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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Le voile du temps

 

 

 

La terre d’Asgard se recouvrit par trois fois de son manteau immaculé avant que le Seigneur d’Odin rappelle à lui ses valeureux guerriers. Après être revenus de leurs périples lointains, après avoir châtié Kratourn, ramené un fragment de la Corne d’Abondance des Terres de Brume, sondé les entrailles de la Terre jusqu’au tombeau de Kragden, les serviteurs d’Odin se retrouvèrent dans la Forteresse Sacrée. C’est là que leurs routes se séparèrent réellement pour la première fois. Hanz, Liu, Ryusei, rejoints par Thendrik, vieille connaissance, et Canagan, jeune guerrier Celte rallié à Odin, furent chargés de la défense du Royaume. Etablis à Troudheim, ils repoussèrent les assauts de pillards et d’Elfes Noirs toujours menaçants. Parfois, lors de certaines nuits particulièrement sombres, des Odjurwigs surgissaient et se mêlaient à ces razzias. Les combats étaient alors plus terribles encore, mais les guerriers d’Odin ne faiblirent pas. Chaque combat les renforçait, Gunther se montrant un maître attentionné dans leur formation. S’il se montrait sévère, il aimait ses guerriers et fut pour beaucoup dans leur éveil au rang d’Einherjar. C’est au cours de la seconde année qui suivit la séparation que Gunther mena ses hommes en Germanie. Eluontios et sa horde ravageait l’Occident et la Germanie depuis deux automnes. A trois reprises, il s’était aventuré en Asgard et avait menacé Troudheim, sans jamais néanmoins aller jusqu’au siège. Il semblait mû autant par la soif de violence que par une sombre quête. Une année durant, Gunther et les siens le pistèrent. Ils rencontrèrent maints dangers, connurent la peur, la faim, la défaite même dans une forêt enchantée du fin fond de l’Occident. C’est dans cette dernière qu’ils découvrirent par hasard un immense temple pyramidal. Ils ne purent en apprendre davantage, une puissante magie et des hordes de spectres les pourchassant alors pendant des jours. Finalement, éreintés, ils retrouvèrent Asgard lorsque Thenséric vint à leur rencontre. Ce dernier avait organisé en leur absence la défense du Royaume et, suivant les ordres de la Grande Prêtresse d’Odin, fut chargé de réunir tous les élus. En effet, c’est au cours de cette troisième année que les huit autres élus revinrent de leur longue absence, porteurs de nouveaux espoirs.

 

Alors que le voile sombre de la guerre s’étendait sur l’Occident et la Germanie, la Dalmatie connut à cette époque une période de calme étrange. Détruite par les serviteurs du Seigneur au Poing Noir, ce dernier avait fait de cette terre devenue stérile son royaume. Aucune force étrangère ne pouvait y accéder. Rien ne filtrait. Les divinités grecques voisines ressentaient simplement son pouvoir grandir chaque jour et se préparaient à recevoir l’assaut, finalité certaine de ce calme apparent. En ce sens, le Sanctuaire déployait ses forces dans toutes les terres hellènes, à l’exception des terres consacrées à Poséidon et de l’Olympe. Les Guerriers Sacrés s’entraînaient durement. Seth, Harald, Nekkar et Darkhan poursuivaient leurs recherches à propos de Gygès. Les pistes étaient peu nombreuses mais l’une d’elles les mena au fin fond de l’Anatolie, aux marges de la Mésopotamie. Cette terre était cependant trop hostile pour pouvoir y pénétrer et ils ne purent pousser plus avant leurs investigations. Du moins ils purent rapporter d’inquiétants rapports, qui recoupaient d’autres sources d’informations : Enlil, puissante divinité de ces terres fertiles, préparait sans se cacher des forces capables de submerger le monde. Ce n’était pas là le seul motif d’inquiétude pour les serviteurs d’Athéna ; il semblait qu’en Péloponnèse, aux confins de montagnes reculées, Eris levait une troupe afin de prendre sa revanche sur sa famille qui l’avait reniée. Séléné, Nevali, Pallas et Artholos eurent maille à partir avec de nombreux guerriers aux pouvoirs proches des leurs. Si, à aucun moment, le Sanctuaire ne sembla perdre la mainmise sur la Grèce, le spectre de la guerre ne cessait de grandir et la population s’agitait, telle un malade pris de convulsions lors d’une forte fièvre. Le Sanctuaire dut, à maintes reprises, user de la force pour préserver un semblant de calme et de justice parmi son propre peuple.

 

De nombreux échos vinrent des terres plus lointaines. Seth, divinité infernale aux ambitions démesurée, étendait son pouvoir sur l’ensemble de l’Afrique, entre la Grande Mer Intérieure et l’Océan de Sable. Son culte réclamait des sacrifices humains, chose nouvelle et aberrante en Egypte. Certains y virent l’influence de Bhaal et d’Anat qui siégeaient en Canaan depuis leur fuite d’Astragoth. Difficile cependant d’en être totalement assuré, ces divinités  faisant ce qu’il faut pour qu’aucun imprudent ne puisse revenir de ces terres devenues maudites pour les Mortels. De l’Asie lointaine, les échos n’étaient pas plus rassurants. Darkhan, revenant de la Province du Wullao Fang avec son titre de Guerrier Sacré de Bronze du Dragon, avait rapporté des nouvelles peu rassurantes. Les Esprits de la Mère Nature avaient été réveillés par Tien Mou, mère de ces terres mystérieuses. Ceci prouvait l’imminence d’un danger que seules ces forces mystiques pouvaient affronter avec une chance de vaincre.   

 

Voici ce que les annales retinrent de ces trois sombres années. La suite devait cependant montrer qu’il ne s’agissait que des premières pluies d’une tempête divine qui allait se déchaîner sur la Terre jusqu’au désastre final. La trame funeste attendit un printemps pour se rappeler aux Elus. Ce fut un songe noir qui annonça la naissance du déluge.

 

 

 

Songes funestes

 

 

 

La femme, d’une grande prestance s'avança. De son corps, on ne voyait presque rien. Une aura brune l’étreignait presque totalement, laissant son seul visage transparaître. Sa peau semblait aspirer la lumière du soleil qui baignait le champ de bataille. Par moment, elle semblait se confondre avec la montagne qui se dressait à l’horizon, ou était-ce l’inverse, la montagne semblait naître de son aura. Divers tatouages rehaussaient ses yeux en amande, noirs et sans expression, et ses traits éthérés signes d’une essence divine. Appuyée sur un bâton qui semblait quelconque, elle regardait en souriant les derniers survivants fuir. Après quelques instants, elle disparut, pour réapparaître devant les hommes, pétrifiés par la peur. Les cris d’épouvante masquèrent bientôt le ricanement de la dame qui admirait le résultat. Elle n’avait prononcé qu’un mot. Le premier homme était toujours debout, mais sa tête se trouvait dans la main gauche de la femme. Son plus proche voisin n'était plus qu'un monticule de chairs informes. Le troisième, déchiqueté en plusieurs morceaux qui ne retombaient pas, flottait autour de la femme. Le dernier, lui,  n'avait rien. Il était simplement pétrifié. Il venait de voir le nouveau visage de la femme.

« Cesse de trembler, Mortel, il n’est pas donné à tout le monde de croiser le regard d’une déesse. Ninhursag, Dame des Montagnes. N I N H U R S A G : dis à ton maître que je viendrais le chercher. Dis à ton maître qu'il n'aurait jamais dû souiller notre terre de Mésopotamie. »

Aux pieds de Ninhursag, un autre corps gisait, en armure celui-là. S'il n'y avait pas eu cette armure, on n’aurait pu deviner qu'il s'agissait d'un corps humain. L'armure était dorée, avec des reflets plus orange. Alors qu’un faible halo quittait le corps du malheureux, les pièces de cette dernière se regroupèrent en silence pour former un totem qui semblait représenter une femme-oiseau. La déesse regarda longuement ce dernier, admirant le travail de fins armuriers. Elle s’attarda plus longuement sur la flûte qui l’avait intriguée quelques minutes plus tôt, au plus fort de la bataille.

« Toi, dit-elle en regardant le corps gisant à ses pieds, toi, merci pour ton air. Tu m'as distraite. Je demanderai donc à Enlil que nous ne ravagions votre domaine qu'en dernier. »

Le visage se retourna alors vers le spectateur de cette scène irréelle, au plus profond de son sommeil. Ce visage était immonde. Il n'était pas laid, il était effrayant, insupportable à regarder : le contempler signifiait quitter le monde des Mortels pour rejoindre les profondeurs de la terre. Le regarder signifiait mourir.

