet de les percevoir, expliqua l'Amérindien.

- Vous pensez qu'ils nous ont suivis depuis le Sanctuaire ? demanda Mani.

- Non. Ils n'ont aucun moyen de tracer la magie de Rudy. D'après leur comportement je pense qu'ils sont sur la piste de quelque chose ou de quelqu'un, mais pas la nôtre.

- Cela serait tout de même une curieuse coïncidence, fit remarquer le garde du corps du garçon en commençant à tirer son cimeterre de son foureau.

- Range ça, fit Moki d'un ton où transpirait la colère. Ne crois-tu pas que tes lames ont pris suffisamment de vies pour aujourd'hui ? En outre, cette coïncidence n'est peut-être pas si étrange. Rudy nous a transportés ici pour une raison : il pensait que nous serions en sécurité dans cette forêt.

- Tu crois qu'il y aurait un abri ici, mis en place par Rudy ou Mardouk ? Dont nous n'aurions à aucun moment entendu parler ?

Moki prit quelques secondes de réflexion avant de répondre à Paul.

- Crois-tu que nous soyons au courant de tous les secrets du Babylonien ? Il ne nous a par exemple jamais vraiment expliqué pourquoi notre campement dans le désert était un endroit sûr. Je l'imagine très bien avoir préparé avec Rudy et Elle plusieurs endroits de ce genre dans le monde.

- Si c’est bien le cas, la sécurité de celui-ci serait en question... fit remarquer Mani. Je pense d'ailleurs que tu es probablement dans le vrai, je perçois des choses étranges dans les environs.

- Raison de plus pour faire profil bas. Si nous nous montrons, nous risquons de confirmer aux envoyés du Sanctuaire qu'ils sont sur une piste intéressante.

- Si Rudy était réveillé nous pourrions y voir plus clair.

- Je ne veux pas prendre le risque d'utiliser une seconde fois mon pouvoir sur lui en si peu de temps. En outre, ils pourraient le sentir. Non, la seule personne disposant de pouvoirs que nous savons parfaitement indétectables est Rudy. Nous allons attendre patiemment qu'il se revienne à lui et nous aviserons.


* * * * *


Il avait fallu presque une heure de marche à Gienah et Shamash pour rejoindre le manoir familial de Rudy après avoir émergé du passage dimensionnel du Mésopotamien. Les deux hommes n'avaient échangé que quelques mots pendant le trajet, mais l'ancien chevalier noir eut soudain envie d'en savoir un peu plus au moment où ils arrivèrent en vue de la bâtisse.

- Nous sommes coupés du monde, n'est-ce pas ? Je ne perçois plus rien, comme si j'étais infirme de mon cosmos.

- Nous avons essayé de rendre cet endroit aussi difficile à trouver que possible afin de pouvoir y faire...ce que nous voulons vraiment que personne ne sache que nous faisons.

- J'ai l'impression que vous m'accordez une sacrée confiance en m'amenant ici. Qui vous dit que je ne vais pas avoir une nouvelle fois un changement d'allégeance et aller prévenir le Sanctuaire à la limite où je repartirai ?

- Personne. C'est pour ça que dans l'idée vous ne ressortirez plus.

Gienah s'arrêta instantanément en se mettant en garde.

- Désolé, je me suis mal exprimé, dit Shamash en s'arrêtant à son tour. Je voulais simplement dire que vous resterez ici jusqu'à ce que les informations que vous pourriez révéler n'aient plus d'importance.

Gienah se détendit perceptiblement à ces paroles.

- Si je comprends bien, j'ai plutôt intérêt à trouver le coin joli si je dois m'y terrer jusqu'à ce que vous jugiez que je puisse m’en aller.

- Cela ne sera pas long.

Ils reprirent leur chemin, parcourant rapidement les quelques mètres les séparant du manoir.

- Nabu ? Sophia ? appela Shamash.

La jeune femme fut la première à les rejoindre. Sortant de la demeure par la porte principale, elle marcha droit sur l'ancien chevalier noir, semblant totalement ignorer son compagnon.

- Tu es Gienah, n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle.

Si elle ne pouvait le reconnaître, il se souvenait en revanche parfaitement d'elle. Cela remontait à l'époque où il était encore sur l'île de la Reine Morte, peu de temps après la mort de l'ancien Guilty et sa première rencontre avec Shamash.

Ce dernier était venu un jour avec Mardouk et lui avaient demandé conseil sur un problème très particulier.


* * * * *


- Savez-vous comment libérer une personne prisonnière d'un cercueil de glace créé par l'usage du cosmos ? demanda le Babylonien.

Cygne Noir n'hésita même pas une seconde.

- Détruire tout simplement le cercueil est possible. Même si cela demande une force certaine, cela est du domaine du réalisable pour de nombreux êtres sur cette Terre et ce quelle que soit la puissance de celui qui l’a créé.

Gienah sourit légèrement avant de poursuivre.

- Ce qui est très difficile est de briser la glace sans pour autant tuer la personne qui en est prisonnière. Pour être sûr de son coup, cela demande une précision et une maîtrise qui est presque de l'ordre du divin.

Mardouk hocha la tête.

- C'est ce que nos recherches nous ont permis de conclure. Disons que nous ne voulons pas prendre le risque. Existe-t-il un autre moyen ?

- Le plus sûr est de faire descendre la température du cercueil en dessous de celle de sa création.

- Connaissez-vous quelqu’un qui serait capable d'un tel exploit ?

- Cela dépend avant tout de la puissance du créateur. Je ne peux donc pas vous répondre sans voir le cercueil en question. Toutefois, je ne suis pas sûr de vouloir vous aider.

Le regard du chevalier noir passa de Mardouk à Shamash, puis il s'éclaircit la voix avant de poursuivre.

- Après tout le maître des glaces qui a conçu cette prison avait peut-être de très bonnes raisons pour y placer la victime.

- Je peux vous expliquer les raisons en question, dit le Babylonien. Ainsi vous pourrez décider de nous aider, ou non, en votre âme et conscience.

Quelques minutes plus tard, Cygne Noir avait pris sa décision.

- Si je peux la libérer, je le ferai.


* * * * * * * *


- Oui, c'est bien moi, répondit Gienah à Sophia.

- Merci, dit-elle. Je sais que c'est à vous que je dois ma liberté et une nouvelle chance de mener ma vie.

Elle lui sauta dans les bras sans prévenir, se blottissant contre lui. D'abord un peu gêné et ne sachant quoi faire, il finit néanmoins par lui rendre son étreinte.

- Je n'ai fait que ce que je croyais juste.

- Un nouveau visiteur, cela faisait longtemps ! dit alors une voix.

Gienah et Sophia reprirent leurs distances et se tournèrent vers le nouvel arrivant. L'aspect de celui-ci choqua quelque peu l'ancien chevalier du Cygne. Avec sa silhouette squelettique et sa peau entièrement recouverte de bandages, Nabu, le frère aîné de Mardouk, n'avait effectivement pas une allure commune.

Une fois les présentations terminées, Gienah posa la question qui lui brûlait les lèvres.

- Pourquoi suis-je ici ?

- Veuillez-me suivre, dit Nabu en l'invitant du geste.

L'ancien captif de l'île de la Reine Morte aurait préféré une réponse directe, néanmoins il emboîta le pas au malade.

Ils firent le tour du manoir jusqu'à atteindre une petite annexe se dressant au milieu des jardins. Nabu en ouvrit la porte et ils pénétrèrent dans le salon de ce qui avait dû être le logement d'un domestique important.

Gienah entraperçut à travers une porte entrouverte la forme allongée et endormie d'un homme sur un lit.

Il n'y prêta toutefois presque aucune attention, son regard étant irrésistiblement attiré par l'objet qui se trouvait sur la petite table basse qui occupait le centre de la pièce. Même avec ses perceptions cosmiques perturbées par les protections du manoir, l'ancien chevalier noir savait instinctivement que jamais il n'avait été en présence d'une chose défiant autant les lois naturelles.

- Qu'est-ce que... commença-t-il avant de rester bouche bée.

- Impressionnant n'est-ce pas ? C'est pour cela que vous êtes ici, dit Nabu.

Il s'approcha de l'objet, passant même une main dessus, tandis que Gienah restait pétrifié sur place.

- Nous voudrions nous assurer que personne ne l'ouvrira avant le moment venu et donc que vous l'enfermiez dans une gangue de glace.

- Que... Qu'il y a-t-il à l'intérieur ?

- Vous ne voudriez pas le savoir, croyez-moi.

Le frère de Mardouk attendit que son interlocuteur se remette les idées en place avant de poursuivre.

- Pouvez-vous faire cela pour nous ?


Le Caire, Egypte, 15 heures 30


Pélias était plutôt satisfait de sa journée jusque-là. De nombreux clients et vendeurs s'étaient succédés dans sa boutique dans la matinée et il avait réalisé deux opérations assez juteuses.

Observé de l'extérieur, son commerce ressemblait à un magasin d'antiquités comme la capitale égyptienne en comptait des centaines. Néanmoins les pièces les plus rares ne pouvaient être vues que dans l'arrière-boutique, à l'abri du regard des badauds et des touristes.

Les vrais clients de Pélias ne venaient en effet pas chercher un bibelot à mettre sur leur cheminée mais plutôt le genre d'artefact que l'on rencontre d'ordinaire dans les légendes.

En cette journée il avait ainsi d'abord acheté une épaulière d'armure noire du Lièvre à un archéologue peu réputé pour son honnêteté. Cela lui permettait d'ailleurs de compléter l'armure noire. Pélias avait parmi ses clients réguliers un ancien postulant malheureux à l'armure de bronze correspondante à qui il parviendrait sans problème à vendre ce substitut.

Il avait poursuivi sa matinée en vendant un bloc d'orichalque et une fiole contenant le sang d'un chevalier d'Athéna à un berserker qui cherchait à réparer sa protection. Pélias l'avait en outre mis en relation avec un alchimiste capable d'effectuer le travail, ce qui lui permettrait de toucher un pourcentage sur la transaction.

Sa dernière vente avait été la plus importante de l'année. En fait, cette seule transaction lui payait même toutes ses acquisitions des douze derniers mois. Il s'agissait d'une protection d'avant-bras ayant appartenu à la déesse Eris.

La divinité avait en effet eu le bras coupé peu de temps avant de périr de la main du Babylonien Mardouk et de ses alliés. Si ces derniers avaient emporté le corps avec eux en un endroit que Pélias ne pouvait que fantasmer de découvrir dans l'immédiat, ils avaient laissé derrière eux le membre tranché, dont il avait prélevé l’Ichor, et sa précieuse protection.

La journée était donc d'ores et déjà profitable et Pélias arborait le sourire satisfait de l'homme qui venait de s'enrichir considérablement.

C'est alors qu'il regardait d'un œil distrait un couple de touristes examiner une petite statuette représentant Isis en se demandant s'il n'allait pas prendre le reste de son après-midi pour fêter cela qu'il les vit.

Jason de la Carène et Diomède de Pégase se tenaient sur le seuil de sa porte. Pélias déglutit, se retourna pour fuir vers l'arrière boutique, mais tomba nez à nez avec un homme dont la vue le figea sur place. Il s'agissait d'un albinos qui ne pouvait être que Stellio du Lézard.

- Nous avons à parler, dit l'ancien maître de l'île de Milos.

Pélias hocha la tête machinalement puis se tourna vers les deux touristes qui semblaient s'être rendus compte que quelque chose d'inhabituel se passait.

- Le magasin va fermer.

Le regard des deux badauds alla de l'antiquaire aux trois hommes à l'air peu commode qui venaient de surgir de nulle part, ils semblèrent se demander un instant s'ils pouvaient tout de même acheter la petite statuette avant de quitter les lieux sans demander leur reste. Diomède ferma la porte derrière eux en installant l’écriteau indiquant la fermeture.

- Les affaires marchent bien ? demanda Jason.

- O... Oui...

- Te retrouver a été extrêmement facile, tu sais. J'imagine que tu pensais que cela faisait suffisamment longtemps et que tu étais de nouveau tranquille. Il nous a suffit d'activer les réseaux locaux du Sanctuaire pour apprendre qu'un nouveau contrebandier d'objets spéciaux était apparu dans la région récemment. Ensuite, "Pélis" à la place de "Pélias", tu aurais pu être un petit plus imaginatif pour ta nouvelle identité !

- D'après ce que nous avons appris, tu t'es spécialisé dans la revente d'armures noires ? reprit Diomède. J'avoue ne pas avoir de mal à t'imaginer aller fouiner sur les champs de bataille pour dépouiller les cadavres. Cette affaire avec les chevaliers noirs aura été la chance de ta vie, pas vrai ?

- Que voulez-vous ? demanda Pélias d'une voix froide.

Il s'était remis de sa surprise et les toisait à présent avec dédain.

- Vous êtes mal placés pour les leçons de morale. Je me souviens très bien de votre dernière visite, ajouta-t-il en leur montrant sa main droite à laquelle il manquait plusieurs doigts.

- Nous sommes ici pour la même raison que précédemment, j'en ai peur, répondit le chevalier de la Carène.

- Je vous avais dit tout ce que je savais. De toute façon, vous avez tué tous les renégats qui s'étaient échappés de l'île.

- Les chevaliers noirs, oui. Mais je veux leur chef, celui qui leur a permis de quitter leur prison, dit Stellio. Celui qui est à l'origine de tout.

Le dédain s'effaça du visage de Pélias lorsqu'il croisa le regard de l'ancien maître chevalier et vit la détermination, peut-être même la folie qui animait l'albinos.

- Je pensais que vous l'aviez tué également. Je ne sais rien à son sujet.

- Tu mens.

Les deux mots avaient claqué comme un fouet. Pélias sut instinctivement qu'il n'était pas la peine d'essayer de tromper cet homme. Il avait l'impression que son interlocuteur lisait en lui comme dans un livre ouvert face à son interlocuteur. Il savait qu'il prenait un risque invraisemblable en les renseignant. Néanmoins, il ne faisait aucun doute qu'il ne perdrait pas que des doigts cette fois-ci. Stellio allait l'abattre comme un chien s'il ne parlait pas, et Pélias doutait que les deux autres pourraient ou voudraient s'y opposer.

Il avait de l'argent et savait pouvoir en avoir encore plus rapidement en revendant l'armure du Lièvre Noir ainsi que la flasque contenant le sang d'Eris. Il serait certes obligé de brader, mais il pouvait quitter la ville et disparaître en quelques heures.

Il déglutit, prit une longue inspiration, puis parla.

- Je ne sais vraiment pas s'il est encore vivant. Je le jure. Cependant je sais qu'il était lié à une secte secrète qui a plusieurs adeptes dans cette ville. Si vous remontez la piste de cette secte... Vous le trouverez peut-être.


Désert Egyptien, 15 heures 30


- Je ne vois rien, dit Aphrodite. Ce n'est qu'un désert.

Le Suédois se tourna vers Saga qui regardait le paysage désolé avec attention. Ils se trouvaient sur une petite butte qui surplombait un grand plateau aride et quasiment dénué de végétation.

- Es-tu sûr que l'on ne s'est pas moqué de toi ?

Le chevalier des Gémeaux examina encore les environs un moment avant de répondre.

- Non, nous sommes bien au bon endroit. Nous sommes face à une illusion. Très impressionnante en outre, je perçois à peine sa structure et suis incapable de voir à travers. J'imagine que l'homme ou la femme à l'origine de cet artifice doit y consacrer toute son attention en permanence.

- Alors qu'attends-tu pour la dissiper ? demanda Deathmask d'un air sinistre. Je n'ai pas l'intention de rôtir au soleil toute la journée.

Il s'agissait des premiers mots de l'Italien depuis leur départ du Sanctuaire. Ses deux compagnons pensaient que la mort de Sonya, l'épouse de son maître, avait dû l'affecter aussi s'étaient-ils bien gardés de l'importuner. Leur compagnon était d'ordinaire déjà instable, mieux valait ne pas tenter de lui offrir une compagnie qu'il ne recherchait pas.

- Je vais la dissiper, néanmoins cela ne m'empêche pas d'admirer un travail bien fait.

- Comment vas-tu t'y prendre, si elle est aussi bien conçue que tu le dis ? interrogea Aphrodite.

- L'homme qui nous a envoyés ici m'a laissé un petit cadeau. Quelque chose qui selon lui devrait éclairer notre chemin.

Saga saisit alors un objet qu'il avait placé sous la protection de son avant-bras droit. L'androgyne s'approcha pour voir ce dont il s'agissait et découvrit une espèce de petit œuf doré sur lequel était dessiné un oeil stylisé ainsi que quelques hiéroglyphes.

- Cela peut nous aider ? demanda le fils d'Akiera d'un air sceptique.

- Apparemment, cet œil oudjat a été conçu pour contourner les stratagèmes issus du cosmos de la personne qui est derrière cette illusion. Il semblerait que les lignées de celui qui nous a indiqué cet endroit et de celui ou celle qui nous bloque la route soient ennemies depuis de très nombreuses générations.

