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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques



Troudheim, la cité du sud








Il fallut attendre quatre jours pour que la tempête se calme enfin. Ce temps
fut mis à profit pour reprendre quelques forces et panser les blessures de
chacun. Dimitre semblait le plus touché avec Siegard. Le premier souffrait des
effets secondaires du poison l'ayant atteint lors de son âpre duel, Liu ne
tarissant pas d'éloges sur cette recette infernale qui lui était inconnue. Pour
le second, l'affaire était différente. Ses jambes avaient été gelées de manière
profonde, il fallut beaucoup de temps avant que le sang ne retrouve une
circulation convenable lui permettant de marcher. Hanz avait eu l'idée de
frotter les jambes du malheureux avec son manteau pour faire monter la
température, et c'est ainsi que tous se mirent successivement à la tâche.



« Le froid est une arme bien dangereuse, bien plus que je ne l'aurais jamais
cru », insista Akurgal en prenant des notes. « Il faudra nous prémunir à
l'avenir contre de tels dangers ! »



Le sixième jour, le groupe put enfin reprendre sa route. Il faisait
particulièrement sombre mais il ne neigeait pas, heureusement d'ailleurs, la
neige tombée lors de la tempête dépassant largement la taille d'un homme comme
Meijuk qui mesurait pourtant un peu plus de deux mètres. D’ailleurs, spectacle
étonnant pour ceux qui auraient pu le voir, son crâne rasé et tatoué émergeait
à peine du manteau blanc qui s’étalait à perte de vue autour de la grotte. Il
fallut se frayer un chemin à travers ce dédale immaculé pendant une bonne
dizaine d'heures avant de tomber enfin sur des arbres. Siegard avait expliqué
que Thrym n'aurait certainement pas déclenché sa fureur de glace contre les
forêts, terres des Elfes Noirs sous la protection de Loki. Effectivement, le
sous-bois qu'ils trouvèrent leur permit de poursuivre plus aisément leur
périple vers Troudheim. Dix-sept longues et pénibles journées de marche furent
encore nécessaires pour rejoindre la Cité du Sud, ainsi nommée au regard de sa
position géographique par rapport à la forteresse d'Odin qui se trouvait plein
nord, par-delà la Forêt des Elfes Noirs et les Montagnes Blanches. La nuit
était tombée de puis quelques heures lorsqu’Yshba revint, haletant, auprès de
ses compagnons.



- Il y a une cité, droit devant, à une demi-heure de marche environ, derrière
cette colline, indiqua-t-il en tendant son arc. « Il y a de la fumée qui
s'échappe des chaumières, il y a de la vie là-bas, je n'ai rien vu d'hostile.
La cité est entourée d'une grande palissade de bois, le chemin que nous suivons
mène directement à une grande porte. J'ai pu distinguer deux statues gardant
cette porte. On entend la mer, la cité semble être sur une sorte de pic rocheux
surplombant l'océan. »

- C'est Troudheim, nous sommes enfin arrivés dans la grande cité d'Asgard ! dit
Siegard dans un soupir de soulagement qui en disait long sur son appréhension
passée.

- Une palissade de bois ... des chaumières ... voilà une cité bien singulière,
qu’en penses-tu Akurgal ?

- Tout me surprend ici mon ami. C'est certain que cette première description ne
correspond pas à nos cités mésopotamiennes ou égyptiennes, je serais néanmoins
très heureux d'un retour à la civilisation, répondit Akurgal en souriant à
Rahotep qui ne le quittait que rarement.

- Je veux juste un bon lit, un feu de cheminée ... Un repas chaud ... une
veillée pour chanter des chansons et laisser de côté ces horreurs que nous
avons vécues, murmura Nibel qui se tenait à proximité d'Inyan, lequel ne
répondit pas tout de suite.



Inyan ne parlait pas de son frère Frank, pourtant c'est à lui qu'il pensait en
cet instant. Il se demandait ce qu'il pouvait faire, s'il vivait encore ... Il
ne pouvait se douter que son frère suivait à cet instant un entraînement
terrible initié par Yolos destiné à faire de lui un Guerrier Sacré d'Athéna.
Après quelques instants, Inyan laissa ses pensées s'évaporer et il prit Nibel
par les épaules, le regardant avec joie et le secouant vivement.



- Des femmes Nibel, du vin chaud ! Il est temps que nous fêtions le fait d'être
en vie !

- Tu me prends par les sentiments, s'approcha Dimitre. Oui, il est temps que
nous puissions enfin vivre normalement !