« Quant à toi n'oublie pas mon nom : N I N H U R S A G ! Moi, je ne t’oublierai pas ! »

Le cœur se mit à battre la chamade. Il poussa un cri de terreur qui le sortit de son sommeil. Avait-il rêvé ? N’était-ce qu’un cauchemar ? Le sang monta soudainement au cerveau. Il cherchait un chemin pour sortir. La boîte crânienne fut bientôt le théâtre d’une lutte entre les chairs endolories et les os qui tentaient désespérément d’empêcher l’implosion de la tête. Le sang se mit en quête d’une nouvelle voie … les yeux, il avait trouvé. Il allait sortir tel un torrent des orbites du malheureux et assouvir sa soif de liberté. Brusquement, le jeune homme se releva, touchant son visage à la recherche de sang. La douleur avait disparu, son cœur se calmait petit à petit. Les larmes qui coulaient sur la joue et se mêlaient à sa sueur le réconfortèrent. Ce n’était qu’un cauchemar.

 

***

 

Asgard. Montagnes Blanches.

 

Ichiuton avait écouté toute la conversation sans broncher. Il avait lu sur le visage tourmenté de Tiralon ses sentiments contradictoires. Tiralon devait accomplir de grands sacrifices pour suivre la voie tracée par son nouveau Maître. Mais son passé était encore trop présent et le retenait de glisser plus encore sur cette voie sans retour. Sans cesse, il devait lutter contre ses propres démons mais, chose admirable, il n’avait de cesse de s’occuper du sort de ses deux compagnons. C’est pour cela que le Thrace admirait Tiralon ; il espérait être un jour aussi brave et puissant que lui.

 

Il se souvint de la Ziggourat où tout avait commencé. Il avait failli tuer son compagnon dans un accès de folie généré par cet endroit maudit. Théoléon n’avait pas eu la chance d’avoir Tiralon à ses côtés quand la mort avait décidé de le prendre. Parfois, cette folie meurtrière le reprenait, il tuait alors en éprouvant un réel plaisir ; dans ces moments, le Guerrier Noir du Cerbère était incontrôlable. Seul Ichiuton pouvait l’arrêter. Rien d'étonnant à ce que Argéthuse se méfie de lui. Le Guerrier Noir de la Chimère n’avait aucun état d’âme vis-à-vis de son compagnon et de ses accès de folie meurtrière. Pour lui, l’important était de pouvoir utiliser cette rage au combat, pas de sauver cette âme en détresse. L’Indicible ne l’avait pas brisé, la peur, il ne la connaissait pas. Plutôt si, il ne la connaissait que trop bien. La Chimère Noire se servait d’elle pour tourmenter ses adversaires. Ses deux compagnons ne l’avaient jamais vu utiliser la moindre technique de combat. Le Cerbère Noir usait de ses pics acérés et de son souffle mortel. Tiralon, quant à lui, était capable grâce aux pouvoirs du Centaure Noir de déclencher des tempêtes et des tornades incandescentes qui carbonisaient jusqu’aux atomes. Argéthuse était différent. La seule chose que ses compagnons savaient, était que ses victimes préféraient se suicider plutôt que de subir son regard. Ichiuton avait longuement réfléchi aux paroles énoncées par ses deux compagnons. Il ne voulait pas être un obstacle, ni pour Tiralon, ni pour Argéthuse. Et soudain il sut ce qu'il devait faire.

Il repoussa doucement Tiralon, et fit un pas en avant, croisant le regard du Centaure Noir  avec toute la fierté qu'il put rassembler.

« Je resterai ici comme garant de notre mission mes amis, dit-il d'une voix ferme. Retournez voir le Maître. Nous devons trouver une explication à ce cauchemar. Je tiendrais mon rang. Les serviteurs d’Odin n’iront nulle part où je ne pourrais les suivre. »

Tiralon le regarda avec stupeur, ouvrit la bouche pour protester, puis la referma aussitôt, tandis que son regard exprimait soudain toute la fierté que lui inspirait le comportement courageux de son compagnon. Ils échangèrent une chaleureuse accolade, puis Tiralon se tourna vers Argéthuse, et dit d'un ton froid : « Très bien, tu as toute notre confiance. Je sais que tu résisteras à l’appel de la folie. Cette vision cauchemardesque, nous l’avons tous subie. Toi plus qu’aucun autre, est sensible à cette peur. Je sais que tu la vaincras. Nous reviendrons dès que possible. »

Argéthuse le toisa, un sourire glacé sur son beau visage aux traits durs. Tiralon passa devant lui, et ils disparurent bientôt dans le brouillard glacé. Après quelques minutes, Argéthuse empoigna Tiralon, son visage tordu de fureur tout près de celui du Centaure Noir trop surpris pour avoir anticipé le mouvement.

« As-tu perdu la tête ? Cette vision était d’une puissance terrifiante, nul doute qu’Ichiuton en ai souffert plus que nous deux réunis ! Il risque de compromettre notre mission ! Tu aurais dû rentrer avec lui ! siffla-t-il d'une voix étranglée de colère.

Tiralon ne bougea pas. Il répondit calmement :

- J’ai confiance, il réussira. Sa peur du Maître transcendera celle de cette vision. Il va puiser dans cette épreuve une force nouvelle. Nous aurons besoin d’elle, bientôt, très bientôt. Les serviteurs d’Odin reviennent avec des Armures et des Armes d’essence divine. Cette femme semble représenter une menace terrible, y compris pour le Maître. Je te le répète, nous aurons besoin de la fureur guerrière d’Ichiuton, mais il doit faire ce chemin seul.

Tiralon ajouta, s'adressant à son compagnon d'un ton où perçait une légère moquerie :

- D'ailleurs, tu devrais apprendre, toi aussi, à te maîtriser, je croyais que c’était là ta force.

Argéthuse lâcha Tiralon, et recula. Son expression bouleversée fit très vite place à sa froideur habituelle, mais son regard examinait son compagnon avec une incrédulité qu'il ne parvenait pas à cacher.

- Soit, dit-il enfin, nous verrons. Je te fais confiance, tu es notre chef et tu nous as toujours menés à la victoire. Je suppose que cette vision funeste m’a tourmenté plus que je ne le pensais. J’espère que le Maître aura une réponse à nous fournir, car ce nouveau péril risque de bouleverser grandement nos plans.

- Ne t’inquiète pas Argéthuse, ce nouvel avatar pourrait bien jouer, au contraire, en notre faveur. Je ne pense pas que cette Divinité s’adressait à nous en particulier. Je pense qu’elle s’est adressée à tout le genre humain et que sa fureur va, au contraire, nous servir ».

 

***

 

Asgard, Forteresse Sacrée

 

« Que devons-nous faire, Majesté ? »

Agenouillés devant le trône sur lequel avait pris place la représentante d’Odin, Thenséric et Gunther ne cachaient pas leur inquiétude. La semaine avait pourtant bien commencé. Les élus d’Odin s’étaient enfin retrouvés après de longues années de séparation. Si Ryusei, Hanz, Liu, Thendrik et Canagan étaient devenus des Einherjars redoutés, Akurgal et ses autres compagnons avaient quant à eux achevé une quête initiatique encore plus fascinante.  Ils avaient, après de nombreux périples, rejoint un gouffre caché au fin fond de la Forêt des Elfes Noirs qui les avait mené dans d’autres temps. Lors de la guerre qui vit la fin des Ases membres de la famille d’Odin, ces derniers purent en dernier ressort enfermer leurs assassins dans des mondes coupés du temps. Un par un, les élus avaient pénétré ces mondes ignorés des Mortels, respectant ainsi une vieille prophétie qui se chantait lors des longues veillées d’hiver dans les villages d’Asgard. Ils avaient lutté pendant des jours, des semaines, des mois contre ces ombres funestes. Ils s’étaient éveillés aux secrets d’un pouvoir ancestral et les avaient terrassés. Revêtus des Armures et porteurs des Armes Divines des Ases, ils étaient revenus à la Forteresse porteurs d’espoir[1]. Forts de leur nouveau statut, ils ne doutaient pas de pouvoir lutter contre tous les périls qui menaçaient Asgard. Hélas, l’espoir ne dura pas.