Saga s'avança de quelques pas puis tandis le bras devant lui, l’œil tourné face au désert. L'aîné des Gémeaux sentit l'objet vibrer dans sa main. Une vive lueur s'échappa alors de l’œil et le paysage commença à changer devant le regard des chevaliers du Sanctuaire.

Le plateau aride et désertique se transforma progressivement en un gigantesque campement qui devait compter des centaines d'occupants. Une oasis se trouvait à l'Est et un cours d'eau serpentait entre les tentes.

- Rappelez-vous les ordres, dit Saga à l'intention de ses deux acolytes. Nous voulons démanteler leur armée et les contraindre à se disperser. Utiliser la force... Mais avec discernement.

Aphrodite hocha la tête, tandis que l'Italien resta sans réaction.

- Deathmask ? insista le chef de la mission en le fixant.

- Je t'ai entendu, maugréa finalement l'interpellé en rendant son regard au Gémeaux.

- Allons-y, conclut Saga.

- Vous n'irez nulle part.

Les trois serviteurs d'Athéna se mirent en garde instantanément et se tournèrent vers la personne qui les avait interpellés.

Il s'agissait d'une femme d'une trentaine d'années portant une cuirasse à peu près aussi couvrante qu'une armure d'argent. La protection, dont les pièces étaient de couleur rouge et noir, était d'une grande sobriété, quelques ornementations laissant deviner qu'elle devait avoir un canidé comme forme totémique.

La femme avait quant à elle le teint hâlé, des cheveux noir corbeau avec quelques mèches rouges et des yeux perçants d'un noir profond. D'une beauté commune, elle arborait une musculature bien plus développée que celles des trois chevaliers.

- Je suis Seth et vous vous trouvez sur mes terres. Veuillez quitter les lieux ou alors préparez-vous à faire face aux conséquences.

- J'ai bien peur que cela ne soit pas possible, répondit Saga. Nous savons que ce campement que l’œil nous a dévoilé est le repère de Mardouk et de ses alliés, avec lesquels le Sanctuaire d'Athéna est à présent en guerre. Nous vous déconseillons de vous interposer entre eux et nous. A moins bien sûr que vous ne comptiez parmi les soutiens du Babylonien.

Le regard de la femme s'était porté sur l’œil oudjat que Saga lui présentait.

- Ainsi c'est grâce à ceci que vous avez pu voir à travers mon illusion. Ma lignée est ennemie de celle d'Horus depuis des millénaires, néanmoins je ne l'aurais pas cru capable de cela. Si certains de mes ancêtres se sont rendu coupables des pires traîtrises à travers les siècles, il les rejoint à présent dans le déshonneur.

Elle détourna son regard du don d'Horus pour fixer Saga.

- Je ne suis pas alliée à Mardouk dans sa quête, toutefois je lui ai offert asile sur mes terres à lui et à ses compagnons, par amitié pour Râ. Tant qu'ils seront sous ma protection, vous n'aurez d'autre choix que de me passer sur le corps pour les atteindre.

- Ne doutez pas de notre détermination à arriver à cette extrémité si nécessaire. En outre je vous ferais remarquer que nous sommes à trois contre un et que le combat ne serait donc guère équilibré.

Au moment où ces paroles quittaient la bouche de Saga, les envoyés du Sanctuaire sentirent trois cosmos surgirent du néant.

Trois personnes apparurent au côté de Seth, le chevalier des Gémeaux comprenant qu'ils avaient été là tout du long, dissimulés derrière une illusion que l’œil d'Horus n'avait pas dissipée.

Râ était là, revêtu de son armure dorée qui rappelait celles des chevaliers d'or. Tokoyo se tenait à sa droite, équipée de son armure ancestrale et faisant rouler la poignée de son katana dans sa main.

Anhur se tenait à gauche. Son armure paraissait d'autant plus légère en comparaison de celles de ses compagnons. Il tenait son arc dans sa main droite, une flèche dans la gauche. Son bouclier et son carquois étaient fixés dans son dos, tandis que son épée courte était passée au côté.

- Voilà qui rééquilibre les choses, dit Râ en s'avançant au devant des serviteurs d'Athéna.

Saga vint à sa rencontre, les deux guerriers s'arrêtant finalement à quelques pas l'un de l'autre.

- Vous prétendez que le Sanctuaire est en guerre contre nous, pourtant je pensais que l'un d'entre vous était en train de veiller à ce que cela ne se produise pas en ce moment même avec Mardouk, dit le fils du Soleil.

- Ces négociations sont devenues caduques à la seconde où vous êtes venus au Sanctuaire assassiner les nôtres.

- Nous n'avons pas fait cela, répliqua Râ.

- Quatre des vôtres sont venus au Sanctuaire libérer votre ami et ont semé la mort sur leur passage.

L'Egyptien sembla marquer le coup.

- Mani, Moki et les autres, dit Anhur.

- Cette expédition, si elle a bien eu lieu, n'a pas reçu notre approbation, dit Râ sur la défensive. En outre, si vous n'aviez pas capturé certains des nôtres ce matin, la situation ne se serait pas présentée.

- Nous n'avons fait que nous défendre, répondit Saga. Vous nous avez attaqués les premiers.

- Attaqués ? s'emporta Tokoyo. Attaqués ?

Elle pointa Deathmask d'un doigt rageur. L'Italien lui répondit de son sourire le plus narquois.

- Vous avez répondu à des balles, qui n'auraient jamais pu vous faire le moindre mal, par un bain de sang !

La tension entre les deux camps atteignit le point de rupture, chacun se mettant en garde en enflammant son cosmos.

- Il est trop tard pour la discussion à présent, n'est-ce pas ? demanda Râ.

- Trop de sang a coulé entre nous, confirma Saga. Juste une chose, tout à l'heure vous parliez de rééquilibrer les débats...

- Oui ?

Le cosmos du chevalier des Gémeaux explosa alors avec une intensité phénoménale et le sol parut s'ouvrir sous les pieds de l'Egyptien. Celui-ci voulut se dégager en catastrophe mais l'attaque préparée depuis plusieurs secondes par le chevalier avant d'être portée à bout portant était imparable. Râ sembla s'enfoncer dans le sol comme dans des sables mouvants, son bras levé étant la dernière partie de son corps à disparaître dans l'ouverture entre les mondes créée par le chevalier des Gémeaux. Le passage se referma devant le regard éberlué des trois autres guerriers qui n'avaient rien pu faire pour aider leur ami face à la fulgurance de la technique.

- Another Dimension, dit Saga. Maintenant les débats sont totalement équilibrés.

- Traître ! cria Seth en se jetant sur lui.

Aphrodite s'interposa devant Tokoyo qui semblait décidée à s'en prendre elle aussi au chevalier des Gémeaux.

Anhur et Deathmask se jaugèrent un moment, l'Italien s'attardant sur les nombreuses cicatrices de son vis-à-vis ainsi que sur son pied métallique. Se disant qu'il n'avait pas grand chose à craindre d'un adversaire ayant déjà concédé de telles blessures dans sa vie, le Cancer chargea.


Sanctuaire, 16 heures 30



Lorsque Marie fondit une nouvelle fois en larmes, Praesepe décida de la laisser seule au chevet de son fils.

Apprendre la mort de Patrocle l’avait dévastée sur le moment, mais elle avait ensuite fait face en apprenant qu’Aiolia avait été blessé et était toujours inconscient. Cela faisait des années qu’elle craignait pour la vie d’Aioros, consciente des dangers auxquels le statut de chevalier d’or le soumettait. Jamais elle n’aurait pu envisager que la mauvaise nouvelle qu’elle redoutait toujours de recevoir concernerait son mari et son second fils.

Ainsi, si elle avait compris instantanément que Praesepe était porteur de malheur, il lui avait fallut de longues minutes pour accepter que ce n’était pas son aîné qui était concerné. Elle avait aussi instantanément compris que Praesepe partageait sa détresse et que celle-ci était trop intense pour avoir été causée par la perte d’un ancien apprenti.

L’homme à la peau d’ébène lui avait appris la mort de Sonya et ils étaient restés ensuite de longues minutes à partager la peine de l’autre, jusqu’à ce qu’elle lui demande de la mener à son fils.

A présent qu’il laissait Marie veiller sur son enfant, de sombres pensées naissaient dans l’esprit de l’ancien gardien de la quatrième maison. Le chagrin avait fait germer une tentation inavouable, et bien qu’il sache parfaitement que ce qu’il s’apprêtait à entreprendre bafouait complètement le code moral qu’il s’était toujours imposé de respecter, ce fut d’un pas décidé que Praesepe prit la direction d’Athènes.


Egypte, environs du campement de Mardouk, 16 heures 30



Saga devait reconnaître que cette Seth se révélait un adversaire redoutable. Les coups au corps à corps de l’Egyptienne étaient rapides et puissants et avaient laissé quelques marques sur l’armure des Gémeaux. Se dissimulant derrière des illusions et usant de tous les stratagèmes, elle le harcelait sans relâche, bien décidée semblait-il à lui faire payer ce qu’il avait fait à Râ. De son côté, le chevalier d’Athéna n’avait cependant pas été inefficace.

Quelques blessures étaient en effet apparues sur les bras et les jambes de la guerrière, causées par les parades de Saga et l’extrême dureté de l’armure d’or. La protection de Seth avait bien plus souffert que celle de son adversaire, sans doute en raison d’une solidité bien moindre.

- Vous ne pouvez pas me vaincre, dit Saga tout en continuant à se battre. Vous êtes douée, cependant je le suis tout simplement bien plus.

- Il y a un autre domaine où vous semblez largement me surclasser…

Elle parvint à le déséquilibrer un bref instant en atteignant la cheville du chevalier, fraction de seconde qu’elle mit à profit pour faire sauter le casque de l’armure d’or d’un uppercut.

- … l’arrogance ! finit-elle d’un cri rageur.

Néanmoins, Saga, qui n’avait pas été affecté par l’impact du coup dont la force avait été absorbée par l’armure, saisit le bras ayant porté l’uppercut d’une poigne de fer et envoya des milliers de rayons lumineux de son autre poing. Touchée à bout portant par un nombre incalculable d’attaques, Seth fut violemment projetée en arrière sur plusieurs mètres, son armure entièrement recouvertes de fissures.

- Arrogant mais réaliste, semble-t-il, dit le chevalier des Gémeaux en marchant vers elle d’un pas décidé.

Seth grimaça devant la remarque narquoise de son adversaire, visiblement agacée. Elle se mit en garde et enflamma son cosmos avec une vigueur renouvelée.

Saga s'arrêta, impressionné par la démonstration.

- Une chose avant que nous ne continuions. Je suis suffisamment familier des mythes égyptiens pour savoir que le personnage légendaire dont tu partages le patronyme, Seth, était une divinité maléfique, violente et fratricide. Même si nous combattons pour des causes aujourd'hui ennemies, tu ne me sembles pas correspondre à ce portrait. Le Seth des légendes n'avait pas hésité à tuer son frère, Osiris, par jalousie puis il avait livré une guerre sanglante au fils de celui-ci, Horus, pour le contrôle de l'Egypte. Alors, pourquoi t'associer à cette funeste figure jusque dans ton nom ?

- L'adversité entre ma lignée et celle d'Horus a en effet traversé les âges, or l'histoire est écrite par les vainqueurs. Mon ancêtre a certes commis des actes que je réprouverais, mais il n'a pas été le seul. Horus a toujours tenté de le calomnier par tous les moyens. Mardouk lui-même a hésité avant de m'accorder sa confiance et a préféré que je reste dans l'ombre pour ne pas associer son nom avec le mien. Cependant Râ n'avait pas oublié que nos ancêtres avaient été des alliés dans la lutte de la vie face au Chaos personnifié, Apophis. C'est en souvenir de cette vieille amitié que Râ a insisté pour que leur alliance s'abrite sur mon territoire. Or tu viens de le tuer sous mes yeux... Jamais je ne pourrais te le pardonner ! Prépare-toi à mourir !

Le cosmos de l'Egyptienne explosa et Saga vit l'aura de son adversaire se concentrer sous la forme d'un long harpon de lumière rouge flottant dans l'air quelques centimètres devant celle-ci.

- LE POURFENDEUR DU CHAOS ! hurla Seth.

Le harpon d'énergie sembla exploser, libérant une déferlante d'énergie noire.

Le chevalier d'or tenta d'esquiver l'attaque en se déplaçant à la vitesse de la lumière, cependant la rafale destructrice se tordit comme un serpent pour le poursuivre.

Surpris, Saga ne put se sortir de la trajectoire une seconde fois et fut atteint au torse. Il sentit la température de sa protection monter dangereusement, toutefois sans paniquer.

- GALAXIAN EXPLOSION ! fit-il en libérant à son tour sa puissance.

La violence de son attaque balaya celle de Seth sans atteindre toutefois cette dernière qui se dégagea d'un bond prodigieux en hauteur.

Le chevalier d'or pesta en constatant que son ennemie était indemne alors que la surface de son armure avait fondu par endroit.

La majeure partie de la puissance de l'arcane de Seth était passée dans le premier impact, la Galaxian Explosion ne l'ayant dissipée qu'à un moment où elle était déjà moins dangereuse. Toutefois, le coup du chevalier avait été suffisamment freiné pour qu'elle l'évite sans problème. Même si l'armure d'or l'avait protégé, ses capacités défensives seraient fortement réduites pour la suite.

Saga devait reconnaître que son adversaire avait gagné ce round.


* * * * * * *


Deathmask commençait à s'énerver sérieusement. Le guerrier qu'il combattait se révélait d'une agilité étonnante en dépit du fait qu'il avait un pied-bot.

L'Italien n'arrivait tout simplement pas à lui mettre la main dessus, il avait toujours un ou deux temps de retard. Il comprit que si le corps marqué de vieilles blessures de son adversaire signifiait quelque chose c'était probablement que celui-ci avait eu à de très nombreuses reprises l'occasion d'accumuler une expérience qui faisait défaut au jeune chevalier. L'Egyptien ne s'était pour le moment servi que de son arc, ne touchant ni à son épée courte ni à son bouclier.

Soit il décochait des flèches à une vitesse impressionnante, soit il se servait de l'arc lui-même pour frapper. L'Italien avait déjà été atteint à cinq reprises par les projectiles et n'en avait esquivé que d'extrême justesse une demi-douzaine d'autres.

La pointe des flèches était suffisamment perçante pour se ficher dans l'armure d'or, allant jusqu'à atteindre la peau de Deathmask. Si la protection du Cancer l'avait empêché de se faire véritablement blesser, il devait absolument éviter d'être atteint à un endroit non protégé de son corps.

C'est pour cela que le chevalier n'avait pas encore pu avoir recours aux Cercles de l'Esprit. Le temps nécessaire à la concentration de l’énergie nécessaire à l'ouverture d'un passage vers l'antichambre des Enfers laisserait une trop belle occasion à Anhur de le transpercer de part en part.

Toutefois le plus insupportable pour le chevalier d'or n'était pas que son opposant lui donne autant de fil à retordre. Non, ce qui le rendait véritablement furieux c'était que l'autre s’était mis à parler.

- Comprends-tu seulement les tenants et les aboutissants de la lutte qui oppose nos deux camps ? interrogea l'Egyptien.

- La ferme ! répondit rageusement l'Italien en frappant une nouvelle fois dans le vide.

- Sais-tu ce que Mardouk rêve de faire pour le monde ? fit-il en tirant une nouvelle flèche que Deathmask parvint à dévier avec son avant-bras.

- Ta gueule ! cracha ce dernier.

- Moi aussi, j'ai eu ma période de doute vis-à-vis de Mardouk, mais j'ai réalisé à présent qu'il a raison. Sans doute toutefois es-tu trop jeune pour comprendre nos objectifs...

N'en pouvant plus, l'écume aux lèvres, le chevalier furieux chargea de façon désordonnée, tentant de saisir son adversaire afin que celui-ci ne puisse plus se dérober à ses assauts telle une anguille.

- Tais-toi et bats-toi ! hurla-t-il.

- A ta guise.

Anhur s'écarta pour éviter l'attaque maladroite et attrapa la cheville droite de son adversaire entre la corde et la hampe de son arc. Il tira violemment sur son arme faisant perdre l'équilibre au chevalier comme si celui-ci avait le pied pris dans un colet.

Deathmask s'écroula en avant, se retrouvant allongé sur le ventre, les bras en croix. L'Egyptien se déplaça avec rapidité tout en encochant une flèche qu'il tira quasiment à bout portant dans le bras gauche de son adversaire.

Le trait traversa de part en part le membre au niveau du biceps, juste au-dessus de la protection de l'armure d'or, clouant l'Italien au sol.

Celui-ci laissa échapper un cri de douleur tandis qu'Anhur se plaçait au-dessus de lui posant son pied droit à quelques centimètres de la tête de l'Italien et son pied gauche artificiel sur le bras droit de ce dernier pour l'immobiliser totalement. Enfin, l'Egyptien avait encoché une flèche qui visait l'arrière du crâne non protégé du chevalier.

- Il faudrait que tu apprennes à moins te précipiter... En outre tu t'énerves bien trop facilement.

- Enfoiré, j'aurai ta peau !