Excités à l'idée de retrouver la civilisation, les guerriers d'Odin se
hâtèrent, espérant rejoindre prestement les portes de Troudheim, oubliant pour
un temps leurs courbatures, leur fatigue lancinante. La cité était en effet
spectaculaire, la lune permettait de voir les contours d'une ville fortifiée
dominant un fjord, dernier rempart avant la mer de Germanie. Un vent mordant
soufflait dans le visage des aventuriers, une brise marine qui faisait courber
l'échine des plus valeureux. Arrivés devant la lourde porte de bois, renforcée
de multiples barres de fer, Siegard s'avança et appela la garde.



« Qui va là », tonna une voix lugubre.

« Nous sommes les guerriers d'Odin, je suis Siegard, c'est Gunther qui ... »



Le guerrier d'Odin n'eut pas le temps d'achever sa phrase, la porte s'ouvrit
dans un crissement désagréable qui sembla réveiller tout Asgard en se propageant
dans l'espace avec écho. Un garde en lourde armure de maille, portant une hache
sur son épaule droite, le bras gauche étant couvert par un grand pavois orné
d'un dragon à deux têtes fit son apparition. Il invectiva Siegard avec
véhémence, sa colère étant rendue plus perceptible encore à cause de son casque
à cornes lui donnant un air sinistre.



« Tu sais bien qu'on ne doit arriver que le jour Siegard ! Les monstres de Loki
rôdent, nous ne pouvons baisser la garde en ouvrant nos portes, même pour toi !
Tu aurais dû dormir avec tes gueux dehors et attendre demain ! Nous vous
pensions morts, vous avez quitté le village des pêcheurs depuis cinq bonnes
semaines, vous avez pris votre temps ! Allez, rentrez tas de larves puantes
avant que vous attiriez des Nains de malheur ! »



Le ton hostile surprit tout le monde, Siegard le premier, particulièrement gêné
pour ses amis. « Je ne comprends pas », marmonnait-il sans cesse en suivant le
garde. Pendant que les portes se refermaient, le garde mena les guerriers
devant le pas d'une grande auberge reconnaissable au tonneau qui lui servait de
panneau d'entrée. Deux hommes assez imposants échangeaient de vifs propos. L'un
était casqué, une lourde épée à deux mains fichée à ses pieds, brassant l'air
dans tous les sens. Son interlocuteur semblait plus calme, dégageait une forte
prestance dans son armure finement ciselée et recouverte d'un superbe manteau
en peau d'ours blanc.



- Charmant accueil en tout cas Siegard, bravo ! Ils sont tous comme ça dans
cette cité ou c'est juste pour nous ..., lança ironiquement Thrall.

- C'est Gunther et ... je ne sais pas qui est l'autre homme casqué, mais
Gunther est le chef du village, c'est un grand homme !

- Grand ou pas, visiblement il se passe des choses étranges ici, tout le monde
semble tendu, je ne sais pas si nous sommes les bienvenus, rétorqua Meijuk en
laissant tomber son sac dans la neige dans un craquement qui attira l'attention
des deux personnages qui leur faisaient face.



« Nous finirons cette conversation plus tard », conclut Gunther en jetant un
coup d’œil sur les nouveaux arrivants, « tu sais ce qu'il te reste à faire,
pars maintenant ».

« Je n'oublierai pas de te le rappeler. Je te laisse avec la chair fraîche ».



L'homme casqué prit son épée et la mit dans un large fourreau qui lui barrait
le dos. Il partit sans dire un mot de plus, ne croisant le regard d'aucun des
élus. Le second homme, reconnu par Siegard comme étant le chef de la cité,
s'adressa à ses hôtes avec fermeté.



- Et alors ? Vous en avez mis du temps. Je me demande ce qu'Odin a bien pu vous
trouver ... enfin, il doit avoir ses raisons. Entrez dans l'auberge, ne restez
pas dehors.

- Nous espérions meilleur accueil, nous avons traversé maints dangers pour vous
rejoindre et ...

- Tais-toi Inyan, coupa Gunther. « Tu rentres avec tes compagnons dans
l'auberge en silence. Et ne soyez pas surpris, je vous connais déjà tous, allez
rentrez ! »



Dans un silence glacial et en se retenant de ne pas hurler de rage, Inyan
s'avança le premier dans l'auberge, suivi par ses compagnons peu enjoués à
l'idée de rester dans un endroit si hostile. La suite fut pourtant bien
différente et chaleureuse. Une grande clameur accueillit les treize compagnons.
Tous les habitants de la cité qui avaient pu venir étaient là. Ils chantèrent
une chanson de bienvenue pendant que des jeunes femmes entamèrent une danse
enivrante sur des tables rassemblées en guise de scène. Gunther se rapprocha
d'Inyan et lui décocha une grande tape amicale dans le dos qui faillit lui
déboîter l'épaule.