 

La prêtresse se leva et fit signe aux deux guerriers de se relever et de la suivre. Sans un mot, elle les conduisit dans le temple des Ases, petite pièce où dix autels étaient disposés en cercle autour d’un feu qui ne s’éteignait que l’on prenait soin d’alimenter en permanence.

« Huit de nos Ases ont été vengé, leurs âmes ont été libérées des Mondes où le temps cesse d’exister. Thrall, Ase d’Ull, Rahotep, Ase de Forseti, Akurgal, Ase de Thor, Inyan, Ase de Bragi, Dimitre, Ase de Tyr, Nibel, Ase de Balder, Meijuk, Ase de Vali, Bjarnulf, Ase de Vidar et enfin Memnoch, Ase d’Heimdall. Seul Hoenir demeure prisonnier. Bientôt, un nouvel élu viendra pour le libérer.

- Les Ases sont de retour parmi nous grâce aux élus, mais est-ce suffisant ? Ce songe, Erda, vous l’avez eu, nous l’avons eu, tout le monde l’a eu. Cette Ninhursag s’est adressée à l’ensemble des habitants d’Asgard. Nos guerriers sont-ils seulement de taille à affronter cette déesse qui semble nous menacer ?

- Sans oublier, compléta Gunther d’une voix inquiète, les songes dont vous nous avez fait part. Ces Guerriers Noirs, le spectre d’Allani-Ettitu qui ne disparaît pas des étoiles … »

Erda écoutait ses hommes de confiance tout en fixant le feu qui éclairait les autels de pierre blanche. Sans se détourner, elle répondit d’une voix à peine audible.

« Les Guerriers Noirs semblent venir des Terres du Sud, de Grèce certainement. Il faudra découvrir ce qu’ils nous veulent. Je ne sais pas si le spectre d’Allani-Ettitu demeure dans la voûte céleste : il apparaît et disparaît, comme si la déesse tentait de revenir à la vie, quelque part. C’est pourtant impossible, le courroux d’Odin l’a tuée … »

Sans se détourner, elle tendit une lettre à ses hommes, en même temps qu’elle la récitait :

 

« Face aux menaces multiples, conscient que notre seul courage ne pourra pallier nos faiblesses, Odin a pris la décision de nouer contact avec celle que l’on nomme Athéna. Cette dernière s’est déclarée Protectrice de l’Humanité et aime à le faire savoir partout dans le monde. De ce fait, elle est une ennemie de nos propres ennemis. Je mande les porteurs de cette missive afin de prendre contact avec des représentants de cette déesse. Qu’elle renonce à vouloir imposer son pouvoir sur notre terre d’Asgard, royaume dont seul Odin est le seul à pouvoir garantir la sécurité. Qu’elle respecte à tout moment les habitants de notre pays. En échange, nous nous battrons contre tous ceux qui représentent une menace commune, nous échangerons nos connaissances afin de mener à bien ce juste combat. Une fois que nous aurons triomphé, qu’Athéna s’occupe de l’humanité à l’exclusion d’Asgard qui restera sous la stricte autorité d’Odin. Telle est la seule proposition de notre souverain divin, non négociable. En retour, je demande, si ce pacte est conclu, que tous mes serviteurs considèrent ceux qui servent cette Athéna et cette déesse elle-même comme des personnes à respecter. Je ne tolèrerai pas de provocation ou de blasphème. Si ce pacte devait être refusé,  nul serviteur d’Athéna ne sera le bienvenu ici, jamais. Je laisse le soin à mes ambassadeurs de convenir des dangers communs qui nous accablent et des mesures à prendre pour y mettre fin. »

 

Dans un premier temps, Gunther ne cacha pas son excitation et ses yeux se mirent à briller d’espoir :

« Majesté, cette lettre veut-elle dire qu’Odin lui-même vous a parlé ?

- Non.

- Mais alors, reprit Thenséric l’air inquiet, que signifie ...

La Dame ne détourna pas son regard. Elle semblait ailleurs et récitait un monologue qu’elle avait soigneusement préparé depuis des jours, dans la solitude de sa chambre.

- Nous sommes confrontés à des dangers qui dépassent nos frontières. Il est à présent certain que les Guerriers Noirs viennent de Grèce, donc de la terre d’Athéna. Je le sais de source sûre.  Ils portent des Armures Sacrées que seuls les guerriers d’Athéna portent. Ninhursag est une déesse étrangère et je sais que son songe fut projeté dans l‘esprit à tous les Humains, il s’agit donc là d’une menace qui transcende Asgard. Si Allani-Ettitu essaie de revenir à la vie, quelqu’un doit l’aider. Les Elfes Noirs, Eluontios, Loki : autant de dangers qui menacent toujours le Royaume. Sans occulter Astragoth qui déverse son torrent de maléfices sur le monde en ravageant une partie de nos propres terres. Nous devons nous servir d’Athéna et de ses guerriers. Nos élus ont noué des contacts avec certains de ses guerriers. D’ailleurs, ils sont venus jusqu’ici et sont en quelque sorte à l’origine de l’ouverture d’Astragoth. Athéna sera certainement heureuse de compter un allié de poids dans sa lutte pour la sauvegarde du monde. Il sera temps, plus tard, d’asseoir notre indépendance. Ma décision est prise. Faites porter cette lettre en Grèce. Qu’Akurgal en soit le porteur, c’est le plus sage de tous. Il saura trouver les mots. Que les Ases choisissent quelques Einherjars et qu’ils partent le plus tôt possible. Thenséric, tu aideras Gunther à sauvegarder le sud du Royaume.

- Majesté, se crispa Gunther. Thenséric est assurément un grand guerrier, mais il conviendrait de laisser des Ases parmi nous. Nos hommes sont fatigués. Et qui défendra la Forteresse Sacrée si des Einherjars se joignent à cette ambassade ? Laissez-nous au moins Hanz, Canagan et Ryusei, ce sont les trois plus capables de …

La prêtresse leva sa main droite sans se retourner.

- Suffit Gunther. J’ai dit. Asgard sera sous bonne garde, crois-moi. Je sais ce que je fais. Ne remets plus jamais mes décisions en doute.

- Bien, Majesté, répondit le guerrier roux en baissant la tête sous le regard incrédule de Thenséric qui partageait l’avis de son compagnon d’arme mais qui savait plus que tout autre que la prêtresse ne reviendrait pas en arrière.

- Il en sera fait selon vos attentes : ils partiront demain matin aux aurores », conclut-il en fermant les yeux de dépit.

 

 

 

Juste cause

 

 

 

L'absence de réponse des soldats de faction l'avait plongé dans une profonde perplexité. Voilà quatre jours que la prêtresse d’Athéna n'avait donné signe de vie depuis son départ. Les habitants du modeste village vaquaient ainsi à leurs occupations quotidiennes. Scribes et bûcherons, hommes de force ou d'esprit développaient à leur façon les ressources dont avait besoin le Sanctuaire, sous la bienveillante protection de la représentante d'Athéna. Aimée de tous et de toutes, elle prodiguait conseil et redonnait courage dans les tourments du chaos ambiant.

Retenant un juron, l'homme avait failli lâcher prise. Suspendu des deux mains à une saillie rocheuse, il reprit peu à peu ses esprits face à l'adrénaline de la chute évitée. Les appuis incertains qu'il avait choisis lui rappelèrent qu'un minimum de prudence serait de mise. Il avait évité le pire, sa tête commençait à lui tourner. Niché dans une anfractuosité naturelle, il décida de souffler un moment et de faire le point. Voilà deux jours qu'il arpentait les crevasses et les vastes collines de cette partie de la Grèce. D'après ce qu'il avait pu apprendre, la prêtresse aimait à s’y rendre pour des raisons qui lui était propres. Balayant du regard l'immensité rocheuse qui s'offrait à lui, l'homme ne pu retenir un soupir. Aucune piste, aucune trace n'avaient pu aiguiller ses recherches. Tout n'était qu'un vaste tourment rocheux s'offrant à lui. Sentant les prémisses de la fraîcheur nocturne, l'homme s'alimenta de manière frugale. Il avait voyagé léger, axant la priorité sur les réserves d'eau potable, qui se faisaient de plus en plus rare de par le réchauffement général observé ces derniers temps.