- J'en doute. Dans ta position tu ne peux plus rien faire. De plus, je suis parvenu à acquérir cet avantage irrémédiable en ne me servant que des flèches de Neith. Je n'ai utilisé ni l'épée de Ramsès ni le bouclier de Khemet qui sont mes armes de prédilection et de loin les plus puissantes.

- J'aurai ta peau ! se contenta de répéter l'Italien qui tremblait de frustration.

- Ces mauvaises pensées te passeront sans doute quand je t'aurai expliqué pourquoi je me bats aux côtés de Mardouk. J'ai vu beaucoup de choses au cours de ma vie, beaucoup de guerres principalement. Laisse-moi te raconter mon expérience et peut-être cela t'éclairera-t-il et te remettra sur le droit chemin.

- J'AURAI TA PEAU !

L'Italien força de façon à se redresser, mais l'Egyptien augmenta la pression sur le bras droit du chevalier pour le maintenir au sol. Le Cancer ne parvint finalement à ne soulever sa tête que d'environ dix centimètres.

- C'est inutile, je te l'ai dit.

Cependant le chevalier d'or, ivre de colère, n'écoutait pas. Il rabattit son visage vers le sol en s'inclinant autant que possible vers la gauche, si bien qu'il parvint à atteindre le pied droit d'Anhur que les pics du diadème de l'armure d'or transpercèrent de part en part.

Anhur hurla de douleur, lâchant la flèche qui se ficha à quelques millimètres du visage de Deathmask, lui faisant une estafilade sur la joue.

Chancelant, l'Egyptien faillit perdre l'équilibre. Cherchant à se rétablir malgré son pied droit cloué au sol, il bougea le gauche libérant ainsi le bras droit de l'Italien.

La suite alla très vite. Deathmask saisit la flèche qui transperçait son biceps avec son autre main et la brisa juste au-dessus de la blessure afin de pouvoir libérer son membre. Laissant son diadème planté dans le pied de son adversaire, il se releva en un éclair, saisissant au passage par le fût la flèche qui avait manqué son crâne d'un rien, puis la planta violemment dans le menton de l'Egyptien.

La pointe transperça les chairs, remontant jusqu'au cerveau.

- Trois choses, dit le chevalier en fixant les yeux exorbités par le choc et la douleur de son adversaire.

Il fit tourner la flèche dans la blessure ce qui agita de spasmes le corps de l'Egyptien.

- Primo, j'en ai rien à foutre de ta vie. Secundo, t'aurais mieux fait de te servir de tes fabuleuses armes. Et tertio, tu aurais encore été plus inspiré de me transpercer la gueule quand tu le pouvais.

Deathmask retira la flèche et trancha la tête de son ennemi de sa main libre. Tandis que le corps décapité s'écroulait, le Cancer plongea son index chargé de cosmos dans la blessure de son bras, cautérisant la plaie.

Il cracha au visage de sa victime, puis laissa choir la tête au sol en se mettant en marche vers le campement.


* * * * * * * * *


- ROYAL DEMON ROSE !

Une nuée de fleurs s'abattirent sur Tokoyo qui se protégea en faisant des moulinets avec son katana pour intercepter les projectiles.

La Japonaise marcha sur Aphrodite tout en continuant à dévier l'attaque. Les roses semblèrent alors engloutir le chevalier d'or qui disparut.

- Ainsi ces fleurs servent à la fois à l'attaque comme à la défense, observa la dernière des Kamis.

Un véritable nuage de roses entourait à présent la guerrière qui ne distinguait rien à plus de quelques mètres de distance.

- Tu as perdu, annonça le Suédois d’une voix désincarnée. Le poison de mes roses t'aura bientôt terrassée.

- Désolé de te décevoir...

La Japonaise fit tourner son katana de plus en plus vite entre ses mains, jusqu'à ce que le métal de la lame paraisse s'enflammer.

- ... Mais le sang des dieux dragons coule dans mes veines et me rend insensible à de tels stratagèmes. A présent voici...

Elle effectua une passe d'armes complexe avec sa lame semblant danser au milieu des roses.

- La Danse de l'Epée Infernale !

Aphrodite eut la surprise de voir son adversaire se tourner droit vers lui, son épée créant un tourbillon de flammes. Le chevalier laissa ses réflexes agir, rappelant toutes les fleurs flottant dans l'air afin de se protéger.

Le feu produit par le katana calcina presque instantanément les roses sans pour autant atteindre le Suédois qui avait mis à profit le bref instant où la défense avait contenu les flammes pour se mettre à l'abri.

- Comment as-tu fait pour me percevoir à travers les roses ? interrogea Aphrodite.

- Es-tu familier de la culture japonaise ?

- Pas vraiment, même si je sais que tu portes une armure de samouraï.

- Effectivement. Peut-être es-tu également familier du terme ninja. Si les samouraïs combattaient avec honneur sur les champs de bataille, les ninjas étaient quant à eux spécialisés dans les assassinats et la dissimulation. En tant que dernière des Kamis qui veillaient sur le Japon, j'ai reçu la formation de ces deux écoles. Tes roses sont une bonne technique de camouflage, mais tu fais face à un maître dans le domaine.

Comme pour illustrer ses propos, une petite explosion retentit soudain et une épaisse fumée noire recouvrit les lieux. Ne sachant plus où se trouvait son ennemie, le chevalier se mit en garde en matérialisant des roses rouges aux alentours.

- Inutiles... commenta la voix de Tokoyo qui semblait venir de toutes les directions à la fois.

La première attaque vint de derrière le chevalier. Il esquiva le coup qui lui aurait tranché la colonne vertébrale d'une roulade et envoya une rafale de roses noires sur la Japonaise. Celle-ci avait néanmoins à nouveau disparu dans l'obscurité avant que les fleurs ne l'atteignissent. Aphrodite évita dans la foulée une fente de son adversaire qui visait son cou, sa contre-attaque manquant une nouvelle fois sa cible.

- Je serais très curieuse de savoir comment tu peux éviter mes offensives sans me voir, dit Tokoyo, toujours dissimulée dans les ténèbres.

- Je pourrai satisfaire votre curiosité dès que je vous aurai vaincue...

Les échanges se poursuivirent un moment, aucun des adversaires ne parvenant néanmoins à toucher l'autre.

Le Suédois décida de changer de tactique. Il enflamma son cosmos en le modifiant légèrement de façon à ne plus créer directement des fleurs à partir du néant.

Des racines apparurent sur ses bras, puis des branches qui s'enroulèrent autour des membres.

Les rosiers du bras gauche s'enchevêtrèrent de façon à former une structure hémisphérique, ceux du bras droit se tendant en longueur dans le prolongement de la main du chevalier.

De nombreux bourgeons de roses apparurent alors et s'épanouirent en quelques secondes.

Il s'agissait de roses noires qui formaient à présent une sorte de bouclier ainsi qu'une épée.

- Impressionnant, dit Tokoyo dans l'obscurité. Néanmoins crois-tu que tes plantes pourront rivaliser avec l'acier de mon katana ?

- Il est très facile de le tester...

La Japonaise choisit un assaut frontal, visant le flanc droit de son adversaire. Celui-ci se tourna légèrement, de façon à pouvoir parer avec le bouclier de son bras gauche. L'attaque fut bloquée lorsque que le métal rencontra la protection végétale, des ronces s'enroulant en outre autour du katana.

Aphrodite contre-attaqua, profitant du fait que l'arme de son opposante était bloquée. La Japonaise esquiva de justesse la fente du chevalier puis parvint à libérer sa lame pour parer l'assaut suivant.

Elle tenta ensuite plusieurs bottes, cherchant à percer la garde d'Aphrodite, cependant celui-ci bloquait, parfois d'extrême justesse, tous les coups avec son bouclier ou son arme, la Japonaise devant faire preuve de vigilance afin de ne pas voir son arme à nouveau prisonnière des ronces.

Tokoyo reprit finalement ses distances, disparaissant à nouveau dans les ténèbres.

- Tu te défends bien, chevalier. Néanmoins, tu ne peux faire que ça. Tôt ou tard, il y aura un coup que tu ne pourras pas bloquer et cela sera fini.

- Je ne partage pas cet avis. Regardez votre arme.

- Comment ?

Elle baissa les yeux sur son katana et découvrit avec stupeur que celui-ci était couvert de fissures.

- C'est impossible, il a été forgé avec du métal d'outre-monde dans le sang des dragons ! Il est invulnérable !

- Non, il est juste très solide. Or mes roses noires ont le pouvoir de détruire toute matière par simple contact. Je ne faisais pas que me défendre : à chaque parade je vous privais de plus en plus de votre moyen d'attaquer. Quant à votre technique de dissimulation dans l'ombre...J'ai bien peur qu'elle n'ait fait son temps !

Le Suédois chargea la Japonaise comme si cette dernière était parfaitement visible. Profitant de la surprise, le chevalier se fendit et Tokoyo dévia par réflexe l'assaut de l'arme végétale avec son katana.

Aphrodite appuya sur l'arme adverse et plaça son bras gauche de façon à la coincer entre son bouclier et son épée constitués de roses voraces.

Il brisa alors le katana d'une simple torsion de ses bras, l'acier explosant en des dizaines d'échardes.

Sous le choc, Tokoyo laissa échapper un cri étranglé. Les ronces qui recouvraient les bras du chevalier grandirent, jusqu’à ce que les roses noires recouvrent presque entièrement son corps.

Il attaqua au corps à corps et son adversaire le frappa par réflexe au niveau du sternum du tranchant de la main.

Non seulement les roses amortirent totalement la force de l'impact, mais aussi détruisirent-elles la protection de l'avant-bras de la combattante, lui arrachant même la peau de la chair. Sans laisser à Tokoyo la possibilité de se dégager ou de se réfugier dans les ténèbres, Aphrodite poussa son avantage en poursuivant son assaut. Bien que dominant en théorie tant du point de vue de la technique que de la taille et donc de l'allonge, la Japonaise était surpassée dans les échanges du fait qu'elle devait à tout prix éviter le contact.

Aucun coup du Suédois n'était dangereux en tant que tel, néanmoins chacun qu'elle ne pouvait esquiver et était contrainte de parer ou dévier la blessait davantage. Chaque fois que les roses voraces la dévoraient un peu plus, elle devenait moins vive, permettant ainsi à son adversaire de l'atteindre de plus en plus systématiquement.

Rapidement, le corps de Tokoyo se couvrit de sang et de blessures similaires à des morsures, les os commençant à être apparents à divers endroits.

Perdant sa lucidité au même rythme que son fluide vital, elle tenta un assaut désespéré en voulant briser la nuque du chevalier d'un coup de poing.

Aphrodite bloqua l'attaque en saisissant la main de la Japonaise. Celle-ci hurla en sentant les roses noires emprisonner puis s'attaquer à son avant-bras. Lorsqu'elle parvint à libérer son membre, celui-ci avait été dévoré aux os jusqu'au coude.

- PIRAHNAN ROSE ! hurla le chevalier des Poissons.

Toutes les roses qui le recouvraient se détachèrent simultanément, balayant son adversaire comme un fétu de paille.

Le corps couvert de sang de la Japonaise s'écrasa violemment au sol quelques mètres plus loin, sa protection totalement détruite. Elle n'était cependant pas morte et parvint à se relever malgré ses blessures.

- J'ai fait preuve de plus de mansuétude que vos amis qui sont allés au Sanctuaire pour y semer la mort et n'ai pas frappé pour tuer, dit Aphrodite. Renoncez, et vous aurez la vie sauve.

La Japonaise parvint à sourire.

- Lorsque j'ai décidé de rejoindre Mardouk, je lui ai demandé comment il imaginait l'issue de notre croisade. Il m'a répondu qu'il n'y avait que deux issues possibles: changer le monde ou périr en essayant.

Le Suédois rendit son sourire à son adversaire.

- Je vois... Mon père m'a parlé du code d'honneur des samouraïs. J'imagine que vous voulez le suivre et avoir une mort de guerrier...

Le cosmos du chevalier des Poissons s'intensifia et une rose blanche se matérialisa dans sa main droite.

- Je vais respecter votre dernière volonté en vous achevant avec la plus puissante de mes techniques. La Bloody Rose...

- Je voudrais juste te poser une question avant cela... Comment arrivais-tu à percevoir mes mouvements malgré ma dissimulation dans les ténèbres ?

- Mes roses rouges, répondit-il en indiquant les fleurs qu'il avait envoyées aux quatre coins de l'aire de combat. Vous avez commis l'erreur de vous en désintéresser car leur poison ne vous affectait pas. Elles sont bien plus que des fleurs toxiques : ce sont des émanations de mon cosmos et sont donc liées à ma conscience. En les disséminant tout autour de nous j'ai augmenté exponentiellement mes perceptions, comme si j'avais disséminé des organes sensoriels supplémentaires. Chaque mouvement d'air, chaque changement de pression, chaque odeur m'étaient accessibles. Toutes ces roses me donnaient un sens supplémentaire qui me permettait de vous percevoir aussi clairement que si vous vous étiez tenue en pleine lumière devant moi.

Le Suédois lança la fleur qui vint se ficher dans la poitrine au niveau du cœur de la Japonaise qui n'esquissa pas le moindre geste pour l'éviter.

La fleur commença à changer de couleur au fur et à mesure qu'elle se gorgeait du sang de sa victime. Tokoyo chancela mais ne tomba pas jusqu'à ce que la rose sanguinaire ait achevé son œuvre. Elle mourut debout, sous le regard d'Aphrodite qui ne cilla pas.

Lorsqu'elle s'écroula finalement, le chevalier d'or matérialisa d'un geste des roses rouges qui formèrent un linceul sur le cadavre.


* * * * * * *


Deathmask souriait de toutes ses dents en voyant les hommes fuirent devant lui alors qu'il s'avançait au milieu des tentes.

- Petits, petits, petits... Venez voir tonton Deathmask...

Il enflamma son cosmos et frappa ses deux mains paume contre paume à la vitesse de la lumière. L'onde de choc produite arracha du sol les tentes et fit voler toutes les personnes à proximité, brisant les corps et tuant un grand nombre de soldats.

L'Italien s'avança négligemment parmi les victimes, réclamant la tête des survivants au passage. Il se déplaça ensuite à une vitesse légèrement supérieure au son pour rattraper deux fuyards. Il les saisit par le cou et poursuivit sa course en accélérant en les tenant à bout de bras. Si lui était protégé de la friction de l'air par son cosmos et son armure, ce n'était pas le cas de ses prisonniers qui furent brûlés vifs en quelques mètres. Il les lâcha après avoir tranché leurs têtes noircies, puis en attrapa deux autres de la même façon en portant instantanément sa vitesse à celle de la lumière. Les deux hommes furent changés en plasma et en particules élémentaires.

Il s'arrêta pour considérer un groupe d'une dizaine d'individus qui s'échappaient vers le Nord. Il fit un large mouvement horizontal du bras à pleine célérité, tranchant l'air en deux. S'il ne maîtrisait pas ce genre de technique aussi bien qu'un expert tel que Shura, les fuyards étaient bien incapables de faire la différence. La vague d'air déplacée les découpa en effet en morceaux presque aussi bien que l'aurait fait Excalibur.

- Ah, il ne manquait plus que des héros... murmura le chevalier du Cancer.

Un groupe de quatre soldats venait en effet vers lui, semblait-il déterminés à l'arrêter.

- Les idiots... siffla le chevalier d'or entre ses dents.

Il ne les attaqua pas ni ne leva la main sur eux, se contentant de courir à leur rencontre et de pulvériser leurs corps simplement en les percutant à la vitesse de la lumière.

Couvert de la tête au pied de sang et d'entrailles, l'Italien partit dans un rire tonitruant, dément.

- Enfin ! Enfin je suis moi-même ! Vous m'avez rendu service ! Il est normal que je vous remercie à la hauteur de ce que vous m'avez apporté !

Avant de se lancer à la poursuite de nouveaux fuyards, il vérifia que son index droit était toujours bien entouré de l'énergie blanchâtre caractéristique des vagues d'Hadès. Il s'assura que les morceaux d'âmes qu'il avait prélevés sur chacune de ses victimes étaient bien arrivés à la destination prévue puis se remit en route. Il se rappela alors avoir aperçu ce qui ressemblait à un hôpital de campagne et changea de direction.


* * * * * * * * *


Il fallut de longues minutes frustrantes à Râ pour parvenir à s'échapper du piège dimensionnel de Saga. Si bien que, lorsqu'il surgit à nouveau dans le monde réel en déchirant par la force brute la frontière entre les plans d'existence, il était d'humeur très combative.

Son énervement se changea en rage lorsqu'il constata ce qui s'était passé pendant son absence. D'après ce qu'il percevait grâce à son sens cosmique, Anhur était mort et Tokoyo dans un état guère meilleur. Seth était pour sa part en train de combattre le chevalier des Gémeaux et il sentit également le cosmos inquiétant d'un des chevaliers d'or à l’œuvre dans le campement à proximité de l'hôpital.

Résistant à l'envie d'aller se venger de Saga, il décida de d'abord se porter au secours de la Japonaise, cependant celle-ci rendit son dernier souffle le temps qu'il la rejoigne. Il vit le chevalier des Poissons recouvrir le corps de cette dernière de roses avant de se tourner face à lui.