- Alors, il ne te plaît toujours pas mon accueil ?

- Gunther, j'ai eu bien peur je te l'avoue, s'approcha Siegard soulagé par la
tournure des évènements. « Ce garde, toi ... je me demandais ce qui se passait
! »

- Il fallait un petit peu de comédie pour que vous soyiez agréablement surpris
par le dénouement. Les choses que vous avez traversées, je les connais, que
trop bien. Mon éclaireur vous suit depuis quelques temps, je savais que vous
arriveriez ce soir. Nous souffrons aussi beaucoup ici. Cette fête va resserrer
les liens entre nous. Ce soir, que tout le monde s'amuse. Tout est permis !
Demain, reposez-vous. Nous reparlerons sérieusement demain soir, en attendant,
conclut-il en se retournant vers tous les guerriers d'Odin et en prenant
Siegard par l'épaule, amusons-nous, buvons, mangeons ! Bienvenus à Troudheim !







L'odyssée








Gunther avait été clair. La situation n'était pas reluisante pour les forces
d'Odin. Il était de plus en plus difficile de rallier les villages les plus
éloignés, certains avaient même disparu sous les coups de butoir des serviteurs
de Loki. Les Asgardiens se terraient au sein de leurs fortifications, rares
étaient les guerriers qui osaient sortir. Les forêts étaient tenues par les
Elfes Noirs depuis bien longtemps maintenant, il était illusoire de penser les
reprendre rapidement ... « La Forteresse d'Odin est donc coupée du monde »,
insista à de nombreuses reprises Gunther. Les ordres étaient clairs : il
fallait trouver un moyen de rejoindre la Forteresse en passant à travers les
lignes adverses. Le voyage promettait d'être périlleux, il fallait s'y préparer
activement. Gunther prit soin de former les guerriers d'Odin pendant un mois.
Les exercices ne manquaient pas : il suffisait de braver les tempêtes de
blizzard pour rendre les corps plus endurants, de partir à la chasse dans le
bois voisin, d'y affronter loup des neiges, ours féroces au pelage brun très
prisé par les tanneurs, tigres des neiges ... si Akurgal ou Nibel ne goûtaient
que peu à ces exercices, les autres y trouvaient généralement leur compte.
Inyan profitait du temps libre pour parfaire ses connaissances en médecine
locale auprès d'une nommée Hildegaard, jeune et jolie fille du conteur qui
accueillait chaque soir Nibel, Rahotep et Akurgal qui apprenaient l'art des
runes et qui découvraient ainsi les trésors des parchemins de sa collection.
Gunther avait également initié ses protégés aux joies de la pêche ; descendant
un interminable escalier de pierre, les guerriers rejoignaient le port de
Troudheim. Modeste de par ses infrastructures, il offrait un abri bienvenu au
fond d'un fjord majestueux pour les navires qui rejoignaient Asgard. La mer
était toujours mauvaise, la brume menaçante et givrante. Gunther menait sa
troupe dans quelques barques qui rejoignaient la mer à la recherche de
poissons. L'exercice était difficile mais tous s'y prêtaient avec sérieux.



Le matin du départ, Gunther regroupa tout le monde pour d'ultimes recommandations.
Il savait ce qu'ils allaient devoir affronter, et même s'il ne le montrait pas,
il aimait ces valeureux guerriers.



- Siegard sera votre guide à tous, il connaît depuis longtemps le parcours qui
vous attend. Vous traverserez nos vastes campagnes en direction de l'Ouest. A
cinq jours de marche d'ici, vous arriverez à l'orée de la Grande Forêt. Ce
n'est pas encore la Forêt des Elfes Noirs mais les dangers y seront nombreux. A
partir de là, suivez l'Etoile du Nord, montez aux arbres s'il le faut mais ne
la perdez pas des yeux. Vous traverserez ensuite la Trouée des Ases, ancien
champ de bataille qui vous mènera directement au cœur de la Forêt des Elfes
Noirs. Tâchez de ne pas y rester trop longtemps, vous y perdriez vos vies qui
sont précieuses pour Asgard. Ne pénétrez dans aucune caverne de cette forêt
maudite, on raconte que le gouffre du monde s'y trouverait ... Ne tentez pas le
diable. Si vous en ressortez vivants, vous aurez fait la moitié du chemin. Vous
devrez ensuite traverser les Montagnes Blanches et leur perpétuel brouillard,
leurs tempêtes légendaires dues à la colère de Thrym ... Odin vous montrera
alors la voie vers sa forteresse sacrée. N'espérez pas la trouver avant des
mois de marche, de douleur, de combats épiques, de dangers que vous ne
soupçonnez même pas dans vos pires cauchemars. Le Cœur d'Asgard est à ce prix !
Qu'Odin vous accompagne !