Réfrénant l'inquiétude qui lui barrait le front, il s'imposa de respirer plus lentement. Le dos collé à la paroi, assis en tailleur, il tenta de ralentir son activité corporelle, de calmer la tension qui couvait en lui. Le calme et la sérénité l'avaient toujours aidé à y voir plus clair. Son père, une fois de plus, s’était montré un excellent guide.

Alors il sut. Fermant les yeux, il se concentra pour écouter pulser son énergie. Il avait encore du mal à maîtriser l'opération. Mais pourtant l'environnement finit par s'imprimer dans son esprit. Quelle douce et libre sensation que de pulser au rythme du Kosmos. Inexpérimenté, il ne pouvait cependant rester très longtemps dans cet état. Il focalisa alors son esprit dans toutes les directions, à la recherche des vibrations. Malgré ses hésitations, il n'eut aucune mal à percevoir une douce pulsation, vibrante et rayonnante. Comme un phare dans la nuit, son esprit la distinguait clairement, lui indiquant sans nul doute possible la localisation de la personne à qui appartenait ce formidable Kosmos. Rouvrant les yeux, il reprit rapidement ses esprits, malgré le doux bourdonnement qui planait encore dans sa tête.

Après un délai incertain de course et d'escalade, il avait fini par retrouver la personne dont émanait cette fabuleuse énergie. A sa vue il ne put retenir un sourire ému, emprunt de respect et de retenue. Une haute prêtresse d'Athéna, protectrice de l'humanité, se dressait devant lui, et de sa mise simple semblait pourtant pulser une douce lueur bienfaisante. La clarté lunaire rehaussait la pâleur et la beauté de cette femme à l'âge indéterminé. La noblesse de ses traits mettait en valeur son regard azuré, dans lequel on semblait lire sagesse et compassion. D'une grâce éthérée elle s'avança lentement vers l'homme agenouillé. Plaçant délicatement ses doigts sous le menton, elle lui redressa avec douceur la tête qu'il avait inclinée.

« Redressez-vous jeune Asturias, fidèle protecteur d'Athéna. »

Captivé par son sourire, il eut toutes les peines du monde à ne pas bredouiller des propos inintelligibles. Finissant par se racler la gorge, il parvint néanmoins à articuler :

« Noble dame, pardonnez ma présence, je ne souhaitais nullement vous importuner. Mais c'est la confusion qui a guidé mes pas jusqu'à vous.

Voyant qu'il avait l'écoute de l'auguste gardienne, il continua :

- Je ne sais quelle voie suivre. Depuis peu, j'ai acquis une puissance que je souhaitais ardemment, une force me permettant d'avoir les moyens de défendre mes buts et mes idéaux. Mais pourtant j'ai peur ... j'ai peur de ne pas savoir la maîtriser ... la contrôler. J'ai peur de m'en servir à mauvais escient, de perdre de vue ce que je suis sensé défendre et d'en être corrompus.

Regardant ses mains les doigts écartés, comme pris d'une vague irrépressible de tristesse, Asturias ouvrit son cœur sans masquer les doutes qui l’assaillaient :
- J’ai suivi les préceptes de mon père. Je me suis instruis toute ma jeunesse dans les choses de la guerre, profitant de mes instants de repos pour apprendre, lire, encore et encore. J'ai tué des hommes pour progresser, j'ai tué des hommes pour m'éveiller à la puissance. Ils étaient guidés par leur égoïsme et leur intérêt, bandits, brigands renégats... ils avaient choisi la voie de la violence. Mais n'y avait-il pas d'autres solutions ? J'ai peur de perdre la compassion qui m'a toujours guidé, peur de devenir combat après combat de plus en plus insensible à la détresse de ce monde. Toutes ces guerres ne finiront-elles pas par fausser mon jugement ? La terrible Ninhursag, qui a sondé nos âmes, qui défend à sa manière son peuple, ne me fait pas peur par sa puissance, mais me terrorise pour ce qu'elle est. Un vecteur de vengeance et de colère, usant sa force pour répandre sa volonté. Je doute parce ma quête m’a montré que je pouvais être puissant, et j’en ai éprouvé une grande fierté, je suis devenu vaniteux, un bref instant, mais un instant»

Il regarda la haute prêtresse dans les yeux :

- Noble dame, dans ma soif de justice j'ai peur de finir par tuer des innocents, peur de bafouer celle que je sers et que j'honore de toute mon âme.

 Le Dalmate ne prit pas la peine de baisser son visage pour masquer ses larmes.

- Asturias ... Ainsi, je te retrouve. Enfin, tu es venu à moi. Toi aussi, tu as réussi dans ta quête. Je t'en félicite. D’abord, Frank, puis Mâa, Shiro depuis une semaine et, enfin, toi. Il ne reste plus que l’Etranger.»

Un homme était assis, adossé à un rocher. Un lourd manteau le recouvrait, mais on pouvait apercevoir quelques bandages rougeâtres au niveau des mains et des pieds.

« Que fais-tu ici à te lamenter ? Quelles sont ces questions ? Tu doutes, et je n'aime pas ça, Asturias, Guerrier Sacré d’Argent d’Arachné. Tu as tué, et alors. Moi aussi j'ai tué. J'ai même tué mon premier être divin il y a un mois  et, tu vois, cela ne m'a pas traumatisé. Je t’avais dit de trouver des réponses, de te débarrasser de ton carcan illusoire. »

L'homme se dressa d'un seul coup, mais eut du mal à cacher qu'il souffrait de combats récents. C'était Ludoxandros. Otant la capuche qui couvrait son visage, il s'approcha des deux personnes. Ce n'était plus réellement le même Maître de Crystal croisé il y avait quelques années dans les couloirs du Sanctuaire. Cet homme semblait avoir pris 10 ans. Il était marqué par le temps, par un poids de plus en plus lourd à porter.

« C'est étonnant que tu nous ais trouvés. Tu as certainement repéré mon Kosmos ; tu progresses, c'est bien. Bientôt, tu pourras, comme tes compagnons, découvrir d'autres vérités, comme je viens moi-même de les entrapercevoir.»

Ludoxandros marqua un temps d'arrêt comme s'il revoyait des événements récents particulièrement pénibles. Il reprit : « Je n'aime pas la chaleur. On transpire, c'est sale. Le froid est si pur ; il régénère la vie, fait naturellement le tri : les faibles n'y résistent pas. Sais-tu, Asturias, que le métal et la pierre peuvent imploser si le froid devient trop intense ? Sais-tu que l'on peut, que je pourrais te toucher 1000 fois que tu ne le saurais même pas. 1000 fois, que dis-je, 1000000 ! »

Il soupira un instant et ferma ses yeux sombres, puis lâcha d’une voix inaudible : « Oui, maintenant le désert est purifié. Oh ma douce aimée, je n'ai pas failli. Je porte en moi tout mon ... »

Ludoxandros se tut. Il serra le poing. Il rouvrit brusquement ses yeux et fixa durement Asturias.
« Que fais-tu là, Guerrier d'Athéna ? Cesse donc de gémir ! Débarrasse-toi de ces remords inutiles et méprisables ! As-tu puni cette maudite Arachné au moins ?

Le Dalmate se releva sans essuyer les traces d'humidité sillonnant ses joues. Il inclina la tête pour saluer Ludoxandros  qu’il n’avait pas aperçu à son arrivée.

- Seigneur Ludoxandros, vous avez toujours été de bon conseil. Vous m’avez ouvert l’esprit. Pourtant, je ne vois que deux manières de défendre la sauvegarde de l'humanité, haut précepte de notre Sainte Déesse. Protéger les hommes de tous les périls qui les menacent. En tant qu'espèce, mille et un dangers peuvent porter atteinte à leur sauvegarde. La maladie, les désastres ou la rigueur naturelle et même la folie ou l'égoïsme qui habitent le coeur des Hommes. Peut-être est-ce là la volonté de notre déesse, sauvegarder une espèce en respect de l’équilibre d'un ordre naturel. Tout comme nous pourrions le faire nous-mêmes avec des plantes rares et fragiles. Pour ce genre de besogne, seules l'efficacité et la loyauté à la cause sont nécessaires. Mais il existe une autre option. Notre grande déesse protège peut-être l'humanité non pas pour l'espèce fragile que nous sommes, mais pour l'idéal fragile que nous représentons. Une capacité propre, autonome et unique sur toute la terre à s'émouvoir et éprouver des sentiments. Un idéal de compassion et de miséricorde propre à nous sublimer, à nous faire dépasser notre, mon égoïsme et mon désir suprême de survivre. Un idéal pour lequel nous serions prêts à tout risquer, jusqu'a nos vies. Je suis convaincu que si Athéna, dans son infinie sagesse, protège l'humanité, c'est pour sauvegarder cette chaleur fragile dont sont capable les hommes : l'amour ... J’ai trouvé ma réponse : je ne suis qu’un homme, bien moins fort que je ne l’imaginais, plus proche des plus bas sentiments lorsque vient le danger. J’ai peur.