- Maudit, tu l'as tuée ! dit l'Egyptien.

- J'ai accompli sa dernière volonté en lui offrant une mort de guerrière, répondit l'androgyne.

Il fit apparaître une rose rouge dans sa main.

- J'imagine qu'il est inutile de vous demander de renoncer...

- Elle était la compagne de mon ami, Mardouk. Comme il n'est pas là pour le faire lui-même, c'est donc moi qui vais te faire payer ce meurtre.

- Il n'est jamais question de meurtre entre deux guerriers. Je serai malgré tout votre adversaire si vous y tenez. Je propose néanmoins que nous allions nous battre plus loin afin de ne pas toucher le corps de votre amie.

- Soit.

Les deux adversaires s'observèrent en chiens de faïence le temps de mettre une centaine de mètres entre eux et le linceul de Tokoyo.

- Cela ira, dit Râ qui semblait pressé d'en découdre.

- Préparez-vous à découvrir la terreur des roses démoniaques !

Une nuée de fleurs empoisonnées volèrent vers Râ qui ne bougea pas pour les éviter, mais enflamma son cosmos.

L'Egyptien irradiait de puissance, son armure brillant comme l'astre solaire auquel son nom était associé dans les légendes des terres du Nil. Les roses rouges n'atteignirent jamais leur cible, l'aura de Râ les carbonisant en plein vol.

- Des fleurs ? Tu crois pouvoir me vaincre avec des fleurs ?

Aphrodite ne répondit pas, continuant à attaquer tandis que l'air se remplissait de pétales de roses afin de le dissimuler.

- Non seulement tu n'as rien de mieux à m'offrir que des plantes ridicules, mais en plus voilà que tu te caches à présent ? Enfin, pour ta gouverne, sache que le poison dégagé par tes roses est lui aussi détruit par la chaleur...

L'héritier du soleil se concentra puis déploya son aura tout autour de lui jusqu’à englober le nuage de roses qui furent réduites en cendres.

De nouveau visible, Aphrodite ne se laissa apparemment pas impressionner. Constatant que son armure d'or parvenait à le protéger de l'intense chaleur dégagée par le cosmos de l'Egyptien, le Suédois poursuivit ses attaques.

- PIRANHAN ROSE !

- Quand comprendras-tu ? se moqua Râ en calcinant les roses noires aussi facilement que les rouges. Je suis protégé par la puissance du soleil ! Tes tentatives pathétiques ne pourront jamais m'atteindre. A mon tour à présent ! AMON REIGN !

Une boule de plasma se concentra entre les mains de l'Egyptien puis l'énergie explosa en une déferlante qui s'abattit sur le chevalier.

Aphrodite envoya des roses rouges et noires en contre-attaque qui furent anéanties par le coup de Râ.

La vague de plasma atteint l'androgyne qui tenta de la contenir avec ses bras jusqu’à ce qu’il soit balayé comme un fétu de paille. Il retomba une dizaine de mètres plus loin. Le sable et le sol avaient été totalement vitrifiés autour du point d'impact et l'armure du chevalier était rougeoyante comme si elle avait été portée près de sa température de fusion. Le Suédois se releva néanmoins, déjà occupé à matérialiser de nouvelles roses.

Toujours entouré par son aura flamboyante, Râ chargea.

- Ton armure ne te protégera plus très longtemps ! cria-t-il. Je la ferai fondre sur ton corps !

Aphrodite ne tint apparemment aucun compte de la menace et continua à projeter autant de roses qu'il le pouvait même si celles-ci tombaient en cendres avant d'atteindre son adversaire.

Une fois parvenu au corps à corps, l'Egyptien effectua un enchaînement de coups qui força son opposant à reculer. En effet, entouré comme il l'était par son aura destructrice, chacune des attaques de Râ étaient redoutables.

Préférant éviter le contact avec le corps de son adversaire, Aphrodite se contentait d'esquiver tout en poursuivant ses assauts malgré leurs inefficacités.

- A quel moment vas-tu comprendre que tes roses sont inutiles ? fit l'Egyptien en accélérant le rythme de ses enchaînements.

Aphrodite continuait de reculer et fut contraint de dévier les coups les plus dangereux de son adversaire, son armure d'or semblant fortement souffrir à chaque impact et même se déformer sous l'effet de la fournaise.

- Tu ne pourras pas éviter toute la journée ! dit l'Egyptien au moment où il parvint à saisir le bras gauche de son adversaire au niveau de l'articulation du coude.

Aphrodite essaya de se dégager, cependant la force physique pure de son opposant semblait largement supérieure. Le chevalier d'or vit le métal de sa protection couler autour de la poigne de fer de Râ et commença à sentir la morsure de la chaleur dans ses chairs.

Le cosmos de L'Egyptien s'intensifia et Aphrodite comprit que celui-ci allait réutiliser la même attaque que précédemment. Une boule de plasma se forma en effet à nouveau autour du poing gauche de Râ. Les pieds du chevalier quittèrent le sol et vinrent se placer sur le torse de l'Egyptien au prix d'une jolie contorsion. Aphrodite exerça toute la poussée dont il était capable sur ses jambes tout en envoyant une nouvelle nuée de roses sur son adversaire avec sa main libre. L'Egyptien fut finalement obligé de lâcher sa prise à peu près au moment où l'androgyne estima que le métal de l'armure des Poissons au niveau de la plante de ses pieds commençait à fondre à son tour.

Aphrodite se propulsa donc à plusieurs mètres et effectua une souplesse arrière pour atterrir sur ses pieds.

- AMON REIGN ! cria Râ en libérant une vague de plasma sur le chevalier.

Pris de court, le chevalier eut juste le temps de bondir en hauteur pour esquiver la vague de plasma, envoyant au passage une déferlante de roses rouges et noires sur l'Egyptien. L'attaque de ce dernier atteint néanmoins Aphrodite à la jambe droite au niveau du genou.

Le Suédois hurla en sentant ses chairs brûler malgré sa protection.

Lorsqu'il se réceptionna de son saut, Aphrodite constata que son armure avait fondu au niveau de l'articulation du genou, diminuant grandement sa mobilité puisqu'il était à présent incapable de plier la jambe. Le même constat pouvait être fait pour son bras gauche dont le coude était bloqué par le métal qui avait subi la poigne de Râ.

- Ce combat est presque terminé, dit l'Egyptien. Handicapé comme tu l'es, tu ne pourras plus éviter très longtemps mes attaques.

- L'une des premières choses que m'a apprises mon père pendant mon entraînement était qu'un chevalier d'Athéna ne devait jamais renoncer tant que le combat n'était pas terminé. Je reconnais et admire votre force, néanmoins je suis bien décidé à ne pas vous laisser la victoire.

Le chevalier d'or matérialisa une poignée de roses rouges dans sa main droite et de noires dans la gauche.

- Très bien, j'imagine que tu veux mourir en guerrier. Comme tu as accordé ce privilège à Tokoyo, je suis prêt à faire de même pour toi.

Deux boules de plasma flamboyantes se formèrent autour des poings de l'héritier du Soleil.

- Adieu, chevalier des Poissons !

Les deux adversaires se précipitèrent l'un vers l'autre et engagèrent un combat rapproché. Aphrodite esquiva un moment, la plupart du temps de justesse, les coups et les rafales de chaleur concentrée de l'Egyptien tout en projetant sans relâche des roses qui étaient réduites en cendres avant de toucher leur cible. Néanmoins sa jambe droite entravée était un désavantage trop important et Râ finit par prendre le dessus, la première attaque réussie de l'Egyptien faisant basculer instantanément la confrontation vers son issue inéluctable.

Une vague de chaleur suivie d'un coup de pied au même endroit brisa le tibia gauche du chevalier, un puissant coup de poing s'enfonça dans le plastron de l'armure d'or en causant une grave blessure, un autre coup brisa sa clavicule...

Pourtant, en dépit de la pluie de terribles coups qu'il recevait et des blessures qui lui étaient infligées, Aphrodite parvint à rester debout alors même qu'il était aux portes de l'inconscience, continuant sans relâche à créer des roses avec son cosmos.

Finalement, un uppercut fit voler le casque de l'armure des Poissons en le brisant en deux morceaux. L'androgyne s'effondra dans le sable, inconscient.

- Tu auras fait face courageusement malgré ton impuissance, dit Râ en regardant le corps étendu du vaincu. Adieu !

Il leva le bras pour porter le coup fatal mais sentit alors quelque chose arriver dans son dos. Il se retourna juste à temps pour écarter du poing un objet qui allait l'atteindre au visage. En se baissant pour regarder le projectile il constata qu'il s'agissait de la tête tranchée d'Anhur.


* * * * * * *


Saga savait qu’il pouvait remercier son armure d’être encore debout.

Les coups que lui infligeait Seth étaient peut-être les plus puissants qu’il ait jamais subis. En outre, les attaques étaient d’une très grande variété, l’Egyptienne évitant apparemment d’employer deux fois de suite la même tactique. Sans doute était-elle parfaitement consciente de la qualité de l’entraînement des serviteurs d’Athéna dans le domaine de l’analyse des techniques adverses.

Le chevalier se rendait compte que leurs ennemis étaient peut-être bien mieux renseignés sur les qualités adverses que son propre camp ne l’était. Quoi qu’il en soit, il lui fallait reprendre la main le plus vite possible avant qu’elle ne parvienne à le blesser sérieusement.

- GALAXIAN EXPLOSION ! hurla le Grec en libérant sa puissance.

- THUNDER WALL ! répliqua instantanément Seth.

Des éclairs d’énergie jaillirent des mains de cette dernière, formant une barrière entre les deux combattants. Saga sourit légèrement, certain qu’il était que la protection ne pourrait pas bloquer son arcane. Il se rendit toutefois compte juste après que tel n’était pas le but de la technique adverse.

Le mur de foudre se déforma en effet au moment de l’impact de la Galaxian Explosion, l’énergie des éclairs se mettant à tourbillonner autour de l’attaque en l’accompagnant et non en la bloquant frontalement.

L’attaque poursuivit un bref moment sa route vers Seth avant d’obliquer puis de s’élever dans les airs, toute la puissance de l’offensive se voyant canalisée par le tourbillon d’énergie. Saga se rendit compte que pendant que son attention avait été focalisée sur son attaque, d’autres éclairs statiques étaient apparus autour de lui. Un bruit de tonnerre résonna dans ses oreilles et il fut soudain cerné de toutes parts par des murs de foudre, la seule ouverture se trouvant vers le ciel. Il vit alors que le tourbillon qui avait emporté sa Galaxian Explosion revenait dans sa direction après avoir effectué une grande boucle et allait s’abattre sur lui par l’ouverture en question.

Les murs commencèrent à se rapprocher, le piégeant comme un rat. Il enflamma de nouveau son cosmos une fraction de seconde avant que sa propre attaque cumulée aux éclairs de Seth ne se déchaîne sur lui.

- ANOTHER DIMENSION !

Il ouvrit en catastrophe le passage dimensionnel juste au-dessus de lui afin que la Galaxian Explosion s’y engouffre. Une partie de l’énergie l’atteint malgré tout, infligeant de nouveaux dégâts à sa protection et le blessant légèrement, cependant la plus grande partie fut expédiée dans un autre monde. Il se laissa alors aspirer également par sa technique, juste avant que les murs de foudre ne se soient refermés sur lui.

Seth eut à peine le temps de comprendre comment le chevalier avait fait pour s’en sortir qu’elle sentit un cosmos juste derrière elle. Elle s’écarta en catastrophe lorsque la réalité se déchira, libérant sur elle la Galaxian Explosion.

Si elle parvint à esquiver d’un bond le maelström destructeur elle n’eut pas le temps de réagir lorsque le chevalier des Gémeaux lui-même surgit à son tour de la faille dimensionnelle. Des millions de traits de lumière dorée partirent du poing du chevalier, fauchant l’Egyptienne en plein vol et la projetant au loin.

Saga la poursuivit, bien décidé à en finir pendant qu’il en avait l’occasion. Néanmoins, sa dernière attaque avait manqué de puissance puisque venant juste après deux efforts intenses et Seth parvint à se rétablir en l’air au prix d’une acrobatie et à retomber sur ses pieds.

Surpris par le prompt rétablissement de son adversaire, le chevalier porta une attaque faible que celle-ci dévia sans difficulté. Seth tourna autour de son adversaire qui était légèrement emporté par son élan et tenta de le frapper à la nuque. Saga esquiva en se jetant en avant puis il se releva après une roulade face à son ennemie.

Ils échangèrent une série de coups, sans qu’aucun ne parvienne à prendre l’avantage, pour finalement se retrouver en garde, l’un en face de l’autre à quelques mètres de distance, chacun attendant la prochaine initiative de l’autre.

- Je vous fais toutes mes excuses pour ma suffisance de tout à l’heure, fit Saga. Je suis réellement impressionné par votre force.

- Je te retourne le compliment. Malgré ton jeune âge tu es un adversaire de très grande valeur. Pourtant, le moment est venu d’en finir !

Le cosmos rougeoyant de la jeune femme se déploya une nouvelle fois, le chevalier se rendant compte instantanément qu’elle allait faire appel à une technique différente de toutes celles qu’elle avait utilisées jusqu’à présent au cours du combat.

- Tu auras été mon plus redoutable adversaire, cependant tu ne pourras rien face à l’Enfer de Deshret !

Le corps de la combattante se mit soudainement à briller comme le soleil et Saga fut contraint de détourner le regard pour ne pas être aveuglé. Il se préparait à subir une attaque à tout moment, mais comprit au bout d’un moment que cela n’allait pas être le cas. Le cosmos de Seth refluait en effet pour revenir à son niveau normal, comme si elle avait déjà porté son assaut.

- C’est fini, dit-elle.

- Comment ? A part m’éblouir, votre technique n’a pourtant pas eu d’effet spectaculaire !

- C’est parce que tu ne regardes pas bien… répliqua-t-elle en baissant son regard sur les mains du chevalier.

- Quoi ?

Le chevalier eut une sensation étrange et lorsque ses yeux se fixèrent sur ses avant-bras, il eut un haut-le-cœur. Ses doigts étaient totalement décharnés, il distinguait parfaitement les os sous sa peau tirée et parcheminée. Il retira alors la protection de son bras droit et découvrit que son membre était famélique, comme si tous ses muscles avaient fondu. Il porta ses mains à son visage et sentit son crâne sous sa peau desséchée.

- Deshret est le nom de la partie désertique de L’Egypte, celle dont mon ancêtre avait reçu la charge tandis qu’Osiris puis son fils Horus veillaient sur les terres fertiles situées près du Nil. Une terre inhospitalière, écrasée sous un soleil de plomb, sans eau ni ressources naturelles permettant à l’homme d’y prospérer. Une terre où mourir de soif et voir son cadavre desséché pourrir sur le sable était souvent la seule issue envisageable. Comme tu le découvres à présent…

Saga s’affaissa, ses jambes semblant soudain incapables de soutenir son poids, et tomba à genoux.

- Dans quelques secondes mon attaque aura terminé son œuvre de destruction et il ne restera plus rien de toi…

Le chevalier sentait la vie le quitter, sa vue se brouiller, sa peau se craqueler, son ventre gonfler, sa température corporelle augmenter bien au-delà de la limite viable…

- As-tu une dernière chose à dire avant d’expirer ?

- Oui…

- Quoi donc ?

- Je suis moi aussi un maître en illusions.

Le chevalier se releva à la vitesse de l’éclair et frappa Seth au visage d’un puissant coup de poing. L’Egyptienne vacilla et encaissa un second coup d’un Saga qui avait retrouvé son apparence ordinaire.

- Je ne t’ai tout simplement pas cru capable de me porter un coup aussi destructeur. Ensuite, depuis le début du combat tu avais fait attention à ne pas utiliser deux fois la même technique… dit le chevalier en la frappant une troisième fois.

Seth para le coup suivant cependant Saga lui faucha son pied d’appui et lui asséna un quatrième coup consécutif au visage.

- … Néanmoins tu n’as pas tenu compte du fait que j’avais été en présence de tes illusions avant le début de notre affrontement. Avec mon expertise dans ce domaine…

L’Egyptienne, qui avait à présent le visage en sang, tenta de contre-attaquer d’un coup du tranchant de la main, mais Saga la bloqua avec un bras et lui asséna un terrible uppercut de l’autre. Elle fut projetée à plusieurs mètres et roula dans le sable.

- … Cela a été un jeu d’enfant pour moi de voir à travers ton illusion à partir du moment où j’ai acquis la conviction que ce que me montraient mes sens n’était pas la réalité.

Seth se releva péniblement et se remit en position de combat.

- Je suppose que ton illusion était censée me faire perdre connaissance afin que tu puisses m’achever tranquillement ? interrogea Saga.

L’Egyptienne cracha du sang puis hocha la tête.

- Tactique intelligente, je dois dire… Tu ne m’en voudras pas de te l’avoir empruntée.

- Comment ?

Un voile noir passa devant les yeux de Seth et le monde extérieur disparut pour elle. Elle ne voyait plus rien, n’entendait plus rien, et surtout le sol avait disparu sous elle et elle tombait.