Un léger vent accompagna les premiers flocons qui tombèrent ce matin-là. Des
cygnes s’envolèrent soudain à l’unisson du petit étang qui bordait la cité,
caressée par les doigts roses de l’aube. Gunther suivit ses protégés du regard
jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans le manteau laiteux du brouillard qui
s’emparait de la vallée.



Depuis maintenant quatre jours, le groupe marchait à bonne allure, sans
rencontrer le moindre incident de parcours. Les paroles de Gunther étaient
encore fraîches dans chaque esprit, tout le monde restait sur ses gardes. Le
soleil ne se levait pas pour de nombreuses heures et les guerriers d'Odin
avaient dû apprendre à faire avec, marchant une bonne partie de la journée dans
la pénombre, à la lueur de simples torches. Il n'était pas plus aisé de marcher
dans la journée, la brume givrante ne se dissipant jamais, le champ de vision
se cantonnait à quelques dizaines de mètres. Un froid subit envahissait l’air,
du givre se formait sur les vêtements, et blanchissait l’orée des bois. Akurgal
découvrit un instant son visage, contemplant ce spectacle saisissant.



« Que cette terre est étrange, finalement, elle me rappelle mon désert
mésopotamien, et de plus en plus ».



Interloqué, Dimitre découvrit à son tour son visage emmitouflé dans une écharpe
de laine en regardant Akurgal qui se tenait à ses côtés, poursuivant sa
difficile marche dans la poudreuse qui atteignait par endroit le mètre.



- Je croyais que tu venais d'une terre aride et sèche, d'une terre accablée par
le soleil, la chaleur ... c'est ce dont je me souviens pourtant lorsque nous
étions en quête de la fille de Cybèle. » Il plissa les yeux, semblant chercher
au plus profond de sa mémoire. « Ton village là, Mureybet, il y faisait
sacrément chaud ! »

- Tu as raison Dimitre, je parle de ce vide, de ce silence ... seul le vent
fait entendre sa voix ici, seuls les éléments nous rappellent que la Terre vit.
Il n'y a presque aucun animal, du moins depuis que nous avons quitté Troudheim.

- Mouais, rétorqua Dimitre d'une moue perplexe, « enfin bon, il fait quand même
bien plus froid ici, et à choisir je préfère la chaleur et voir le soleil normalement.
J'ai l'impression qu'Asgard a été oubliée des dieux, franchement qui voudrait y
vivre à part des fous que nous sommes devenus ! »

- Modère tes paroles l'ami, n'oublie pas que tu sers maintenant le seigneur
Odin. Allons, venez vous autres, nous devons préparer la prochaine étape, je
vais vous donner quelques conseils.



Assez naturellement, Siegard s'était imposé grâce à son charisme et sa
connaissance d'Asgard. De fait, si l'on exceptait Akurgal, Inyan ou Rahotep
personne ne s'imposait réellement au sein du groupe comme référence, comme un
chef que l'on écoute pour trouver des réponses aux problèmes les plus
périlleux. Dimitre n'objecta donc pas et le groupe fit un cercle autour de
Siegard. Celui-ci expliqua pendant de longues minutes les dangers existant dans
les forêts, les astuces pour les éviter autant que faire se pouvait. Memnoch,
Yshba et Thrall complétaient ses recommandations par leurs connaissances de la
nature. Il fut décidé de pénétrer en colonne par deux, Yshba et Thrall ouvrant
la marche comme éclaireurs. La forêt accueillit les guerriers d'Odin dans le
silence le plus complet. Le ciel disparaissait presque totalement sous la voûte
arborée qui mesurait plusieurs mètres de hauteur. Les arbres étaient tortueux,
l'atmosphère puante comme celle qui régnait dans les forêts de Germanie ayant
déjà accueilli quelques-uns du groupe il y avait plusieurs mois de cela. Le
froid poursuivait son œuvre, rendant la progression toujours aussi pénible. Les
deux premiers jours, il ne se passa rien. La marche était soutenue, la forêt
semblait ne jamais devoir prendre fin. Par chance, il était possible
d'entrapercevoir, au gré des trouées des branchages, l'Etoile du Nord indiquant
la route à suivre. Le soir de cette seconde journée, Meijuk proposa de monter
un campement afin de reprendre des forces et de chasser quelques bêtes
sauvages, comme ces cerfs aperçus en fin de journée. Cinq tentes furent montées
autour d'un petit foyer qu'Inyan alluma avec une belle maîtrise « J'ai
l'habitude, jadis je partais souvent dans les bois avec mon frère et nous
dormions ainsi à côté d'un petit feu de camp, au fin fond des bois de nos
druides ». Meijuk convainquit ses amis de mettre en place une petite palissade
de bois à l'aide des multiples branches qui jonchaient le sol. Il s'agissait en
fait de prévenir toute attaque de la part d'animaux sauvages durant le sommeil,
même si des tours de garde devaient être organisés. La première nuit fut
tranquille, chacun put se reposer. Le lendemain, le temps s'étant largement dégradé,
la brume s'épaississant pendant que la neige recommençait à tomber, les
aventuriers décidèrent d'attendre un moment plus favorable pour poursuivre. La
peur de se perdre dans cette vastitude avait pris le dessus sur la volonté de
rejoindre rapidement la Forteresse Sacrée. Las, la journée fut sinistre au
possible, la brume glacée ne semblant pas vouloir se lever. En fin de journée,
ce fut Yshba qui donna l'alerte. Comme il s'était un peu éloigné du camp, il
découvrit qu'une troupe avançait droit sur le campement. L'Hindou courut à en
perdre haleine, sautant par-dessus la barricade avec une impressionnante
facilité.