- L’Amour ! On ne peut faire la guerre avec amour ! Athéna est redoutable, terrible, crois moi ! Protectrice de l’humanité ne signifie pas qu’elle l’aime : elle la protège selon sa volonté divine, elle la domine selon ses préceptes ! Tu ne dois pas douter, tu dois agir, tuer, c’est tout !

Asturias baissa la tête comme absorbé par des pensées silencieuses. Puis la releva et reprit posément.

- Mais pour répondre à votre question, Maître Ludoxandros, non Arachné ne fut pas punie. Elle fut au contraire sauvée. A l'aube de l'ultime fin, elle comprit son erreur et accepta sans hésitation l'opportunité unique qui lui était offerte de racheter ses fautes. La grâce sacrée de la rédemption et du pardon anime désormais son coeur. Il m'arrive parfois de ressentir sa présence éthérée et bienveillante désormais toute dévouée à la justice de notre déesse. Je ne sais depuis combien de temps vous êtes revenu. Mais pendant votre absence, j’ai vu en songe la terrible Ninhursag. Je sais que d’autres hommes ont vécu la même expérience traumatisante.

Un voile sombre emplit le regard d’Asturias. Son visage se tendit, une colère refoulée depuis longtemps remonta à la surface. Il reprit, martela chaque mot en serrant les dents.

- Mais n'ayez crainte seigneur, mes doutes ne m'empêcheront pas de combattre jusqu'a la mort tous ceux qui s'imposent par la force et la violence aux plus faibles et au plus démunis, y compris cette déesse. Si Ninhursag veut répandre la mort, elle ne récoltera que ce qu'elle aura semé.

Le Dalmate se détendit.

- Je sais, par mes études, que Ninhursag est de la famille d’Enlil. Nous devrions peut-être en apprendre davantage ? Devons-nous prendre des initiatives plus martiales ?

La représentante d’Athéna se rapprocha de Ludoxandros.

- Maître de Crystal ... cessez donc de faire le fier. Vous êtes dans un état de faiblesse trop important pour rester debout et vous énerver de la sorte. Votre armure est quasiment détruite, votre corps répond encore par votre seule volonté ... asseyez-vous donc ! »

Ecoutant la prêtresse qui venait de l’empêcher de tomber, le Maître de Crystal courba l'échine et s'assit. Il était vrai que son état pathétique apparaissait au grand jour : son manteau était imbibé de sang. Les multiples pansements indiquaient qu'il avait été touché à de nombreuses reprises ; son visage portait une marque de brûlure sur sa tempe. La jeune femme reprit un air empli de compassion et s'adressa de nouveau à Asturias. Autour, le vent s'engouffrait par fortes rafales entre les personnages. Pourtant, on aurait dit qu'une bulle de tranquillité entourait la scène.

« Asturias. Tu as raison. L'amour est une réponse, et ce quoiqu'en dise Ludoxandros, qui d'ailleurs ne le sait que trop bien !

- Actée, tais-toi ! s’énerva celui qui se présentait comme le maître des guerriers d’Argent. Personne n'a à savoir. L’amour n’a plus de place dans ce monde tourmenté par une guerre destructrice.

Actée prit un air plus sévère et soutint le regard du Guerrier Sacré.

- Très bien, mais tu devrais alors contrôler tes paroles, elles trahissent trop clairement tes pensées ... Tu te plaît dans ce rôle d’homme sans cœur, froid comme la glace. Ce n’est qu’une Armure, Ludoxandros, dans tous les sens du terme. Nous savons tous les deux pourquoi tu portes cette Armure. Je sais que tu y trouve à présent un refuge bien agréable, qui t’évite de regarder la réalité en face.

- Actée, tais-toi.

- Ou quoi ? Cesse de faire le malin. Tu ne peux rien me cacher.

Elle se retourna alors vers Asturias, joignant ses mains et arborant un large sourire :

- Bien entendu, tu ne parleras pas de tout ceci aux autres. Je sais pouvoir compter sur toi.

Asturias opina simplement. Elle poursuivit d’une voix plus sereine :

- Tu as sauvé Arachné, c'est un geste qui t'honore. Je suppose qu’elle a senti ta propre détresse et que liés, vous n’en serez que plus forts. Ludoxandros avait raison sur un point, tu devais te libérer de ton statut de modèle. Tu n’es qu’Asturias, tu n’as pas à porter le fardeau des Hommes. Le songe que nous avons tous eu à propos de Ninhursag est préoccupant, mais il y a malheureusement encore plus inquiétant. Les Guerriers Noirs s’en prennent ouvertement à certains de nos représentants, hier encore, l’un des nôtres est rentré blessé au Sanctuaire. Ludoxandros a dû affronter un démon d’une puissance terrifiante, tout droit sorti des entrailles de la Terre. Repose-toi. Discutons un peu au coin du feu. Lorsque le Maître de Crystal aura récupéré des forces, nous retournerons en lieu sûr, au Sanctuaire. »

Le jeune homme s'installa au coin du feu, silencieusement soulagé de pouvoir reprendre des forces après tant d'efforts. Le trio profita de quelques minutes de silence pour admirer le paysage. Finalement, le Dalmate brisa ce recueillement fugace.

« Jamais je n'aurais cru les suivants de la Mésopotamie aussi puissants. Le cauchemar de Ninhursag reste encore frais dans ma mémoire. Et qui étaient ses victimes ? On aurait dit que l’un d’eux portait une Armure Sacrée. Avez-vous déjà entendu parler d'eux ? Je m'étais fais la réflexion qu'avec l’ouverture d’Astragoth et la fuite du Niflheim des anciens dieux maudits, le courroux d'Enlil allait peut-être s'accélérer. Sorte de course contre le temps, pour répandre sa justice ou la désolation le plus vite possible.

Asturias regarda tour à tour Ludoxandros et Actée. Le premier regardait toujours le ciel. Le vent faisait que les nuages avaient totalement disparus. Petit à petit on distinguait les étoiles ; la nuit se levait.

- Asturias, tu as tord sur un point : elle n'était pas puissante. Ces victimes étaient faibles, nuance. Tu apprendras à découvrir que le Kosmos offre une puissance colossale et infinie à ceux qui le maîtrisent réellement. Je reviens de Mésopotamie. J'y ai croisé ses servantes. Elles sont loin d'être si terrifiantes, je doute que cette déesse soit supérieure à Athéna. J'ai découvert lors de ce combat, comme certains autres Guerriers d’Argent ces derniers mois, un pouvoir caché au fond de tout être. Pendant quelques instants, mon Kosmos s'est enflammé jusqu'à un niveau extraordinaire. Des jouets, elles étaient des jouets entre mes mains. Je les ai toutes occises, aucune n’a été en mesure de voir la moindre de mes attaques. Quel sentiment de puissance ! »

Ludoxandros regarda alors Asturias dans les yeux :

- Je suis alors entré dans un temple, dédié à une divinité solaire du nom de Shamash. Je me pensais tout puissant. J'ai détruit une pierre qui irradiait de la chaleur et des maléfices, rendant par là même le désert de Mésopotamie bien plus vivable ... mais là, soudain, j'ai mesuré le chemin qu'il me restait à parcourir ... Une explosion, un éclair, et je me suis retrouvé ici, par je ne sais quel miracle, mon corps a demi consumé, mon armure quasiment détruite. Je ne sais pas qui m'a frappé, mais je sais que le terme de puissance ne doit pas être galvaudé ... »

Pendant que Ludoxandros parlait, la prêtresse avait déballé du pain, un morceau de viande et du lait de chèvre. Servant les deux hommes, elle prit à son tour la parole :

« Les dieux de Mésopotamie sont parmi les plus anciens. Ils sont vénérés par de nombreux hommes. Leur chef suprême, Enlil, est, on le dit, bien plus puissant qu'Athéna ou que Zeus ; c'est aussi un dieu qui considère que la Terre est un cadeau fait aux hommes par les dieux, et que si ces derniers n'en prennent pas soin ou méprisent les dieux, ils doivent disparaitre. Lors de l'extinction de la race d'or, histoire qui ressemble plus à un mythe qu'à une vérité, ce serait Enlil qui aurait porté le coup de grâce en déclenchant un cataclysme colossal sur le Monde pour punir ceux qui avaient méprisé les dieux, tel une personne que tu connais, l’Indicible. Je pense qu'aujourd'hui Enlil se considère comme le seul capable de diriger cette Terre,  je pense donc que oui, cette ouverture du Niflheim va accélérer les choses .... »

Un grondement retentit soudain au loin. Pourtant, rien ne semblait présager un quelconque orage. Une étoile filante traversa le ciel et Ludoxandros et la prêtresse se regardèrent sans masquer le malaise qui les saisissait :

« Encore un, soupira cette dernière. Un autre dieu vient de périr quelque part dans le nord de la Grèce, tout ce que l'on raconte est donc vrai ...