Tout à coup, elle perçut quelque chose : la douleur. Il lui sembla que son corps était projeté violemment et brisé en de nombreux endroits et sa chute sans fin recommença.

- Tu n’es pas en train de tomber, dit la voix de Saga dans son esprit.

Elle comprit qu’il lui parlait par contact cosmique direct.

- A chacun de mes cinq coups, je t’ai privée d’un de tes sens. Tu n’as plus de toucher, si bien que même si tu es à présent étendue au sol tu ne le sens pas.

- Non, c’est faux, je…

- J’ai remplacé chacun de tes sens par une illusion parfaitement conforme de la réalité au fur et à mesure que je les supprimais, c’est pour cela que tu ne t’es rendue compte de rien. Ton cerveau avait toujours l’impression de recevoir des informations cohérentes alors que tous tes organes sensoriels étaient neutralisés et que je te faisais percevoir ce que je voulais. Je viens de te frapper avec ma Galaxian Explosion, le combat est terminé.

- Je… J’y ai survécu ?

Quelques secondes s’écoulèrent sans que le chevalier ne répondît. Seth sentit la terreur monter en elle. Allait-il l’abandonner et la laisser mourir seule sans contact avec le monde extérieur.

- Oui. J’ai retenu mon coup. Tu es gravement blessée et privée de tes sens, néanmoins, si tu te concentres, ton cosmos devrait te permettre de percevoir le monde extérieur. Tu n’es même pas totalement hors de combat, tu as probablement encore en toi assez d’énergie pour une ou deux attaques.

- Pou… Pourquoi ?

- J’ai promis de te livrer à quelqu’un dès que je t’aurais vaincue. Même si je répugne à honorer cet accord, je n’ai qu’une parole. L’autre partie s’attend sans doute à ce que tu sois totalement sans défense, toutefois dans notre accord l’état dans lequel je devais te livrer n’a pas été précisé. Je considère personnellement que notre combat est terminé. Soit tu le considères aussi et tu auras peut-être une chance de te venger de celui qui a provoqué ta chute… Soit je finis ce que j’ai commencé.


* * * * * * * * *


- Espèce de monstre… murmura Râ en n’arrivant pas à détacher son regard de la tête tranchée d’Anhur.

- Si tu me traites de monstre pour ça, je me demande comment tu m’appelleras après avoir vu le reste, fit Deathmask avec un sourire mauvais. Enfin, je crois que quelques-uns auront pu s’enfuir quand je suis venu ici pour donner un coup de main à mon compère. C’est dommage, d’ailleurs, il ne lui aura pas manqué grand-chose pour te régler ton compte… Voilà que maintenant je suis obligé de finir le boulot.

- Quoi ? Tu plaisantes !

L’Egyptien sembla oublier le visage figé dans la mort de son ami et tourna son regard vers le chevalier d’or.

- A aucun moment il n’a été un danger pour moi ! Je vais te vaincre aussi facilement que lui. Cependant dans ton cas ne t’attends pas à une mort sans douleur, je vais te faire payer chacune des vies que tu as prises. Je vais te brûler les membres et te calciner le visage…

- Oui, je sais que tu es coutumier de ce genre de choses… D’ailleurs c’est après tout grâce à ça que l’on a pu savoir où vous étiez. Si tu avais simplement tué ce type au lieu de lui cramer la face, on serait toujours en train de vous courir après. Dis, ça te fait quoi d’être directement responsable de la mort de tous tes potes ?

- Assez ! Tu as raison, je vais me contenter de te tuer !

Râ enflamma son cosmos tandis que l’Italien se contentait de le narguer en lui faisant signe d’approcher avec la main.

- Adieu, chien ! hurla l’héritier du Soleil en chargeant. AMON RE…

Il n’eut même pas le temps de finir de prononcer le nom de son attaque. Deathmask avait attaqué à une vitesse impossible, telle que l’Egyptien avait été incapable de suivre son mouvement. Le Cancer n’avait frappé qu’une seule fois, mais il s’agissait d’un coup décisif comme le constata Râ en baissant les yeux vers sa poitrine. Sa protection avait été transpercée au niveau du cœur par le poing de l’Italien qui avait enfoncé son bras jusqu’au coude, le faisant ainsi ressortir dans le dos de Râ.

- Comment… fit Râ en crachant du sang.

- J’te l’ai dit, crétin, il n’a manqué que quelques fractions de secondes à Aphrodite pour te vaincre. J’ai suivi la fin de votre combat et je croyais qu’il allait le faire…

- Non, il ne m’a jamais touché…

- Vraiment ? Regarde mieux pendant que tu le peux encore…

Râ se rendit compte que l’Italien ne mentait pas : sa protection était couverte de fissures et il vit même des pétales de roses noires plantés dans le métal. Il saignait même de plusieurs blessures. Comment n’avait-il pas pu s’en rendre compte avant ?

- Co… Comment ? Mon aura détruisait toutes ses roses avant qu’elles ne me touchent !

- Tu croyais vraiment qu’un chevalier d’or n’arriverait pas à trouver une parade ? Une grande partie de notre formation est justement consacrée à analyser les situations plus vite que les autres. Tu l’as sous-estimé parce qu’il se bat avec des roses, mais Aphrodite est un peu plus que le meilleur jardinier du coin… Comme la chaleur de ton aura calcinait ses roses noires et empêchait la réaction chimique qui rend le poison de ses roses rouges si dangereux, il a tout simplement créé de nouvelles variétés qui ne seraient plus affectées. Pendant ses attaques que tu pensais inutiles, il testait simplement tous les croisements possibles afin d’obtenir des roses noires dont les pétales survivraient à ta fournaise et des rouges dont le poison serait aussi efficace, si ce n’est plus, à haute température. Et ces variétés, il les a finalement créées, si bien que pendant que tu le frappais tes sens et ton cosmos ont été amoindris, ton armure endommagée et ton corps blessé sans même que tu t’en rendes compte. C’est juste l’adrénaline de la proximité de la mort qui t’a rendu assez de lucidité pour voir les dégâts que tu avais subis. Mais bon, là où tu es ça ne doit plus beaucoup t’intéresser…

Râ était effectivement mort au milieu du monologue de l’Italien, avant même de comprendre ce qui lui était vraiment arrivé.

Deathmask dégagea son poing et laissa le cadavre chuter sur le sable.


* * * * * * * *


Abandonnant Seth derrière lui, le chevalier des Gémeaux traversa le campement en voulant rejoindre ses compagnons. La dévastation qu’il rencontra faillit lui retourner le cœur.

Jamais il n’avait vu autant de cadavres, et si sa formation l’avait préparé à faire face à l’horreur de la mort, elle était loin d’être suffisante face à un tel spectacle.

La plupart des corps étaient méconnaissables, un grand nombre ayant été décapité. Il constata en outre avec horreur que certains des soldats devaient vivre en ce lieu avec femmes et enfants. Des familles entières avaient été fauchées.

Certaines des jeunes victimes que Saga aperçut devaient avoir l’âge de Milo ou de Shaka, toutefois à la différence de ces derniers elles n’avaient eu aucun moyen de se défendre.

Effaré, presque groggy, il se hâta de rejoindre ses compagnons. Lorsqu’il arriva sur place, Deathmask s’éloignait nonchalamment du cadavre de Râ. Le Cancer se dirigea vers Aphrodite et se pencha sur le Suédois pour étudier ses blessures.

- Il devrait s’en tirer, dit le gardien de la quatrième maison à celui de la troisième.

- Que… Qu’as-tu fait ? demanda Saga à l’Italien.

- Quelle question ! J’ai fini le boulot d’Aphrodite et ai réglé son compte à ce naze, répondit-il en désignant du pouce Râ par-dessus son épaule.

- Je… Je ne parlais pas de ça, dit le chevalier des Gémeaux d’une voix tremblante.

Deathmask sentit dans la voix de son compagnon que quelque chose n’allait pas et leva un œil curieux vers lui.

- De quoi parlais-tu, alors ?

- Les gens qui étaient dans ce campement… Tu les as massacrés !

- Ben oui. Evidemment.

L’Italien regardait son interlocuteur comme s’il ne voyait vraiment pas où il voulait en venir.

- Il y avait des femmes et des enfants…

- Ah bon ? Je n’ai pas fait attention. Ils ont dû s’enfuir tout de suite, j’imagine.

Saga regarda un long moment son acolyte sans savoir quoi ajouter.

- Tu… Tu les as tués aussi.

- Oh… Comme je t’ai dit, j’ai pas fait attention.

L’Italien se gratta le menton.

- En même temps, quelle idée de se trouver à un endroit pareil ! ajouta-t-il finalement. Ils l’ont bien cherché.

- C’est… C’est tout ce que tu as à dire ?

- Bah, qu’est-ce tu veux… C’est la vie ! De toute façon, j’ai fait que ce que l’on attendait de moi…

- Quoi !? Nous devions disperser l’armée de Mardouk !

Le regard de Deathmask devint soudain noir.

- Tu voulais quoi, que je disperse plus les morceaux ?

- Espèce de… Aioros avait raison à ton propos. Tu es une bête sauvage que nous aurions dû abattre il y a déjà très longtemps.

- Ne monte pas sur tes grands chevaux… Ca ne prend pas avec moi. Tu savais parfaitement ce que j’allais faire si j’en avais l’occasion. Tu m’as choisi pour ça.

- Non ! répliqua Saga d’une voix glaciale en enflammant son cosmos.

- Hypocrite ! Je…

Deathmask n’eut pas le temps de finir sa phrase : Saga lui décocha un coup de poing qui lui aurait brisé la nuque s’il n’avait pas eu le réflexe d’accompagner le coup. L’Italien s’effondra dans le sable, assommé.

Le chevalier des Gémeaux leva le poing pour porter le coup fatal, hésita, puis baissa finalement le bras sans frapper. Il se concentra et ouvrit un passage dimensionnel qui l’engloutit avec ses deux compagnons inconscients.


* * * * * * *


Horus marchait au milieu du campement dévasté en riant. Ses hommes venaient de trouver le corps de Râ et savoir que celui qui l’avait défiguré avait rendu son dernier soupir était des plus réjouissants. En outre, jamais, il n’aurait imaginé que les chevaliers du Sanctuaire commettraient un tel carnage. Le serviteur qui remplaçait ses yeux en lui décrivant les environs avait d’ailleurs failli défaillir plusieurs fois en évoquant les nombreux cadavres sans tête.

La coalition qui l’avait ignoré et méprisé n’était plus et il ne manquait plus qu’un tout petit dernier détail pour que sa vengeance soit complète. C’est alors que l’on vint lui dire que Seth avait été retrouvée et qu’elle était vivante. Le chevalier des Gémeaux avait donc bel et bien tenu parole.

Horus ordonna qu’on le conduise à son ennemie sur-le-champ.

Lorsqu’il arriva auprès d’elle, il se concentra sur ses sens cosmiques pour parvenir à la distinguer malgré sa cécité. Elle était allongée sur le sol, brisée et apparemment privée de ses sens comme Saga l’avait promis. Horus établit donc un contact cosmique pour communiquer avec l’objet de sa haine.

- Comme je regrette que Râ m’ait pris mes yeux… J’aimerais tant pouvoir contempler le spectacle de ta déchéance.

- Horus ?

- Oui, Horus. L’origine de votre chute à toi et à tes amis… Croyais-tu que je pourrais résister au plaisir de me délecter de mon œuvre ?

- Pourquoi ? As-tu conscience de toutes les morts que tu as causées ?

- C’est une plaisanterie ? Croyais-tu que je laisserais le crime de Râ à mon encontre impuni ? Croyais-tu que je pourrais pardonner à Râ et Mardouk de t’avoir choisie toi et non moi pour faire partie de leur croisade ? Croyais-tu que je pourrais supporter l’insulte qui était faite à ma lignée et à son prestige ? Qu’ils ne me proposent pas de les rejoindre, qu’ils refusent de m’accepter quand je leur en ai fait la demande… J’aurais pu le pardonner. Mais que Râ me prenne mes yeux, le symbole de mon pouvoir ? Et surtout qu’ils m’humilient en choisissant de s’installer sur tes terres ? C’était cela le plus insupportable pour moi. C’est pour ça que j’ai demandé à Saga que ce soit toi qu’il me laisse et non Râ.

- Tu n’as toujours été qu’un parasite imbu de ta personne. Râ aurait dû te tuer…

- Evidemment qu’il aurait dû. Trop tard pour regretter dans son cas. Néanmoins, en ce qui te concerne, je te promets que tu auras tout le temps de le faire avant que je ne t’achève.

- Non, je pense éviter les regrets…

Mue par sa volonté malgré ses blessures, Seth enflamma son reste d’énergie, se releva à la vitesse de l’éclair et saisit la tête d’Horus entre ses mains. Celui-ci n’eut même pas le temps de réagir avant qu’elle ne lui brise le cou.

Ayant brûlé ses dernières forces, elle s’effondra en même temps que sa victime. Elle ne sentit que vaguement la douleur lorsque les coups des serviteurs d’Horus lui prirent la vie.


A divers endroits de la planète, de 18 à 20 heures


Le passage dimensionnel créé par Saga déboucha à proximité de l’ancien temple de Poséidon situé au bout du cap Sounion. Ignorant du fait que les corps inconscients d’Aristée de la Lyre et de son apprenti Orphée se trouvaient à peine à une trentaine de mètres de là, vaguement dissimulés derrière la rare végétation, le chevalier des Gémeaux allongea avec soin Aphrodite au sol. Il prit ensuite Deathmask sur son épaule et emprunta un escalier de pierre descendant dans la falaise. Il arriva finalement devant une geôle taillée à même la roche et dont la grille était ouverte.

Il jeta sans ménagement l’Italien dans la cellule avant de lui asséner un violent coup de pied dans le flanc. Cela eut pour effet de réveiller le Cancer qui gémit en se retournant.

- Enfoiré, où tu m’as emmené ? fit ce dernier en reprenant conscience.

Saga lui lança un regard indifférent puis lui tourna le dos, se dirigeant vers la sortie. Deathmask se remit sur ses pieds et voulut poursuivre celui qui était en théorie son frère d’armes, mais celui-ci lui ferma la grille au nez. Bien que dépourvue de serrure apparente, celle-ci ne bougea pas quand Deathmask voulut la rouvrir.

- Tu restes ici, dit Saga sans prendre la peine de faire face à l’Italien.

- C’est une blague ? Tu crois que ça va me retenir ? fit le gardien de la quatrième maison en saisissant les barreaux à pleines mains, tentant de les arracher.

- Oui, je le crois. Cette geôle possède des propriétés similaires à celle d’Ouranos. Tout ton cosmos ne t’aidera pas à en sortir. Néanmoins, à la différence de l’autre, cette cellule a la particularité d’être à la limite de la marée, comme tu peux le constater en remarquant les coquillages sur les parois. J’espère pour toi que tu es bon en apnée.

- Espèce de chien, tu crois que tu peux me faire ça alors que je n’ai fait que mon devoir ? De toute façon, seul le Grand Pope pourrait me condamner !

- Dans ce cas, dis-toi que je ne fais que prendre de l’avance sur mon entrée en fonction…

Saga quitta les lieux sans se retourner, laissant Deathmask tenter sans succès de tordre les barres de métal.


* * * * * * * * *


- J’ai fini, dit Gienah.

Il s’écarta de son œuvre afin que tous puissent l’observer. L’objet qu’il lui avait été demandé de mettre à l’abri était à présent prisonnier de ce qui ressemblait fort à un coffret de glace. Nabu, Sophia et Shamash s’approchèrent avec curiosité.

- On dirait une serrure, fit remarquer Nabu en désignant une petite cavité à l’avant du carcan de glace.

- C’en est bien une, répondit l’ancien chevalier du Cygne.

Il montra alors un petit cristal de glace d’environ cinq centimètres de long qu’il tenait dans la paume de sa main droite.

- Voici la clé.

- Comment cela marche-t-il ? interrogea le frère de Mardouk.

- La clé a été conçue à une température inférieure à celle du coffret, et est donc plus résistante. En la plaçant dans la serrure et en la tournant avec une force suffisante, elle va briser la glace et créer une rupture dans le réseau des atomes gelés, engendrant une réaction en chaîne qui fera fondre le coffret.

- Qu’entendez-vous par « force suffisante » ? demanda Shamash.

- Une force déployée par un être maîtrisant le cosmos… Ainsi vous n’aurez pas besoin que je sois là au moment où vous voudrez libérer l’objet tout en étant sûr qu’a priori personne ne pourra le récupérer sans la clé.

- Beau travail, fit Sophia en souriant.

Gienah lui rendit son sourire et fit face à Shamash.

- Donc à présent, si j’ai bien compris, je me tourne les pouces et profite de la propriété jusqu’à ce que vous ayez à nouveau besoin de moi ?

- Cela ne prendra pas longtemps, je vous l’ai promis. Je suis sûr que Sophia sera ravie de vous tenir compagnie, ajouta-t-il en lui adressant un clin d’œil. Je dois aller La voir, je vous laisse.