« Des ennemis ! Nombreux, haleta-t-il, il y a un géant avec eux, je les ai à
peine distingués dans la brume mais ils foncent droit sur nous ! Ecoutez ! »



Un bruit sinistre de branche brisées se rapprochait à vive allure du campement,
les guerriers se préparèrent au choc en saisissant leurs armes et portant leurs
regards inquiets vers la sinistre brume verdâtre qui se mêlait au givre de
l’atmosphère.



« Par les démons ! C'est quoi cet être géant ! » balbutia Ryusei en apercevant
un être de plusieurs mètres de hauteur.



Sous l'impact du géant, qui était en fait un arbre en mouvement, la barricade
de Meijuk céda, une dizaine d'Elfes Noirs ayant de toute façon réussi à passer
outre grâce à leur agilité naturelle. Ils entrèrent au cœur du campement, les
guerriers d'Odin ayant formé un cercle défensif. Le reste des troupes ennemies
croisait le fer avec Hanz, Yshba et Thrall gonflés à bloc. Thrall se tenait sur
le flanc droit, il avait réussi à monopoliser deux Elfes Noirs qui croyaient
sûrement venir aisément à bout du fier Germain ... tout à coup un cri retentit.




« Attention Thrall...derrière toi ! » hurla Hanz dans un mouvement désespéré.

 

Thrall se retourna et vit quatre Fils de Fjalar fonçant sur lui. Arrivé à
quelques mètres de lui, un des nains sombres émit un son signifiant une douleur
atroce puis s'affaissa. Derrière lui, se dressait Yshba, tout souriant. Ce
denier prit une nouvelle dague et la lança avec grande vitesse ; l'objet
transperça le crâne du second nain qui tomba sans vie sur le sol. Thrall se
pencha pour éviter le tranchant de la hache d'un des deux Fils de Fjalar
restants. Le premier fut poussé en arrière par un coup de pied du guerrier
d'Odin, demeura sur ses pieds et lorsqu’il reprit l'équilibre ne vit pas la
hache de Thrall se rapprocher de son cou à grande vitesse. Ce dernier lui coupa
la gorge avant qu'il ne puisse se protéger. Hanz n'eut pas de mal de mal à
terrasser le dernier Nain.



- J'ai terrassé trois Elfes Noirs de mon côté, dit Hanz en reprenant son
souffle.

- Il faut rejoindre les autres et vite !

- Attends Yshba, prends ton arc et viens avec moi, nous allons passer par-derrière
ce bosquet et nous les prendrons à revers de nos traits.

- Fin tacticien Thrall, répondit Hanz en essuyant la lame de sa hache, moi je
vais rejoindre nos amis ! Et surtout, visez juste !



Une pluie de pierres enflammées illumina soudain la cime des arbres, tombant au
beau milieu de la course des deux archers. Des cris de douleur se firent
entendre peu après, Yshba hurlait sa douleur tandis que Thrall gisait à ses
côtés sans signe de vie. Hanz se retourna promptement et eut le temps de voir
deux rayons de lumière se diriger vers lui et lui pénétrer les deux épaules,
lui arrachant à son tour un râle de douleur intense. Une silhouette se
rapprocha de lui et une main aux doigts effilés lui prit le visage.



« Tes compagnons ont eu une bonne idée. La prochaine fois, assurez-vous tout de
même que vous avez bien fini le ménage. Je te laisse la vie, pour le moment, tu
seras ainsi aux premières loges pour écouter les hurlements de tes compagnons
».