Ludoxandros ferma les yeux et ne put retenir un rictus nerveux.

- Je suis heureux que cela soit vrai. Je vais pouvoir appliquer la sentence divine, les dieux apprendront à nous respecter. Au nom d'Athéna, ils apprendront aussi la peur !

- Ne blasphème pas ! On ne commet pas de déicide pour le plaisir, c'est le pire des crimes ! s’emporta la prêtresse, fustigeant du regard Ludoxandros qui lui répondit sans émotion.

- Qui a parlé de déicide ? Je vais simplement leur offrir un linceul éternel dont ils ne sortiront jamais, afin qu'ils puissent réfléchir éternellement à leurs crimes !

- Face à leurs choix, tous sont responsables, répliqua Asturias l’air pensif. « Si des dieux décident de semer la peur et le chaos, ils apprendront que les Hommes seront prêt à se défendre, quelque soit leurs faibles moyens. Affronter un dieu est pour moi presque un non sens, tellement cela parait abstrait, si ce n'est absurde. Mais j'ai appris des choses sur le fonctionnement de l'univers que je n'aurais jamais soupçonné. La route sera encore sûrement longue. Mais, quel que soit le résultat il n'est certainement pas dans mon tempérament de rester les bras ballants lorsque la colère, fut-elle divine, s'abat sur des innocents. Je dois encore trouver certaines réponses pour savoir qui je suis vraiment. Je doute, oui, mais de mes valeurs, pas de ma détermination à éradiquer ce mal.

Le regard luisant par la lumière du feu de fortune, Asturias poursuivit :

- Seigneur Ludoxandros vous pourrez compter sur moi. »

Une vague de détermination sembla porter les derniers mots du jeune homme.

 

La nuit avait passé. Il avait fait assez froid et les trois personnes avaient finalement peu dormi, beaucoup discuté de choses et d'autres. De bon matin, la brume recouvrant les montagnes alentour ce fut Actée qui se réveilla la première. « Guerriers d'Athéna, il est temps. Nous avons encore une journée de marche pour rejoindre le Sanctuaire. Hâtons-nous ! »

Les trois serviteurs d'Athéna partirent donc, en direction du Sanctuaire. Nul doute que, là-bas, ils pourraient retrouver les autres Saints fraîchement revenus victorieux de leurs épreuves.

 

***

 

Sur une colline du Sanctuaire

Mâa était revenu changé de ses années en Asie. Il avait pris pour habitude de méditer le matin sous la fraîcheur des oliviers, même si les embruns portés par l'air ne lui rappelaient pas sa terre natale ou l'Asie qu'il avait découverte. Il se souvenait comme hier des paroles du Maître de Crystal avant qu'il parte pour son lieu d'entraînement ; ses mots résonnaient encore dans sa tête. Cela lui semblait être hier : « Mâa, deviens le Guerrier Sacré le plus puissant que la Terre n'ait jamais porté. »

Mâa ne savait point ce que signifiaient réellement ces mots.  Qu'était-ce donc que la puissance ? La réponse vint au fil des mois et des années passées avec celui qui l’avait formé. Il se faisait appeler « L’éveillé ». L’Egyptien comprit que la puissance n'était qu'un des stigmates de l'Eveil. Il commençait à voir ce qui ne pouvait être vu de l'oeil. En effet, son entraînement n'était autre qu'un cheminement spirituel visant à l'éveil. Toute sa vie prenait un sens ; depuis son premier souffle jusqu'à ce jour, le puzzle était maintenant assemblé. Mâa, lors de ses méditations, atteignait un état où plus rien n'existait, où le corps ne connaissait plus de limites physiques, où tout n'était qu'énergie. Son corps ne portait aucune trace de combat, de cicatrice, et son apparence n'avait pas changé. Seuls les traits de son visage étaient un peu plus affirmés, montrant ainsi que l'adolescent n'était plus et avait laissé place au jeune homme. Pendant toutes ces années d'entraînement, son Maître lui avait montré le chemin sans jamais marcher à ses côtés. La Méditation, la Compassion et l’Eveil avaient transformé ce jeune Egyptien. Ce matin, comme à son accoutumée, il se tenait en position du Lotus, face au Soleil levant, méditant et s'élevant parmi les champs d'énergie et les différents plans invisibles du Kosmos.

« Tu es toujours aussi pieux Mâa, le lever de soleil reste un moment spécial pour toi.

- Pour tous les Egyptiens, Etranger. Ainsi, tu reviens toi aussi vainqueur de ton épreuve. Te voilà Guerrier d’Argent de la Meute.

- Surpris ?

- Pas vraiment. En fait, mis à part Frank, je ne doutais d’aucun de vous. Frank a su me faire mentir et est revenu transformé de sa quête. Il fera un grand Guerrier du Lézard. Je n’avais pas ressenti ta présence, cela fait longtemps que tu m’observes ?

- Un bon moment, oui.

- Je ressens la présence des personnes qui m’entourent, j’ai appris l’Eveil, j’aurais ressenti ta présence si tu avais été là depuis si longtemps.

- J’ai appris à disparaître, Mâa. Ces quêtes nous ont tous transformés. Des nouvelles des autres ? »

L’Egyptien se releva et se tourna enfin vers son interlocuteur. Il portait un manteau de lin qui couvrait l’ensemble de son corps. Seule son Armure scintillait à son cou sous l’effet des rayons du soleil naissant. Ses traits étaient marqués par la fatigue et un entraînement qui avait dû se révéler terrifiant, certainement plus le sien. Macubex dégageait à présent une force certaine et Mâa ne tarda pas à comprendre que son compagnon avait profondément changé. Mâa se débarrassa de son air sévère et sourit légèrement, désirant détendre ces retrouvailles.

« Les Guerriers de Bronze sont sur le chemin du retour. Ils ont dû partir en hâte pour le nord de la Grèce à la poursuite d’une bande de brigands qui s’attaquaient aux récoltes de céréales destinées au Sanctuaire. Ils devraient être de retour dans la soirée. Shiro et Asturias sont plongés dans la lecture de nombreux livres. Les textes qu’Akurgal nous avait donnés sur le Niflheim et Hel ont été traduits et apportent de nouvelles perspectives. Frank ne devrait pas tarder, il devait me rejoindre ici.

- Et le songe ? questionna Macubex, prenant un air plus inquiet.

Mâa se rembrunit.

- Asturias a eu l’occasion de discuter avec Ludoxandros et Yolos il y a quelques jours. Nous serons bientôt fixés sur la ligne de conduite à tenir ».

 

« Etranger ! Quelle joie de te revoir ! »

Frank venait d’arriver en courant en apercevant au loin ses deux compagnons. Il serra Macubex contre lui, ce qui fit sourire Mâa.

« Doucement bûcheron, doucement, répliqua l’Hindou quelque peu gêné par tant d’affection.

- Je suis si heureux de vous retrouver, tous, sains et saufs.

- Nous aussi Frank, nous sommes heureux de te revoir. Tu es à l’heure, comme convenu. Etranger, te joindras-tu à notre petite marche dans le bois voisin ?

- Hélas, coupa Frank, nous sommes attendus au Sanctuaire. Yolos a reçu une missive d’un coursier d’Asgard. Une délégation demande à nous rencontrer, ils doivent arriver à Argos dans les prochains jours. Yolos veut que nous nous y rendions car la lettre précise que ce sont les anciens élus d’Hattousa qui sont mandés pour cette rencontre.