Tandis que Shamash quittait les lieux, Nabu tendit la main devant Gienah qui lui remit la clé. Ils parlèrent encore un moment de la méthode qu’avait utilisée le maître des glaces, puis laissèrent finalement le coffret de glace sur la petite table et quittèrent la petite dépendance. L’ancien chevalier du Sanctuaire jeta un œil au passage vers la chambre où dormait la dernière personne présente dans le manoir lorsqu’il était arrivé. L’homme n’avait pas bougé et paraissait toujours profondément assoupi.

- Il a l’air bien fatigué, fit remarquer Gienah. J’ai une chance de lui être présenté lorsqu’il sera réveillé ?

- Alinda ? Je ne l’ai pas vu conscient plus de deux heures depuis que je suis là, fit Sophia. Je crois qu’il a encore quelques tâches à accomplir pour Mardouk, tu auras peut-être l’occasion de lui parler après.

Pendant ce temps, Shamash avançait sur le sentier menant à la limite des protections du manoir familial de Rudy et les atteint après une quarantaine de minutes de marche très rapide.


* * * * * * * *


- Revoilà Shamash, dit Akiera.

- Vraiment ? Je ne perçois rien, fit Camus.

- Il est extrêmement discret, j’ai même bien failli le rater. Je n’ai d’ailleurs pas détecté de perturbations dimensionnelles, c’est comme s’il avait surgi du néant tout à coup.

- Mon maître est avec lui ?

- Non.

Le garçon eut du mal à cacher sa déception.

- Qu’est-ce qu’il fait ?

- Il ouvre un passage dimensionnel.

- Vers où ?

- Je ne suis pas sûr.

- On le suit ?

- Non, je pense que ton maître se trouve toujours quelque part dans le coin.

- Si jamais ce n’est pas le cas, on laisserait filer notre seule piste.

- Ne t’inquiète pas, tout est sous contrôle.

L’androgyne ne voulait pas en parler au garçon, mais il avait senti dans les replis dimensionnels que Kanon s’était lancé sur la piste du Babylonien.


* * * * * * * *


Les dernières heures s’étaient écoulées comme dans un rêve étrange pour Praesepe. A partir du moment où il avait pris sa décision, tout s’était passé comme si son corps avait agi de lui-même tandis que son esprit restait un spectateur lointain.

Il s’était rendu dans les quartiers les plus malfamés de la capitale grecque, les endroits où les êtres les plus vils tout comme les âmes en détresse venaient s’échouer. Il avait arpenté ces lieux de perdition à la recherche de son objectif et avait fini par trouver ce qu’il cherchait au détour d’une ruelle lugubre.

Une femme d’une trentaine d’années qui avait dû être belle avant que les épreuves de la vie ne l’enlaidissent et ne la vieillissent prématurément. Un être brisé, ne trouvant probablement un peu de réconfort que dans les paradis artificiels, et contraint d’exercer le plus vieux métier du monde pour subsister. Une épave, ni plus ni moins, que personne ne regretterait et qui accueillerait probablement la libération de son existence de misère avec joie.

La femme avait senti que quelque chose clochait quand le grand homme à la peau d’ébène s’était présenté devant elle. Elle se rendait bien compte qu’il n’avait pas grand chose en commun avec ses clients habituels. Toutefois, elle ne pouvait se permettre de cracher sur le moindre revenu. Sa beauté était en effet à ce point ternie que les hommes intéressés par ses services devenaient de plus en plus rares. Elle l’avait donc mené chez elle, une chambre minable dans un hôtel délabré, puant et bruyant. Le contraste avec le Sanctuaire et sa beauté antique où il avait l’habitude de vivre ne troubla pas Praesepe qui s’assura d’un coup d’œil qu’ils étaient biens seuls.

- Alors, beau mec qu’est-ce que tu voudras ?

- Votre corps.

Elle laissa tomber ses vêtements au sol devant l’œil froid de l’ancien chevalier du Cancer.

- Ca fera l’affaire ?

- Il faudra bien. Je suis désolé.

Le Seiki Shi Ki Meikai Ha frappa la femme à la vitesse de la lumière sans lui laisser le temps de comprendre. Praesepe rattrapa le corps avant qu’il ne s’effondre puis l’allongea sur le lit sale et désordonné de la pièce. Il utilisa alors son pouvoir pour ouvrir un passage vers la colline des morts.

Il apparut à proximité de la longue file des âmes effectuant l’ascension vers le gouffre marquant l’entrée du royaume d’Hadès. Il vit d’ailleurs l’âme de la femme marcher vers la longue procession et rejoindre les autres.

Il se détourna et, utilisant les lois particulières de l’endroit, s’envola vers le gouffre. Sonya était morte depuis plusieurs heures et il ne pouvait pas se permettre de perdre davantage de temps. Des milliers de personnes avaient dû périr de par le monde dans ce laps de temps et la retrouver allait sans doute être difficile au milieu de la foule des spectres.

Ce ne fut d’ailleurs pas sa femme qu’il repéra le premier, mais les chevaliers qui avaient été tués au même moment par les alliés de Mardouk. Alors que les autres âmes étaient souvent presque méconnaissables, vagues ombres ne conservant que quelques traits de leur existence terrestre, les guerriers sacrés apparaissaient en effet en ce lieu vêtus de leurs armures, comme si la conscience de leur protection les accompagnait jusqu’au dernier moment.

Se posant au niveau des âmes des chevaliers morts, Praesepe inspecta rapidement les ombres les précédant dans le flux. Il découvrit d’abord Patrocle. Les traits de son ancien élève étaient presque parfaitement reconnaissables. L’ancien chevalier du Cancer avait un jour théorisé que plus une personne était éveillée au cosmos dans sa vie, plus celle-ci conservait dans l’après-vie une apparence proche de celle qui était la sienne dans son existence terrestre.

Néanmoins, Praesepe savait que même s’il paraissait presque vivant, il n’existait aucun moyen pour lui de communiquer avec Patrocle. Le regard de ce dernier était vide, juste vaguement dirigé vers le gouffre. Pendant une seconde, l’homme à la peau d’ébène fut pris de remords à l’idée de laisser là son ancien apprenti et de n’aider que son épouse. Après tout, comme son âme allait déjà être damnée pour son acte, quelle différence cela ferait-il d’être deux fois damné ? Il chassa néanmoins ces pensées lorsqu’il aperçut Sonya quelques pas plus loin. Il resta paralysé sur place un moment, puis s’avança pour saisir fermement l’âme de la femme de sa vie et la forcer à quitter la file. Bien que le spectre n’ait presque aucune force, Praesepe sentait qu’elle tentait tout son possible pour rester dans la procession et poursuivre sa route, irrésistiblement appelée par la Fontaine Jaune entre les mondes.

- Tout va bien se passer, dit l’ancien Cancer aux oreilles du fantôme malgré l’inutilité de la chose. Je t’ai trouvé un nouveau corps. Tout va rentrer dans l’ordre…

Le spectre ne l’écoutait évidemment pas et tentait toujours de façon pathétique de rejoindre ses congénères dans le dernier voyage.

- Ne faites pas ça, dit une voix.

- Qui ?

Praesepe se tourna avec stupéfaction vers l’origine de la voix qu’il avait reconnue. Deathmask se tenait à quelques mètres de lui et le regardait d’un air préoccupé. Ou, plus exactement, l’âme de l’Italien, comme le remarqua Praesepe.

- Oui, je ne suis ici qu’en esprit, dit le chevalier d’or comme s’il devinait la pensée de son maître. Mon corps n’est… pas libre de ses mouvements en ce moment…

- Qu’est-ce que tu veux ? interrogea l’adulte sur un ton agressif.

- Quelle question… Je veux simplement que vous repreniez vos esprits. Vous savez parfaitement que vous devez pas faire ça.

- Pourquoi ? Pourquoi ne devrais-je pas le faire ? Elle m’a été arrachée de manière injuste. Il est en mon pouvoir de réparer ce tort, pourquoi devrais-je m’en priver ? Pourquoi devrais-je lui refuser une nouvelle vie ?

- Ca serait une parodie de vie, et vous l’savez très bien.

- Tu n’en sais rien… Et comment peux-tu t’opposer à moi sur ça ? Même si tu n’as jamais voulu l’admettre, je sais que tu tenais à elle aussi ! C’est sans doute même le seul être pour qui tu éprouvais un sentiment à peu près humain !

- C’est en partie vrai, et c’est pour ça que je veux pas que vous lui infligiez ça. Croyez-vous vraiment qu’elle voudrait de cette vie obtenue par un meurtre ? Pensez-vous qu’elle voudrait vivre dans la peau d’une autre, hantée par les souvenirs résiduels de celle dont elle aurait volé la place ? Elle deviendrait folle, vous deviendrez fou aussi. Et, croyez-moi, la folie n’a pas que des avantages.

Le jeune Italien adressa à son maître un sourire qui lui fit froid dans le dos.

- Je le sais, j’en fais tous les jours l’expérience. Vous vous en rendez d’ailleurs pas encore compte, mais je ne suis plus celui que vous connaissiez. J’ai enfin achevé ma mutation, je suis enfin réellement devenu Deathmask. Le Masque de la Mort, ce n’est plus uniquement ce nom que je m’étais choisi de façon instinctive, à présent c’est véritablement moi. Tout ça grâce à sa mort, ajouta-t-il en désignant l’âme de Sonya.

- Que veux-tu dire ?

- Je n’ai pas pleuré sa mort, vous savez. Tous les gens que j’ai tués aujourd’hui, et croyez-moi j’en ai tué quelques-uns, je ne les ai pas tués par envie de vengeance. Je les ai massacrés parce que ce jour est celui où le papillon est sorti de sa chrysalide. Cela aurait dû arriver depuis longtemps, cependant tant qu’elle était là, elle me rattachait encore au reste de l’humanité, m’empêchant de devenir vraiment moi-même. Elle était arrivée à me faire douter de ma destinée, à me faire penser que j’avais peut-être une place parmi vous autres. Maintenant, je sais que vous êtes tous des agneaux et que je suis le prédateur. Dire que je me réjouis de sa mort serait un petit peu exagéré, car je me souviens encore de ce que j’ai pu éprouver à son égard jusqu’à aujourd’hui. En vous demandant de ne pas la ramener, je fais un dernier cadeau d’adieu à l’homme que j’étais ce matin. Ne la détruisez pas, ne vous détruisez pas vous-même. Ce n’est pas ce qu’elle aurait voulu.

- Tu es complètement fou…

- C’est précisément ce que je veux vous dire. Evidemment ça serait plus facile de faire passer le message si je pouvais vous montrer comment j’ai refait la décoration de la Maison du cancer. Soyez bien sûr d’une chose : si vous faites ça, ce que je suis, vous le deviendrez.

Praesepe tint encore son épouse serrée contre lui un moment jusqu’à ce que les larmes lui montent aux yeux.

- J’ai besoin que tu me montres quelque chose, ma chérie…

Il enflamma son cosmos à son paroxysme et passa sa main sur les yeux de son épouse. Ceux-ci semblèrent reprendre vie pendant une brève seconde, retrouvant leur éclat et leur couleur. Cela ne dura pas, mais avait néanmoins été suffisant pour que Praesepe ait eu le temps de distinguer dans les yeux de sa femme le reflet de la dernière chose qu’elle avait contemplée avant de périr. Son assassin.

Il desserra alors son étreinte et la laissa partir. Le spectre rejoignit la procession des morts sans un regard en arrière, totalement inconscient de tout ce qui s’était passé.

- Joli tour, je vois qu’il y a certain secret que vous n’avez pas jugé bon de m’apprendre.

L’adulte ne répondit pas, suivant du regard sa femme tandis qu’elle disparaissait dans la procession.

- Je vous conseille aussi de ramener avec vous l’âme du corps que vous avez récupéré.

- Vas-t-en, fit Praesepe en séchant ses larmes.

- Je m’attendais à plus de gratitude…

- Tu me dis que tu te réjouis presque de la mort de ma femme, et tu t’attends à de la gratitude de ma part ? Va-t-en, je ne veux plus jamais avoir quoi que ce soit à faire avec toi.

- Vous allez heurter ma sensibilité… fit l’Italien en disparaissant.


* * * * * * * * *


Remontant des entrailles du Kilimandjaro, Shamash aperçut la lumière du Soleil au fond de la grotte qu’il parcourait. Emergeant finalement à la surface, il se retrouva sur le manteau neigeux recouvrant le sommet de la montagne étincelante. Alors qu’il pensait apporter de bonnes nouvelles, Elle l’avait plus que refroidi en lui apprenant les terribles événements qui avaient eu lieu tant en Libye qu’au Sanctuaire d’Athéna, puis en Egypte. L’excitation causée par la fin du travail d’Alinda avait laissé la place à la crainte quant au devenir de Mardouk qui était hors de Ses perceptions.

S’apprêtant à ouvrir un passage dimensionnel pour rejoindre ses compagnons en Allemagne, il ne sentit que bien trop tard un cosmos dans son dos.

- GENRO MAOKEN ! cria Kanon en attaquant le Babylonien dans le dos.

Un rayon de lumière jaune partit de l’index droit du frère de Saga et traversa le crâne du Babylonien. Le corps de ce dernier se raidit, tous ses muscles comme tétanisés. Paralysé, Shamash ne put que regarder, totalement impuissant, Kanon lui tourner autour et venir se placer devant lui.

- Pour une première tentative, j’ai l’impression que ce n’est pas trop mal réussi, commenta le cadet des Gémeaux. Mets-toi à genoux.

Incapable de contrôler son corps, Shamash obéit à l’injonction et s’agenouilla dans la neige.

- Pas mal réussi du tout, même. Très bien, maintenant tu vas me dire ce que tu es venu faire ici…


* * * * * * * *


Saga était en train de rejoindre le Palais du Grand Pope lorsqu’il sentit un cosmos tentant d’établir une connexion avec lui. Il ne lui fallut qu’une fraction de seconde pour reconnaître son cadet.

- Kanon ! Bon sang où es-tu ? Et qu’es-tu allé faire dans la bibliothèque du Pope en te faisant passer pour moi ?

Le chevalier d’or s’assura de bien transmettre la colère qu’il ressentait dans son message télépathique.

- Chaque chose en son temps mon cher frère. Je viens d’apprendre quelque chose qui devrait extrêmement t’intéresser. A tel point que tu devrais être très reconnaissant pour… la petite liberté que j’ai prise.

Saga sentait que son frère était calme, pas impressionné pour un sou par sa colère et, surtout, parfaitement sûr de son fait.

- Très bien. Qu’as-tu à me dire ?

- Je sais où se trouve la déesse que servent Mardouk et ses larbins.

Le chevalier des Gémeaux ne parvint que difficilement à contrôler ses émotions et fut certain que son cadet avait perçu sa stupéfaction. En théorie, Kanon n’était même pas au courant de l’existence de cette mystérieuse entité dont Mardouk défendait apparemment la cause.

- Très bien, je t’écoute.

- J’ai l’impression que tu as changé de ton… persifla Kanon.

- Arrête et parle !

- Quelle impatience soudainement…

- Ne crois surtout pas que cela t’épargnera des explications à ton retour.

- Comme je te l’ai dit : chaque chose en son temps. Elle se trouve au Kilimandjaro, dans un réseau de grottes sous le sommet. A toutes fins utiles, je te rappelle que je suis censé ne pas exister, si jamais on te demande d’où tu tiens cela…

- C’est mon problème.

Kanon rompit la communication tandis que Saga arrivait devant la porte donnant sur la salle d’audience de Sion.

- Enfin quelques vraies bonnes nouvelles à annoncer au Grand Pope, songea Saga.


* * * * * * * *


Aioros et Shura venaient de s'engager sur le chemin devant les ramener du temple du Cap Sounion au Sanctuaire. Laissant l'ancien lieu du culte de Poséidon derrière eux, ils gravissaient à présent un long escalier de pierre. Aristée de la Lyre et son jeune apprenti leur emboîtaient le pas tout en finissant de reprendre leurs esprits.

Se sentant redevables envers ces derniers, les deux chevaliers d'or leur avaient raconté en grande partie la bataille qui les avait opposés aux Kaos.

- Je ne vous remercierai jamais assez, dit Aioros. Votre contribution à la réussite de cette journée aura été très importante.

- Je pense que vous auriez fini par vous entendre avec Mardouk malgré tout, fit Orphée. Vous vous ressemblez beaucoup.

Shura sourit à la perspicacité du gamin.

- En tout cas, ce soir, nous pouvons fêter la paix ! dit l'Espagnol.

- La paix ? Quelle paix ? les interpella une voix.

Surpris, les quatre compagnons levèrent les yeux vers la personne qui descendait les escaliers à leur rencontre. Il fallut plusieurs secondes à Aioros pour admettre qu'il s'agissait bien du chevalier des Gémeaux.

- Saga ? Mais... Comment nous as-tu trouvés ?

- Par pur hasard. Il y a plus important...

Le Sagittaire plongea son regard dans celui du frère d'armes qu'il considérait encore comme son ami malgré leur récent différent et comprit instantanément que celui-ci avait de terribles nouvelles à lui annoncer.

- Que s'est-il passé ?