La silhouette disparut dans la brume qui flottait à hauteur d'homme entre les
arbres corrompus, rejoignant le champ de bataille principal.



Le groupe principal était mené de la voix par Siegard. Ce dernier faisait
preuve d'un vrai sens tactique et avait à cœur de faire meilleure impression
auprès de ses amis que lors de leur précédant périple. D'une voix assurée et
ferme, il guidait Liu et Ryusei vers deux archers elfes noirs qu'ils eurent tôt
fait de terrasser en les prenant par surprise. Le coup était imparable : Liu
lançant des dards empoisonnés avec une précision diabolique, Ryusei achevait
les victimes qu'il avait monopolisées dans un premier temps par des hurlements
et des courses folles, sautant à droite et à gauche, esquivant les flèches,
laissant les deux archers à la merci de la sournoiserie de Liu. Soudainement,
Siegard aperçut une forme derrière le chef des Elfes Noirs, reconnaissable à
son armure lui couvrant l'ensemble du corps et brillant d'un puissant halo
violacé. L’être avait la forme d'un arbre ou d'une branche. L'être forestier
prit Ryusei qui venait d'ôter la vie du second archer et le souleva dans les
airs pour le rabattre par la suite sur le sol, projetant dans la foulée Liu
contre un rocher distant d'une bonne centaine de pas. Siegard observait la
scène tout en se rapprochant à toute vitesse du feu de camp et en hurlant à ses
compagnons « un Arbre enchanté, nous n'avons aucune chance sans feu, il faut du
feu !! ». Tout à coup, trois gros humanoïdes lui bloquaient la vue et le
passage. Sans ralentir, il évita un premier Homme-Bête, toucha mortellement le
second à l'abdomen et repoussa de son pied le troisième, se servant de lui
comme tremplin pour accentuer sa vitesse. La grâce du guerrier d'Odin et son
agilité étaient pour le moins surprenantes, ce que Rahotep qui avait suivi
l'action depuis le début put attester par la suite auprès de ses amis.



Lorsque Siegard eut passé les trois humanoïdes, l'être forestier n'était plus
là, volatilisé. Le dernier Homme-Bête lui faisait face ... leurs yeux se
croisèrent, Siegard entra dans une rage folle, sa peur alimentant autant que
son courage la folie meurtrière qui s’emparait de lui. Les veines de son cou se
mirent à se tendre au point qu’on eût dit qu’elles allaient se rompre sous la
pression du sang qui trouvait dans ses yeux un exutoire improbable. Son visage
torturé se crispa davantage encore lorsqu’il hurla son ire : « Tu vas périr
sous mes coups, tu vas payer pour cet arbre maléfique qui a broyé mes
compagnons, tu ne seras bientôt plus qu’une bouille infecte ! »



Pendant ce temps, au cœur du campement devenu champ de bataille, les autres
guerriers d'Odin se battaient contre des adversaires de plus en plus dangereux.
A côté des Elfes Noirs qui montraient une agilité hors du commun et qui
esquivaient tous les coups, un Troll était apparu, faisant tournoyer au-dessus
de sa tête un masse d'arme spectaculaire, hérissée de pics dévastateurs,
poussant des grognements porteurs de terreur pour le commun des mortels.



- Meijuk, sais-tu comment battre un tel adversaire ? questionna Akurgal qui se
tenait à ses côtés, les yeux emplis de crainte.

- Lance une dague vers lui pour attirer son regard, moi je suis l'attaque et je
profite de sa garde baissée pour le tuer.



Le Mésopotamien opina et retira une petite dague de sa ceinture. Akurgal
n'était pas le meilleur des combattants au corps à corps, mais son courage
n'était pas à démontrer et son agilité compensait son manque de musculature.
Arrivé à une vingtaine de pas du géant, Akurgal lança sa dague avec force et vigueur,
elle se planta dans son œil ... au même moment Meijuk lui assenait un violent
coup au genou, mais ce coup n'eut pas l'effet escompté. Les deux guerriers
d'Odin se remirent en garde tandis que le Troll les invectivait, les défiant de
revenir au contact.



- Prêt pour une autre passe Akurgal ?