- Etrange. Il a dû se passer quelque chose de grave depuis notre dernière rencontre. En tout cas Frank, c’est une bonne nouvelle pour toi, tu vas revoir ton frère Inyan.

- Oui Mâa. Je suis heureux de pouvoir le revoir, s’il est du voyage.

- Les Bronzes se joindront-ils à nous ?

- Ils sont déjà à Argos selon Yolos, ils ont été averti avant nous, ils ont croisé le coursier d’Asgard sur le chemin qui les ramenait au Sanctuaire, répliqua Frank.

Macubex tourna légèrement la tête pour suivre un petit oiseau qui pourchassait un corbeau.

- A peine revenus, déjà repartis. Nous ne devrions pas faire attendre les Asgardiens, allons chercher nos rats de bibliothèque et rejoignons Argos. Il me tarde de savoir ce qu’ils nous veulent.

- Ne prends pas cet air sévère, Etranger. Les Asgardiens ne nous ont jamais trahis, ils sont loyaux et luttent contre les mêmes dangers que nous. Depuis Astragoth, nos destins sont liés.

- Pas encore Mâa. Ils ne nous ont pas encore trahis … »

 

 

 

Les ennemis de nos amis sont nos ennemis

 

 

 

Les élus s’étaient dispersés sur la plage. Chacun avait trouvé un endroit où se tenir dans la pénombre naissante du soir qui baignait la baie de Nauplion. Inyan, suivi de son frère, d’Harald et de Pallas, alla jusqu’au monticule où se trouvait une pierre couverte d’herbe et de fleurs, marquant un vieil autel votif dédié à Poséidon. Pallas s’assit le premier et contempla le soleil qui se couchait lentement dans la mer embrasée par le feu de l’astre céleste. Ses yeux étaient perdus, mais on y décelait l’ombre du plaisir et la soif de comprendre les tourments qui hantaient le monde.

 

« Xizex. Tu n’as pas quitté ma mémoire. Tu m’as donné tout ce que tu savais, tu as fait de moi un Guerrier Sacré. J’espère que, où que tu sois, tu me verras et que tu pourras être fier de ce que j’accomplirai.

- C’était ton maître ?

- Oui Harald, et il me manque. Il aurait pu tellement m’apprendre. Je me sens seul parfois face au poids de notre nouvelle charge.

- Un peu comme nous tous mon ami. Tu ne devrais pas t’en faire. Tu t’es admirablement battu contre les brigands que nous avons pourchassés, tu seras un grand Guerrier Sacré.

- Je te remercie, répondit le Grec en se retournant vers son compagnon qui s’était assis à ses côtés pour observer le coucher de soleil. « Je suis juste un peu mélancolique ce soir. J’aime ma cité et ce fut un plaisir de la retrouver. Nous allons partir une nouvelle fois pour une contrée inconnue, j’aurais sans doute aimé passer un peu plus de temps ici. Je suis cependant heureux de partir avec vous et d’avoir retrouvé tous nos amis d’Hattousa ».

Harald et Pallas échangèrent un regard complice en voyant Séléné, Nekkar, Nevali, Meijuk et Memnoch se jeter à l’eau pour profiter de la douceur de la mer.

« Elle doit être bonne, assura Harald. Nous devrions les rejoindre, qu’en dis-tu ?

- Bonne idée, profitons de ces instants de quiétude.

- A la bonne heure ! Et, Pallas, ne tu verras qu’Asgard est une terre qui mérite d’être découverte. Je serais ton guide si tu le désires.

- Avec joie mon ami. Allons, ne tardons pas, Séléné risque de vider l’océan par ses plongeons avant que nous puissions profiter de la mer ! »

 

A quelques mètres, Frank et Inyan échangeaient leurs expériences. Ils étaient heureux de se retrouver après de tant temps passé éloignés l’un de l’autre. Inyan était devenu un Ase, Frank un Guerrier d’Argent. Mais en cet instant, ils se remémoraient leur enfance, leur vie en Occident parmi les druides de la Grande Forêt. En cet instant, leur mission ne les intéressait plus. Seule comptait la joie de retrouvailles devenues trop rares. Les autres élus s’étaient installés autour d’un feu que Canagan s’était proposé d’allumer. Il ne connaissait pas les serviteurs d’Athéna et se montrait très curieux de découvrir les mystères du Sanctuaire. Entre deux entraînements, Asturias en profitait pour noircir de nouvelles pages de son recueil, avide d’en apprendre un peu plus sur son île de brume, Rahotep, Seth et Mâa échangeant quant à eux quelques nouvelles à propos de l’Egypte, leur terre natale en proie aux troubles depuis l’ascension de Seth et d’Anubis en lieu et place du souverain Pharao. Cette soirée se poursuivit tard dans la nuit. Les élus dormirent sur la plage, loin du tumulte festif de la cité d’Argos organisé autour de la fête de « Poséidon Protecteur des Pêcheurs d’Argos », fête qui s’étalait sur une semaine entière et faisait venir de nombreux pèlerins de toute la Grèce. Le lendemain, alors que le soleil emplissait la baie de Nauplion et que les vols d’oiseaux venaient se poser sur les oliviers et les orangers, le fier drakkar disparut à l’horizon. Une nouvelle traversée attendait les élus, pour la première fois tous réunis depuis leur départ d’Hattousa, quelques années plus tôt.

 

***

 

Argos, quelques jours plus tôt

 

Yolos rejoignit les Guerriers Sacrés, accompagné de Calliclès, Guerrier d’Argent de Persée et de Glokos, Guerrier d’Argent du Cerbère. Réunis dans une des grandes salles du « Cratère sans Fond », salle louée sous prétexte d’un repas de retrouvailles, les élus prirent place et attendirent le résultat de la décision du Sanctuaire. Yolos resta debout, ses deux compagnons s’asseyant à côté des autres Guerriers d’Argent disposés en face des représentants d’Asgard. Les serviteurs de Poséidon avaient remarqué les allers et venues des Guerriers Sacrés et Nevali fut chargé de créer une diversion autour d’un nouveau concours de boisson qu’il affectionnait tant, conduisant l’ensemble des Guerriers de Bronze à l’exception de Darkhan et de Seth qui avaient décidé de flâner dans les ruelles de la cité. Il fallait que cette rencontre apparaisse comme une simple beuverie. En soit, le stratagème fonctionna à merveille. Le Sanctuaire était connu pour sa rigueur implacable, et nombreux étaient les Guerriers Sacrés qui se retrouvaient à Argos pour profiter des charmes des prostituées, très réputées, et des délices de l’ivresse que la célèbre auberge pouvait offrir.

« Le Sanctuaire est d’accord avec les termes du marché. Nous nous engageons à collaborer avec vous, à combattre nos ennemis communs et à ne pas interférer dans les affaires d’Asgard.

- Avez-vous la garantie divine d’Athéna ? questionna Rahotep, l’air méfiant.

- Vous avez la garantie du Sanctuaire, donc d’Athéna. Rien ne sera tenté de notre part pour entraver la liberté d’Asgard. Odin n’est pas un ennemi, c’est une divinité que le Sanctuaire respecte pour sa sagesse et le soin qu’il porte à la protection de son peuple.

- Je crois que nous pouvons sceller l’accord dans ce cas. Rien ne s’y oppose : au nom de la Grande Prêtresse d’Odin, nous sommes heureux de vous compter parmi les nôtres », se réjouit Akurgal en se levant, bientôt suivi par Rahotep, Nibel et Inyan qui étaient restés là tandis que les autres avaient rejoint le groupe mené par Nevali afin de participer au concours.

A leur tour, les serviteurs d’Athéna se levèrent et tendirent leur main, qui fut prise par leurs nouveaux compagnons d’arme en gage d’amitié.

« C’est une grande et belle décision et qui nous permettra de venir à bout de tous les périples qui nous menacent, assura Asturias.

- Nos deux entités viennent de s’élever sur la voie de la sagesse, cette concorde est de bon augure pour la sauvegarde de l’Humanité.

- Oui Mâa, nous ne serons que meilleurs ensemble. Nous apprendrons à nous connaître et partagerons nos savoirs. L’espoir d’un monde meilleur est devant nous, à nous de le faire grandir », s’enthousiasma Akurgal au bord des larmes.