* * * * * * * * *


- Il reprend connaissance, dit Paul à l'intention de ses compagnons.

Rudy venait en effet d'ouvrir les yeux qui allaient à droite et à gauche pendant qu'il reprenait ses esprits.

- Que s'est-il passé ? Où sommes-nous ? demanda l'Allemand.

L'Amérindien lui raconta en détails les événements de la journée depuis sa capture.

- Tu nous as permis de nous échapper du Sanctuaire, conclut Moki. Tu nous as emmenés ici, en Allemagne apparemment.

-Pourquoi nous as-tu transportés dans cette forêt, que s'y passe-t-il ? demanda Mani.

- Rien qui ne vous concerne, répondit Rudy en se relevant péniblement avec l'aide de Paul.

- Nous devrions savoir de quoi il s'agit, rien que pour déterminer si nous devons nous occuper de ces envoyés du Sanctuaire.

- Quoi ? Des chevaliers ici ?

- Oui, fit Moki. Je ne pense pas qu'ils nous aient suivis, néanmoins ils sont arrivés peu de temps après nous. J'ai également cru sentir la présence de Shamash, très brièvement toutefois.

Le vieil homme prit quelques secondes de réflexion.

- Vous devez partir, tout de suite. Je vais vous renvoyer en Egypte.

- Et les chevaliers ? Nous pouvons aider, fit Mani.

- Je pense que vous avez assez "aidé" pour la journée, répliqua l'Allemand d'un ton sec en commençant ses incantations. Je vous remercie d'avoir voulu me porter secours... Cependant je pense que c'était une mauvaise idée, terriblement mal exécutée.

Le garçon voulut protester, mais le visage fermé de Rudy ne l'incita pas à le faire.

Une fois que ses quatre compagnons eurent disparu, l'Allemand tourna ses pensées vers Hanpa qui devait toujours être occupé à chercher Mardouk.

- J'ai besoin de toi, mon ami, dit l'Allemand une fois qu'il eut établi le contact avec l'homme à l'allure de démon.


* * * * * * * *


Deathmask ne respirait plus que grâce à une minuscule poche d'air. Lorsque l'heure de la marée était arrivée, l'eau salée avait petit à petit rempli la cellule, contraignant le chevalier à prendre de la hauteur pour trouver une cavité qui lui permettrait de survivre.

Il devait néanmoins économiser son souffle autant que possible pour ne pas épuiser sa réserve d'oxygène, même s'il y en avait probablement d'autres dans la cellule. Il lui fallait survivre jusqu'au lendemain afin de travailler à trouver un moyen de s'échapper.

Il était occupé à maudire une énième fois Saga lorsqu'il sentit le cosmos de ce dernier entrer en contact avec le sien.

- Tu viens profiter du spectacle ? interrogea-t-il d'un ton rageur.

Devant l'absence de réponse, l'Italien réfléchit rapidement avant de poursuivre.

- Si t'es pas là pour me narguer, j'imagine que t'es revenu pour me faire sortir. Je me trompe ?

Saga resta silencieux un long moment avant de s'exprimer finalement.

- Crois bien que j'aurais préféré te laisser croupir ici, mais, étant donné la situation actuelle et le fait qu'Aphrodite sera hors de combat pour plusieurs jours, le Grand Pope a décidé de t'offrir une chance de racheter ta vie.

- Dis plutôt que vous pouvez pas vous passer de moi. Tu savais depuis le début que jamais vous m'auriez laissé crever ici.

- Si cela n'avait tenu qu'à moi...

- A d'autres. Bon, qui je dois tuer pour vous faire plaisir ?

- Je te le dirai en chemin.

Deathmask sentit la grille de la geôle s'ouvrir, prit son inspiration puis plongea afin de sortir en nageant.

Il émergea sur les marches de l'escalier menant à l'ancien temple de Poséidon, Saga le surplombant quelques marches plus haut. Le chevalier des Gémeaux était déjà occupé à ouvrir un passage dimensionnel vers l'Afrique et plus précisément les environs du Kilimandjaro.


* * * * * * * *


Marie n'avait presque pas bougé depuis que Praesepe l'avait quittée plusieurs heures plus tôt, son immobilité étant presque aussi totale que celle de son plus jeune fils. On avait beau eu lui dire qu'Aiolia s'en sortirait sans séquelle et qu'elle ferait mieux de se reposer en attendant son réveil, elle était tout simplement incapable de détourner son regard de la petite forme alitée.

Il suffit pourtant d'un seul mot pour la faire sortir de sa torpeur.

- Maman...

Elle se tourna vers l'entrée de la chambre et découvrit son fils aîné. Elle devina les larmes qui avaient dû couler jusqu'à très peu de temps sur les joues d'Aioros, plongea son regard dans ses yeux rougis.

- Pourquoi... Pourquoi leur as-tu dit d'aller au Sanctuaire ? Si tu n'étais pas venu ce matin... Il serait toujours envie ! Où étais-tu quand ils avaient besoin de toi ?

La colère contenue dans la voix de sa mère heurta Aioros qui ne put que bredouiller une réponse.

- Je... Je suis désolé. Je ne pouvais pas savoir... comment les choses allaient tourner. J'ai essayé de faire en sorte que tout aille bien. Je croyais avoir réussi...

De nouvelles larmes, abondantes, coulèrent sur le visage du chevalier d'or. Réalisant à cette vue la dureté et l'injustice de ses mots, Marie se leva pour prendre son fils dans ses bras.

- Non, excuse-moi... Ce n'est pas ta faute.

- Je croyais vraiment avoir réussi... Mais, alors même que je pensais atteindre mon but, tout était déjà irrécupérable. Pendant que j'étais occupé à fabriquer la paix... Papa était assassiné.

- Tu as essayé de faire de ton mieux, j'en suis sûre.

Elle le serra encore plus fort, lui passant la main dans les cheveux comme lorsqu'il était enfant jusqu'à ce qu'il se calme.

Aioros s'écarta légèrement de sa mère afin de pouvoir la regarder dans les yeux.

- Tu as fait ce que tu croyais être juste... Ce que ton père croyait être juste, dit-elle d'un ton apaisant.

- Maman... Tu comprends que je ne peux pas rester.

Elle se tendit légèrement et détourna le regard.

- Oui.

- Cette histoire doit se finir. Et pas de la façon dont j'aurais souhaité...

- Je sais.

Elle lui tourna le dos et alla se rasseoir auprès d'Aiolia.

- Je ne veux pas avoir à veiller sur un deuxième de mes fils ou à enterrer deux personnes au lieu d'une.

- Je reviendrai.

Il quitta la chambre et l'hospice du Sanctuaire pour se diriger vers la montée des douze maisons. Sa détermination augmentait à chaque marche du grand escalier, se teintant progressivement d'une colère froide. Elle était si visible qu'aucun de ses frères d'armes n'osa l'interrompre lors de son ascension, ni même lui présenter ses condoléances.

Lorsqu'il se retrouva face à Sion, il fit fi de toute forme de protocole en prenant la parole avant d'avoir été invité à le faire et sans la moindre révérence envers son supérieur.

- Je repars immédiatement et vais terminer le travail que j'ai commencé. Je m'étais juré de régler cette affaire par la diplomatie ou dans le sang. Le sort a opté pour la deuxième solution.

- Tout d'abord, toutes mes condoléances. Ensuite, Shura m'a fait son rapport. Je suis désolé que tes efforts à résoudre une situation aussi ardue aient été vains. Tu étais parvenu à un accord qui aurait eu mon aval.

- Nous aurions pu changer le monde avec eux... Mais ce n'est plus la peine d'en parler.

- Es-tu sûr de vouloir repartir tout de suite au lieu de rester auprès de tes proches ? Tu ne sais même pas où trouver Mardouk.

- Si.

- Comment ?

-Lorsque nous nous sommes... serrés la main pour sceller notre accord, j'ai marqué avec mon cosmos la protection de son avant-bras. Cela agira comme une balise me permettant de le retrouver où qu'il soit dans le monde.

Aioros put percevoir la surprise de son interlocuteur bien que les traits de celui-ci soient dissimulés par l'ombre de son casque.

- Je ne m'attendais pas à une telle manœuvre de ta part.

- Vous m'avez confié une très grande responsabilité. Je ne pouvais pas m'imposer de limites pouvant m’empêcher de l'assumer.

- Es-tu certain que tu pourras le tuer après ce que vous avez vécu aujourd'hui ?

- Oui, j'en suis sûr.

- Eh bien, pas moi ! dit une voix venant de derrière le trône du Grand Pope.

Aioros se mit en garde en voyant l'inconnu venir vers eux. Il s'agissait d'un homme blond d'une taille et d'une carrure impressionnantes, vêtu d'une armure relativement peu couvrante bien que finement ciselée.

- Repos, Aioros, fit le Grand Pope en levant une main. L'ange Akhilleús est un envoyé de l'Olympe. Tu peux le considérer comme mon... invité.

- Mes maîtres exigent la mort de Mardouk et des siens. Ce chevalier est trop sympathique à leur cause pour faire le travail. Nous exigeons que vous chargiez quelqu'un d'autre de cette tâche !

Le regard d'Aioros alla du Grand Pope à l'ange : comment ce dernier pouvait-il oser formuler des exigences dans un tel endroit et comment le Grand Pope pouvait-il le tolérer ? Le chevalier se rendit compte que si Sion cédait à cet ordre, toute l'estime qu'il avait pour le maître du Sanctuaire pourrait bien partir en fumée. La réponse de ce dernier le rassura donc largement.

- Vos exigences sont sans poids. Vous n'êtes plus le bienvenu ici, si vous ne l'avez jamais été. Retournez auprès de vos maîtres et dites-leur que nous réglerons cette affaire à notre façon.

- Inacceptable !

- Tu peux disposer, Aioros, fit Sion en ignorant ostensiblement l'intervention de l'ange. Prends Shura avec toi.

Le Sagittaire hocha la tête et quitta la salle sans un seul regard pour Akhilleús.

- Vous jouez un jeu dangereux, dit l'ange au Grand Pope en regardant Aioros quitter les lieux. N'oubliez pas votre place !

- Ma place est d'être le premier serviteur d'Athéna, pas de suivre les ordres d'un laquais de l'Olympe, fit Sion qui ne s'était toujours pas tourné vers l'ange depuis son apparition.

- Prends garde mortel ! N'imagine pas que j'hésiterais à répandre ton sang en ce lieu !

- Voilà des propos qui me semblent bien menaçants... N'allez-vous pas trop loin pour un simple laquais ?

- Un laquais qui a déjà versé le sang d'un Grand Pope !

Cette fois-ci, le Grand Pope se tourna sur son trône pour regarder son interlocuteur.

- Comprendrais-tu, crétin de mortel ? C'est moi qui ai éliminé ton prédécesseur après votre guerre contre Hadès, fit Akhilleús avec un sourire. Il était aussi impertinent que toi et avait lui aussi provoqué l'ire de l'Olympe. N'as-tu jamais réfléchi que son assassin l'avait atteint ici même, au sommet du Sanctuaire, alors que la guerre ne faisait que commencer et que nombreux étaient encore les chevaliers d'or à protéger cette montée ? Cela ne t'a-t-il pas frappé quand je suis apparu ici la première fois ?

Sion se leva de son siège, marcha vers l'ange jusqu'à se tenir face à lui puis prit encore de longues secondes avant de parler.

- Si, cela m'a frappé.

Le sourire de l'ange s'effaça.

- Vous pourrez d'ailleurs constater en essayant que l'artifice qui vous permettait d'ignorer la protection d'Athéna ne fonctionnera plus pour vous. Cette salle est totalement coupée du reste du monde depuis que le chevalier du Sagittaire l'a quittée. Personne ne pourra nous rejoindre ni même percevoir ce qui se passera ici.

- Où veux-tu en venir, mortel ? Veux-tu venger ton prédécesseur ?

- Cela se pourrait bien. Je voudrais surtout vous montrer que personne ne peut venir en ce lieu en oubliant que "Grand Pope" est un titre qui devrait inspirer la crainte.

- Tu crois me faire peur ? fit l'ange en se mettant néanmoins en position de combat. Tu n'as pas les mêmes pouvoirs que le Pope Akbar. Et même si tu me terrassais, crois-tu que l'Olympe laisserait ma mort impunie ?

- Vous oubliez que le monde est actuellement parcouru par un dangereux fauteur de troubles venu de Babylone. J'ai bien peur que vous ne soyez très bientôt rajouté à la liste de ses victimes.


* * * * * * * *


Kanon savait qu'il ne pouvait pas attendre l'arrivée de son frère à découvert étant donné que celui-ci serait probablement accompagné. Il hésitait à rejoindre Akiera et Camus, mais estimait que les événements qui allaient suivre en ce lieu étaient très certainement plus importants que la poursuite du maître du jeune chevalier d'or.

Il décida d’observer les événements à partir d'une dimension adjacente et d'intervenir en cas de besoin. En outre, il devait se débarrasser de son prisonnier qui était toujours sous l'influence du Genrô Maô-Ken.

- Another Dimension, dit-il en concentrant son cosmos.

- Une chose... dit alors Shamash au moment où son corps commençait à être emporté par le coup du frère de Saga.

- Comment, tu peux parler ? Le Genrô Maô-Ken aurait dû te soumettre totalement à ma volonté.

Le Mésopotamien bondit sur Kanon, le saisit et, d'une projection parfaite, l'envoya dans la brèche de la réalité qu'il venait lui-même d'ouvrir.

- Je ne crois donc pas que vous maîtrisiez encore très bien cette technique, dit Shamash en étant à son tour emporté.


* * * * * * * *


Mardouk contemplait le corps sans vie de Tokoyo en silence. Il passa la main dans les cheveux de la belle Japonaise en faisant toutefois attention à ne pas retirer les roses qui la couvraient.

- Tu auras au moins eu la chance de périr face à un adversaire honorable, mon amie.

Si le Babylonien ressentait une fureur difficile à contenir envers le Sanctuaire (et plus particulièrement, selon toute vraisemblance, envers le chevalier du Cancer) pour le massacre qui avait eu lieu dans le campement, il ne parvenait pas à éprouver de haine véritable pour le chevalier des Poissons dont les roses du linceul de Tokoyo étaient la signature.

La Japonaise était morte en combattant alors que la plupart des autres avaient probablement été massacrés dans leur fuite. Jamais le Babylonien n'avait imaginé que les choses pourraient tourner ainsi.

S'il avait toujours envisagé sa mort et celles des autres membres éminents de son alliance, il avait considéré que les hommes de troupe s'en sortiraient en majorité indemnes.

Il se pencha sur le corps de son amante et l'embrassa pour la dernière fois.

- Attends-moi, je ne serais probablement pas long.

Il se releva et regarda ses compagnons qui étaient apparemment plus occupés à se crier les uns sur les autres qu'à vérifier s'il restait des survivants au milieu des cadavres. Le hasard avait fait que le groupe de Mani et Moki avait rejoint le campement quasiment en même temps que celui de Mardouk et c'était tous ensemble qu'ils avaient découvert le désastre et tenté de comprendre les événements de la journée. Khamakhya était pour sa part revenue de son poste de garde auprès d'Elle quelques minutes plus tôt. La découverte du corps d'Horus avait toutefois répondu à de nombreuses questions. Les hommes de ce dernier avaient eu le malheur de servir d'exutoire à la colère générale et à celle de l'héritière de Kali en particulier.

Le Babylonien était conscient que l'alliance qu'il avait mis tant de temps à rassembler s'apprêtait à voler en éclats et ce fut d'un pas lourd qu'il rejoignit ses compagnons.

Tous se turent à son arrivée.

- J'assume la responsabilité de tous ces morts, dit-il. J'étais celui qui voulait éviter le conflit avec le Sanctuaire quand d'autres militaient pour une attaque préventive avant que les chevaliers d'or ne soient formés. J'imagine que vous ne m'écouterez pas si je vous dis de ne pas exercer de représailles envers le Sanctuaire.

- Tu plaisantes ! hurla Mani. Regarde ce qu'ils ont fait !

- Si nous les attaquons, nous nous entre-détruirons. Nous laisserions la planète sans protection.

- Protection ? releva Quetzalcóatl.

Il fit un grand geste pour englober les environs.

- Je ne suis pas enclin à compter sur des hommes capables de cela pour protéger l'humanité.

- Je sais ce que vous ressentez. Je vous rappelle que j'ai perdu la femme que j'aimais et mon meilleur ami aujourd'hui. Néanmoins, vous devez tenir compte des conséquences qu’aurait une attaque du Sanctuaire.

Il vit dans les regards qui le fixaient que ses mots n'en avaient atteint que bien peu.

- Le Grand Pope a ordonné ou autorisé cette attaque. Le chevalier du Cancer a dû l'exécuter. Ce sont des criminels de guerre, ils méritent tous deux la mort. En outre, la plupart des chevaliers d'or sont encore jeunes. En décapitant le Sanctuaire, peut-être pourrons-nous en convertir certains à notre cause.

- C'est donc cela ton plan : attaquer de front le domaine d'Athéna pour prendre la tête du Pope ?

Quetzalcóatl opina, imité par la majorité des autres. L'ancien roi des Toltèques était de fait le nouveau leader de la coalition du Babylonien.