- Et comment, fit le Mésopotamien ragaillardit par ce premier assaut ! « Mon
premier coup lui a crevé l'œil, ce qui ne semble pas le faire souffrir outre
mesure. Cet être doit être pris de folie, ou il est sous contrôle d'un puissant
chaman. Très bien, nous allons donc changer d'approche ... »



Meijuk se dirigea pour une seconde fois vers le géant, cette fois-ci le monstre
était armé, un arbre déraciné lui servait de gourdin. À l'arrivée de Meijuk, le
Troll s'élança et manqua les deux guerriers. Meijuk se retourna vers son
compagnon et lui fit signe de prendre son élan. Meijuk fit une manœuvre qui
l'amena derrière la créature, il s'élança sur l'arrière du genou ainsi exposé,
le coup fut profond mais non mortel. Au même moment, une force invisible
embrassa le champ de bataille, projetant l'ensemble des combattants au sol,
jusqu’à Siegard qui venait de terrasser son adversaire et s’apprêtait à venir
en aide à ses compagnons.



« On dirait que mes créatures ont besoin de moi, c'est un comble, comment de
simples serviteurs d'Odin pourraient nous poser problème ».



Nibel était le seul à ne pas avoir été mis KO par le choc de l'onde qui s'était
propagée suite au sort lancé par le sorcier qui ne cachait plus son visage.
Nibel était devant le sorcier qui avait mené cette attaque et qui venait de se
débarrasser de ses derniers serviteurs sans le moindre état d'âme.



« Et alors, voici un guerrier qui refuse de rejoindre ses compagnons dans les bras
d'Hel ? »



Le sorcier n'eut pas le temps de prononcer d'autres mots, la lame de Nibel
découpa le ventre du sorcier qui plia l'échine en recrachant son sang ... Nibel
se recula quelque peu pour se donner un bon angle d'attaque. Soudainement la
plaie du sorcier se cicatrisa comme par enchantement. Nibel ne perdit pas une
seconde et transperça le cœur de son adversaire qui s'affaissa.



« Je ne sais comment tu as fait mais ne crois pas m'avoir vaincu, nous nous
reverrons maudit chien ! »



Dans un éclat de lumière, le sorcier disparut du champ de bataille, laissant la
seule brume recouvrir peu à peu les corps de ses serviteurs. Lorsque Siegard
reprit connaissance, Nibel ne souffla mot sur ce qui s'était passé. Ils
réveillèrent simplement leurs compagnons, s'empressant de soigner Yshba, Thrall
et Hanz qui étaient les plus touchés.



- Nous avons eu chaud cette fois-ci, ces forêts sont réellement dangereuses. Je
ne savais même pas que les arbres vivaient, toute cette magie ...

- Nous sommes vivants, c'est bien là l'essentiel Rahotep, coupa Akurgal. « Nous
devrions nous occuper de remettre sur pied nos amis le plus vite possible,
cette troupe savait visiblement où nous trouver, il serait dangereux de rester
ici ».

- Tu as raison, affirma Siegard qui venait de rejoindre les deux hommes,
pendant qu'Inyan s'occupait des blessés avec Meijuk.



Inyan inspecta avec soin les blessures de ses compagnons. Il fouilla
frénétiquement dans sa sacoche, avant de la jeter au sol, de dépit. « J'ai besoin
de quelques mousses ! Il faut que je trouve de la roche, je sais ce dont j'ai
besoin, je l'ai appris auprès d'Hildegaard à Troudheim. Nos compagnons risquent
d'y laisser leur peau si je ne trouve pas ce que je cherche », assura-t-il.



Meijuk rappela tout le monde autour des blessés. Il fallait faire vite,
ramasser les tentes, du moins ce qu'il en restait, se répartir les affaires des
blessés et partir au plus vite à la recherche de roches susceptibles d'être
recouvertes des mousses qu'Inyan cherchait. Yshba, Hanz et Thrall souffraient
de multiples blessures les condamnant à être des fardeaux pour leurs amis. La
situation était périlleuse, le moindre combat pourrait leur être fatal, ils ne
pouvaient plus se défendre seuls. Après une marche de plusieurs heures, la
providence vint en aide aux aventuriers. Au beau milieu de la forêt, une
barrière rocheuse attira le regard perçant d'Inyan.



« Là », hurla-t-il de joie, « des roches humides ! Je vais chercher des
mousses, couchez nos amis, Meijuk prépare les pansements que je t'ai montrés
tout à l'heure, je reviens dans un instant ! »

Inyan n'attendit pas que ses amis proposent leur aide, il s'engouffra dans le
brouillard à toute allure.



- J'espère qu'il sait ce qu'il fait et qu'il ne va pas attirer je ne sais
quelle créature, murmura Dimitre en regard la silhouette disparaître.