Ce moment d’exaltation collective céda bientôt la place à un silence propice à la réflexion. Serviteurs d’Athéna et d’Odin allaient collaborer, c’était un grand pas. Encore fallait-il se mettre d’accord sur les objectifs à atteindre et définir les dangers les plus pressants qui menaçaient les deux puissances. Le premier, Akurgal brossa un tableau de la situation, religieusement écouté par ses compagnons d’arme.

« Je pense que nous pouvons identifier deux problèmes principaux : Ninhursag porte en elle la fureur d’Enlil. Viendra un temps où nous devrons affronter son courroux. Venant de Mésopotamie, je ne sais que trop bien de quoi le divin Enlil est capable. Il doit préparer en ce moment une armée qui balaiera tout sur son passage. Je crois cependant que nous avons le temps de nous préparer à cette inévitable confrontation. Ninhursag a semé la peur chez les Hommes : je pense qu’Enlil désire gagner du temps, si tant est que je puisse lire les pensées d’une divine personne. Le second problème est plus urgent car il nous touche déjà : les Guerriers Noirs. Trois d’entre eux parcourent nos terres. Ils doivent avoir une raison bien précise. Peut-être cherchent-ils quelque chose que nous ignorons ? Nous savons simplement que leur puissance est telle qu’un seul des leurs a terrassé une partie de l’armée d’Allani-Ettitu avant sa disparition sous les coups d’Odin.

- Les Guerriers Noirs menacent régulièrement le Sanctuaire, sèment discorde et mort, s’inquiéta Shiro en fronçant les sourcils. Il nous faudra tôt ou tard régler ce problème, le plus tôt sera le mieux. Nous pourrions vous aider à traquer ces trois Guerriers Noirs en Asgard : au regard de notre nombre, il serait aisé de quadriller votre royaume. Une fois capturés, nous pourrions peut-être en apprendre davantage sur eux, sur leur maître, sur leurs objectifs.

- Oui, confirma le Mésopotamien en hochant de la tête, c’est une excellente idée.

Nibel grimaça et la colère vida ses yeux de toute émotion.

- N’oublions pas ce sauvage d’Eluontios qui ravage le sud de nos terres, qui terrorise la Germanie en semant le chaos à la tête de sa Horde. Il représente, lui aussi, une menace importante.

- Eluontios ? s’étonna Asturias. Je ne savais pas que ce démon, allié du Maître des Tumultes, était de retour dans le monde des Hommes !

- Astragoth, murmura simplement Macubex en fermant les yeux. Nous pourrons aussi nous occuper de lui. Ces dieux qui martyrisent et asservissent les Hommes ne méritent rien d’autre que de disparaître.

- Doucement Etranger, nous ne sommes que des mortels, nous ne pouvons juger les dieux.

- Pense ce que tu veux Rahotep, moi je suis un esprit libre et je n’aurais aucun remord à en finir avec cet Eluontios et tous les dieux qui se mettront entre nous et l’épanouissement des Hommes.

- Il nous faut également prendre en considération le danger représenté par Caturix. Le Sanctuaire, et vous me compléterez Yolos si je m’égare, signale que le Maître des Tumultes Guerriers lève une armée quelque part dans les entrailles de ma terre natale de Dalmatie. Viendra le jour où il sortira et déversera son torrent de violence à travers le monde. Ni le Sanctuaire ni Asgard seront alors à l’abri : il représente, lui aussi, un danger terrifiant. Je ne saurais également oublier l’Indicible qui se terre en Occident, préparant quelques funestes projets !

Yolos acquiesça sans rien dire, écoutant simplement le mot que Calliclès lui glissa à l’oreille.

- Les Guerriers Noirs, Caturix, Eluontios, l’Indicible, Maiegeiam qui a disparu au fin fond des Enfers, Astragoth …. Cette sombre liste a de quoi faire froid dans le dos. Nous devrons veiller à contrôler nos émotions et laisser la sagesse guider nos pas.

- C’est une certitude Mâa. Nous devrons aussi établir un plan de bataille si nous voulons être efficaces, conclut Nibel en sortant une carte du monde connu, dont le cuir tanné craquela lorsqu’il la déplia sur la table sous les yeux admiratifs d’Asturias.

- Nous pouvons, reprit Nibel, prendre la route terrestre menant en Asgard. En chemin, nous pourrons profiter de notre nombre pour en apprendre davantage sur ce Caturix et, le cas échéant, en finir avec ce premier danger. Par la suite, en remontant vers le nord, nous traverserons la Germanie et nous pourrions traquer Eluontios. Une fois cette tâche accomplie, il nous restera à nous occuper des Guerriers Noirs qui se terrent en Asgard.

- Je ferais exactement l’inverse. La surprise doit être une alliée, une règle. En nous rendant en Asgard par la voie terrestre le tumulte des combats viendra aux oreilles d’Eluontios et des Guerriers Noirs qui sauront que les guerriers d’Asgard et du Sanctuaire sont sur leurs traces. Il nous sera alors plus difficile de les débusquer. En prenant la voie maritime, nous arriverons en Asgard sans tapage excessif. Nous pourrons alors traquer avec de bonnes chances de réussite les Guerrier Noirs en terre amie. Il nous sera ensuite possible de fondre vers le sud, vers la Germanie, et de prendre Eluontios par surprise : je doute qu’il s’attende à une traque menée par des Asgardiens accompagnés de serviteurs du Sanctuaire. J’espère simplement que votre royaume n’est pas infesté de ses espions. Il nous restera alors à fondre sur Caturix qui, lui, de toute façon, se préparant à la guerre, sera sur ses gardes.

- Ton plan est judicieux, Shiro. Je n’avais pas souvenir que tu fus un si grand stratège.

- Akurgal, au fil de ces années et des épreuves que nous avons traversées, je pense que nous avons tous changé et mûris.

- C’est juste, sourit le Mésopotamien. Nous avons un plan de bataille. Notre navire peut partir dès demain si vous le désirez et si tout le monde est d’accord.

- Nous devrions attendre le début de la fête qui doit avoir lieu à Argos. Profitons de ces quelques jours pour nous reposer. Personne ne fera attention à un groupe de guerriers passant du bon temps. La précipitation risquerait d’éveiller les soupçons ».

 

Yolos se leva, suivi de Calliclès et de Glokos. Le Guerrier du Triangle embrassa du regard l’ensemble des compagnons : « Serviteurs d’Athéna : le Sanctuaire a toute confiance en vous. Menez ces missions à bien. Guerriers d’Odin, je sais à présent que ce pacte nous permettra de vaincre. Nous suivrons de près la situation et nous vous prêterons main forte si le besoin s’en fait sortir. Je ne doute cependant pas de mes compagnons ; cinq Guerriers d’Argent et huit Guerriers de Bronze : nos ennemis peuvent redouter le courroux d’Athéna ! Que notre déesse vous guide et vous protège ! »

 

***

 

Darkhan fut réveillé par la caresse du froid sur son nez. L’air était glacé. L’humidité sur le pont s’était cristallisée et le souffle se transformait en vapeur entre les doigts engourdis. L’aube peignait le ciel d’une lueur chaleureuse qui faisait peu à peu disparaître les étoiles, à l’exception de l’une d’entre elle qui brillait de mille feux au-dessus de l’horizon, indiquant invariablement la terre d’Asgard. Dans le navire qui filait bon train, les compagnons s’éveillaient dans la froidure et s’emmitouflaient dans les lourds manteaux de fourrure. Pour le jeune Asiatique, c’était la première fois qu’il avait à faire à un tel environnement, qui n’avait rien à envier à la rudesse de ses montagnes natales. Lors de leurs formations de Guerriers de Bronze ou de leur jeunesse, Séléné, Pallas, Nevali, Artholos et Nekkar avaient déjà connu tel froid, le seul qui le découvrait totalement restait Seth qui s’en accommodait cependant sans se plaindre. Mais, pour tous ces Guerriers de Bronze, la terre d’Asgard qui apparaissait à l’horizon représentait une chimère qui allait devenir réalité. Harald n’avait eu de cesse de leur narrer les beautés austères de cette terre glaciale. Ils auraient bientôt l’occasion de la fouler et de contenter leurs yeux du spectacle surnaturel des glaces éternelles. Ils auraient bientôt l’occasion d’en connaître les dangers les plus sombres.

 

 

 

FIN DU LIVRE III

NOTES

 

 

 

[1] Voir en fin de cet opus La Geste des Ases.

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