- Je ne m'opposerai pas à vous par la force, pourtant vous savez que je le pourrais. Qui reste avec moi ?

Inanna et Ogier sortirent du rang et vinrent se placer à ses cotés. Calli, Bolthorn, Aac, Khamakhya, Moki, Paul, Mani et son garde du corps restèrent avec Quetzalcóatl.

- Bonne chance, dit le Babylonien avant de tourner le dos à ses anciens alliés et de partir en marchant.

- Que faisons-nous, à présent ? demanda Ogier lorsqu'ils eurent parcouru une trentaine de mètres.

Mardouk le regarda avec un sourire triste.

- Maintenant, nous rassemblons tous les corps sur un bûcher. Nous passerons ensuite au plan de rechange.


* * * * * * * *


- Je perçois une présence, dit Akiera. Suis-moi, mais n'utilise surtout pas ton cosmos.

Camus acquiesça et emboîta le pas à l'adulte en silence. Ils progressèrent dans la forêt avec agilité et autant de rapidité qu'ils le pouvaient sans avoir recours à leurs capacités surhumaines.

Ils arrivèrent bientôt dans une petite clairière qui offrait un point de vue sur une vallée où coulait un torrent.

- J'ai à nouveau égaré la piste, constata soudain Akiera. J'ai perdu toute connexion avec les autres dimensions, la zone doit être protégée par des enchantements vraiment très puissants.

- Que fait-on alors ?

- On ne se fie plus à nos perceptions cosmiques qui sont amoindries.

- Dans ce cas, s'il faut se fier aux sens ordinaires... Vous voyez ça ?

- Quoi ?

Le jeune chevalier d'or indiqua du doigt ce qui ressemblait à une habitation entourée d'arbres située quelques kilomètres plus bas dans la vallée. L'androgyne haussa les épaules.

- Pourquoi pas, je n'ai pas mieux à proposer en tout... ATTENTION !

Akiera et Camus bondirent de côté juste à temps pour éviter un tronc d'arbre chutant du ciel qui vint s'écraser au milieu de la clairière. Le bois explosa à l'impact, propulsant des débris dans toutes les directions.

- En voilà un autre ! cria le jeune Français en enflammant son cosmos.

Un nouveau tronc d'arbre volait dans leur direction mais ne les atteignit toutefois pas. Le chevalier du Verseau intercepta en effet le gigantesque projectile avec un vent d'air froid qui gela le bois en plein vol, puis le fit exploser.

Tandis qu'il pleuvait des cristaux de glace, Akiera enflamma à son tour son cosmos. Il avait rapidement évalué d'où le tronc avait été lancé et projeta avec son poing une rafale d'énergie vers le ciel.

La décharge cosmique monta avant de s'abattre environ quatre cents mètres plus loin dans la forêt, provoquant une gigantesque explosion, des dizaines d'arbres étant déracinés et projetés dans les airs.

- Vous n'y êtes pas allé de main morte... remarqua Camus au bout de quelques secondes.

- Je ne suis pas réputé pour ma modération. Toutefois, je crois que j'aurais justement dû avoir la main encore plus lourde.

Le bruit d'un pas lourd leur parvenait effectivement dans la direction de l'impact. Ils distinguèrent bientôt une silhouette gigantesque, bien plus grande et massive que n'importe quel homme au point qu'elle devait écarter les arbres de son chemin pour les rejoindre.

- Quelle est donc cette chose ? demanda Camus au moment où il distingua plus nettement la créature qui s'approchait.

Il ne s'agissait effectivement pas d'un homme, ni même d'un être de chair et de sang. C'était une construction mécanique faite de rouages et de bronze, un prodige divin surgissant de l'antiquité.

- Il s'appelle Talos, dit une voix venant de la gauche de la clairière. On dit que c'est le dieu Héphaïstos lui-même qui l'a créé.

Camus se tourna vers la voix tandis qu'Akiera faisait toujours face à l'homme de bronze.

Hanpa s'avança entre les arbres et vint se placer face au jeune chevalier d'or.

- Vous n'auriez pas dû essayer de me retrouver, dit la voix de Gienah venant de la direction opposée.


* * * * * * * *


- Je m'en veux de ne pas être resté les aider. Et si jamais d'autres envoyés du Sanctuaire arrivaient ? demanda Sophia.

- Pour le moment ils sont à trois contre deux, répondit Rudy. Je suis sûr que tout ira bien pour eux.

- En outre, tu sais que nous avons besoin de toi, ajouta Nabu.

Ils se trouvaient tous les trois à l'autre extrémité de la forêt et avaient entendu les premiers bruits de la bataille.

Un passage dimensionnel s'ouvrit alors, d'où surgirent Mardouk, Inanna et Ogier.

- Le temps presse, annonça sans préambule l'ancien seigneur de Babylone. Les autres ont décidé d'attaquer le Sanctuaire, nous n'avons que peu de temps pour mettre notre plan à exécution.

- Et-tu certain que cela soit la meilleure chose à faire ? interrogea Inanna. Si jamais nous n'arrivons pas à les rallier derrière nous ensuite...

- Ils seront mis devant le fait accompli et n'auront pas le choix, coupa Mardouk.

- C'est ce qu'Elle pense, corrigea Nabu.

- L'heure n'est plus au doute, insista le cadet.

Il se tourna vers Rudy.

- Mon ami, tu as une mine terrible.

- Ca ira.

- Non. Fatigué et diminué, tu ne me sers à rien. Prends le temps de régénérer tes forces.

Mardouk se tourna alors vers son aîné qui lui tendit l'objet enfermé dans la glace ainsi que la clé.

- Je veux que tu ailles auprès d'Elle afin de La protéger. Tu l'accompagneras, Inanna, ajouta-t-il à l'intention de la guerrière.

Les deux chargés de mission semblèrent un instant vouloir protester, mais leur chef les réduisit au silence d'un geste.

- Nous ne pouvons plus nous permettre d'assumer l'ignorance du Sanctuaire quant à nos plans et nos secrets, conclut-il d'un ton qui ne tolérait pas la réplique.

Nabu et Inanna hochèrent la tête en réponse.

- Les autres, avec moi, conclut le Babylonien en ouvrant un nouveau passage dimensionnel.


* * * * * * * *


- J'ai l'impression qu'il y a un accès par ici, dit Deathmask en désignant ce qui ressemblait à l'entrée d’une grotte s'enfonçant dans la neige.

- Vas-y, je te rejoins, répondit Saga.

L'Italien lança un regard interloqué à son compagnon puis sentit deux cosmos dont un particulièrement impressionnant qui s'approchaient à grande vitesse.

- Qui que ce soient, ils ont l'air sérieux. J'espère que tu vas crever la gueule ouverte, dit le Cancer avant de s'élancer vers le passage.

- Drôle d'encouragement, souffla Saga en se tournant de façon à faire face aux arrivants.

Il vit une forme ailée passer rapidement au-dessus de lui et reconnut à son cosmos Inanna. Elle ne semblait pour sa part pas intéressée par lui et poursuivit son vol, sans doute en direction d'un autre accès au souterrain.

L'autre nouveau venu s'avançait pour sa part tranquillement en marchant.

- Inutile d'essayer de vous faire entendre raison ? demanda Nabu pour la forme.

- Inutile.


* * * * * * * * * *


Le Sanctuaire avait été semble-t-il presque entièrement évacué. Aucun garde, aucun chevalier des rangs inférieurs ne vint se dresser sur le chemin des envahisseurs.

- Où sont-ils tous ? demanda Paul.

- Ils s'attendaient probablement à ce que nous revenions et ne voulaient pas nous opposer de victimes expiatoires, répondit Moki.

- Ils avaient tout simplement peur que nous fassions comme eux, ajouta Mani.

Ainsi débarrassé de sa population et de toute activité, les lieux ressemblaient à des vestiges antiques semblables à ceux que des touristes venaient du monde entier admirer quelques kilomètres plus loin. Ils atteignirent l'escalier menant à la première maison, celle du Bélier.

- Laissez-moi le gardien de celle-là, dit Aac. Il est de mon peuple.

Quetzalcóatl lança un bref regard à son compagnon et comprit que celui-ci ne reviendrait pas sur ses intentions.

- Regardez ça ! dit soudain Bolthorn.

L’homme de Blue Grad indiquait à ses compagnons un gigantesque édifice au sommet duquel était gravé une horloge zodiacale. Des flammes bleues venaient de s’allumer au-dessus de chacun des signes.

- Qu’est-ce que cela signifie ? interrogea Paul.

- Qu’ils savent que nous sommes ici, répondit Quetzalcóatl. Allons-y.

Ils gravirent rapidement les marches avant de s’arrêter lorsqu’ils virent l’ombre du chevalier d’or s’avancer vers eux.

Aac fit signe à ses compagnons d’attendre et alla à la rencontre de Mû. L’étonnement du garçon lorsqu’il put distinguer clairement les traits d’Aac fut flagrant. Il avait l’impression de se trouver face à un miroir vieillissant.

- Ce visage… Qui êtes-vous ? demanda le gardien de la première maison.

- Nous sommes tous deux des descendants du peuple de Mû, dont tu portes le nom. Tu n’es pas seul et isolé comme tu l’as toujours cru. Cependant nos liens ne s’arrêtent pas là. C’est moi qui suis venu annoncer au Grand Pope que tu étais né, toi dont le destin était de perpétuer la tradition des chevaliers du Bélier mûviens. C’est moi qui t’ai mené à Jamir alors que tu n’étais encore qu’un nourrisson afin que le chevalier du Cancer te trouve. Je suis ton frère, Aac.


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Diomède s’inquiétait de plus en plus au sujet de Stellio et échangeait régulièrement des regards lourds de sous-entendus avec Jason. L’ancien chevalier du Lézard transpirait abondamment, marmonnait presque continuellement et avait du mal à articuler correctement lorsqu’il s’adressait à eux. Il paraissait en fait de plus en plus fébrile au fur et à mesure qu’ils semblaient se rapprocher de leur objectif. Les chevaliers de Pégase et de la Carène commençaient d’ailleurs à croire que leur enquête allait bel et bien déboucher sur quelque chose.

Utilisant les contacts locaux du Sanctuaire, ils avaient commencé à remonter la trace de la secte vers laquelle Pélias les avait orientés. Leurs informateurs ne pouvaient pas leur révéler grand-chose sur ce groupe religieux et ses activités, même pas quelle divinité ou maître ils adoraient. Tout au plus avaient-ils appris que ces derniers se faisaient appeler les « Suivants du Fils du Chaos ». L’appellation était cependant trop vague et pouvait s’appliquer à trop de personnages mythiques différents pour être réellement révélatrice.

En revanche, ils avaient eu quelques noms de personnes connues pour traiter avec la secte et, au bout de quelques entrevues plus ou moins musclées, étaient finalement parvenus à obtenir l’adresse d’un édifice où plusieurs adeptes étaient censés vivre.

Diomède aurait préféré une infiltration discrète, toutefois avec Stellio cela se serait probablement révélé difficile. Ils avaient donc indiqué à leurs contacts ce qu’ils allaient faire en leur demandant d’en informer le Sanctuaire. Leur plan d’action était simpliste : se rendre à la porte d’entrée du bâtiment, taper à celle-ci, puis improviser à partir de là.

- Pas de réponse, fit Jason au cinquième coup sur la lourde porte de bois.

Stellio marmonna alors quelque chose de parfaitement inintelligible.

- Pardon ? fit Diomède.

- Ouvert. C’est ouvert, parvint à articuler le maître chevalier avec un effort visible.

Jason tourna la poignée de la porte qui s’ouvrit effectivement. Le spectacle qui s’offrit à eux à l’intérieur les glaça un moment.

- Je crois qu’on aurait pu attendre un moment que l’on vienne nous ouvrir, dit finalement le chevalier de bronze.

Cinq hommes gisaient dans le hall d’entrée de ce qui ressemblait à une sorte de temple. Ils avaient été tués très peu de temps auparavant, avec une grande barbarie.

- Le bon côté des choses est que nous sommes probablement au bon endroit, fit Jason en fermant la porte derrière eux. Reste à savoir si l’être que nous sommes venus trouver s’est soudainement lassé de la compagnie de ces hommes… Ou alors si nous ne sommes pas les seuls à vouloir lui mettre la main dessus.


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Shura était absolument stupéfait par la vitesse sidérante à laquelle Aioros fendait les cieux tout en le portant dans ses bras. Le Capricorne ne pensait pas qu’il était possible de maintenir une telle célérité pendant aussi longtemps, même avec la protection d’une armure d’or. La quantité d’énergie que devait dépenser son ami devait en outre être effroyable, pourtant le Sagittaire ne semblait pas le moins du monde faiblir ou montrer de signe de fatigue.

- Tu es sûr qu’il est nécessaire d’aller aussi vite ? demanda Shura.

- Oui. Mardouk peut faire des sauts dimensionnels. Il vient d’en faire deux de suite, si nous ne le rattrapons pas rapidement, on pourrait lui courir ainsi après pendant des jours. Prépare-toi, nous sommes presque arrivés.

Shura regarda le paysage qu’ils survolaient à vive allure

Le sol était d’ailleurs difficilement visible, caché en grande partie sous une mer de nuages. Des pics rocheux en émergeaient à intervalles réguliers, dominés par une structure gigantesque, une construction humaine faite d’un nombre incalculable de blocs de pierre. Un visage était taillé dans la roche vers le sommet.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Shura.

- La prison des troupes d’Hadès, érigée à la fin de la dernière guerre sainte.

- Comment sais-tu ça ?

- J’y étais hier. Quand j’espérais encore que cette histoire ne dégénère pas…

Shura sentit les regrets contenus dans la voix de son ami.

- Peut-être que nous pourrons encore arranger les choses…

- Je ne vois pas vraiment comment.

Aioros commença à descendre, se dirigeant vers le piton rocheux où Mardouk l’avait mené moins de vingt-quatre heures plus tôt et où il se trouvait apparemment à nouveau.

- Quelle journée, quand je pense qu’elle n’est même pas encore finie… songea le Sagittaire.

- Ils sont là-bas ! dit Shura qui les aperçut en premier.

Mardouk et ses deux compagnons ne les sentirent apparemment arriver qu’au dernier moment. Ils ne se tournèrent en effet dans leur direction qu’au moment où Aioros atterrit à une dizaine de mètres d’eux. Le Sagittaire posa son compagnon au sol puis marcha vers le Babylonien qui vint à sa rencontre. Celui-ci arborait un sourire triste.

- Nous y étions presque, n’est-ce pas ? dit-il.

- Presque, oui, répondit Aioros.

- Nous voilà obligés de combattre à cause d’une situation dont nous ne sommes pas responsables.

- J’imagine que cela était inéluctable, quels que soient nos efforts.

- En fait, il reste encore une solution. Risquée, mais elle existe.

- C’est pour cela que vous êtes là ?

- Oui. J’ai besoin du sceau d’Athéna.

- Pourquoi faire ?

Mardouk se contenta de sourire.

- Vous réalisez évidemment que je ne vous laisserais pas faire, dit une voix.

- Je vous attendais, Dohko de la Balance, dit Mardouk en se tournant vers le vieux maître qui marchait dans leur direction en s’appuyant sur sa canne.

Aioros se rendit compte qu’il ne s’était pas rendu plus compte de son arrivée que la première fois.

- Cependant, j’avoue que j’espérais que vous seriez seul, soupira Mardouk. Je ne sais pas comment tu m’as retrouvé, Aioros, mais tu me compliques la vie...

Dohko vint se placer à la droite d’Aioros.

- Nous sommes trois chevaliers d’or contre vous, dit le vieil homme. Repartez, vous n’avez aucune chance.

- Je suis loin de partager cet avis. En outre, l’un de mes compagnons est une vieille connaissance à vous, fit le Babylonien en désignant la jeune femme qui l’accompagnait.

Si Aioros avait rencontré l’autre allié de Mardouk, Ogier, le matin même, il n’avait en revanche aucune idée de qui elle pouvait être. Le Sagittaire se rendit compte néanmoins que ce visage semblait effectivement très familier à Dohko.

Le vétéran de la dernière guerre sainte tremblait même de surprise. Si sa peau n’était pas déjà d’une teinte violacée sans doute aurait-il changé de couleur.

- C’est impossible, murmura-t-il d’une voix tremblante.

La jeune femme s’approcha et toisa le vieillard avec un regard rempli de colère.

- Même après deux cents ans, je vois que vous n’avez pas oublié mon visage, cracha-t-elle.

- Athéna… murmura Dohko.

Les regards d’Aioros et de Shura allèrent du vieux maître à la jeune femme avec stupéfaction.

- Athéna ?! firent-ils simultanément.

De longues secondes passèrent sans que personne ne dise un mot, la jeune femme continuant à foudroyer le chevalier de la Balance du regard. Ce dernier parut toutefois reprendre de la contenance et lorsqu’il reprit la parole ce fut d’une voix à nouveau assurée.

- Non, la déesse s’est désincarnée de cette enveloppe charnelle à la fin de la dernière guerre sainte. Tu es Sophia.


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