- Aide-moi au lieu de tempêter, rétorqua Meijuk en couchant Thrall qu'il
portait sur son dos tandis que Memnoch s'occupait déjà d'Yshba. « Nos amis ont
besoin de nous, il sait ce qu'il fait, j'ai confiance. »

- Pour une fois, je suis d'accord avec Dimitre, s'avança Akurgal en regardant
au lointain. « Je ressens quelque chose de très mauvais, cette roche ... je ne
sais pas, cela me rappelle ... »



Akurgal ferma ses yeux et son esprit fut absorbé par le visage de Cléops,
déambulant dans les enfers sous le regard d'Ereshkigal. Il rouvrit les yeux,
son front perlant de sueur, trahissant une peur irrésistible.

« Cet endroit est maudit ! Je vais avec Inyan, il va se passer un malheur, je
le sens ».



Inyan arriva en vue de la roche. Elle était bordée d'un gouffre d'où émanait un
vent violent et un murmure qui lui arracha quelques frissons. « Charmant, où
est-ce que tu t'es encore fourré Inyan », pensa-t-il en longeant doucement le
gouffre. Après quelques minutes, il parvint devant une entrée, une grotte. Il
pénétra à l'intérieur en se préparant au combat. Son regard fut attiré par des
lueurs lointaines, luisantes. « C'est ça, je savais qu'il y en aurait dans ces
terres humides et puantes ! ». Hildegaard lui avait enseigné sur l'oreiller ses
riches connaissances sur la flore d'Asgard. Elle lui avait parlé entre autre
des mousses luisantes, remède très efficace contre les brûlures. Inyan se
rapprocha de ces dernières et fit bonne récolte. Il ficha contre la paroi
humide la torche qu'il avait allumée en pénétrant dans la grotte au moyen de sa
pierre à feu druidique pour ramasser plus rapidement de la mousse, lorsqu'il
vit une silhouette monstrueuse se détacher à quelques mètres de lui. Il fit un
bond en arrière et se mit en garde. Doucement, Inyan se rapprocha de ce qui ne
ressemblait à rien de connu, « Un monstre mort » se dit-il, « c'est toi qui
rend l'atmosphère si infecte ».



Inyan se tenait près du monstre qui gisait à terre. Bien qu'il le pensât mort,
ses sens lui disaient que quelque chose n'allait pas. Il comprit au moment où
un rayon d'énergie rouge traversa l'air dans un grésillement. Esquivant avec
difficulté le coup à cause de la surprise, il se remit en position de combat.
Ses amis ne se doutaient pas que dans la grotte sombre où venait de pénétrer
leur ami à la recherche des mousses nécessaires à son remède un combat venait
de commencer. Inyan lui-même ignorait tout de cet endroit qui allait pourtant
changer l'histoire de ces temps anciens ... tout juste avait-il remarqué les
inscriptions étranges au plafond, mais il ne savait pas que ce qu'il allait
devoir affronter était un Helmodi ! Ce dernier empêchait Inyan de rejoindre ses
compagnons en profitant de la petitesse du passage. Il les héla au combat, et
fut surpris : il entendait à peine sa propre voix. Un sort étouffait les sons
et les odeurs ... Les autres étaient en train de soigner leurs blessures, ils
ne pouvaient venir ... il fallait vaincre seul.



Il fit un rapide mouvement de son épée parcourue de traits de givres divins. La
créature blessée ne pouvait le vaincre tant qu'il gardait son arme magique.
Aussi, un rayon de lumière verte partit dans la direction du guerrier. Il
l'esquiva sans peine, avant de se rendre compte que le rayon ne le visait pas
lui, mais une grosse racine sortant de la paroi à droite d'Inyan. Et il se
rendit compte des effets lorsque, voulant se déplacer, il se sentit retenu. Son
arme était coincée dans la racine qui l'entourait de plus en plus, comme si
elle venait de prendre vie, impossible de l'en ressortir. Il l'abandonna en
maugréant et dégaina son glaive électrifié. « Je te finirais quand même, être
immonde et puant ! » Il se jeta avec fureur sur le Helmodi et lui planta
maintes fois dans le corps son glaive, sa force décuplée par sa rage. Des
liquides et des humeurs béaient des plaies du monstre. Puis, soudain, la
créature sembla se dégonfler avant de s'effondrer définitivement. Inyan
s'essuya dans les débris de cape lui restant. Son manteau avait été détruit
dans le combat, déchiré par les mouvements et les rayons de magie... « Il
faudra faire avec, j'espère qu'il ne fera pas trop froid là où nous allons »,
se dit-il. Il décoinça ensuite avec difficulté son épée de la racine et
récupéra ses affaires éparpillées au sol par la lutte. En sortant de la
caverne, il entendit une voix féminine l'appeler, comme si cette dernière lui
disait de revenir en arrière ... Il fut parcouru de frissons et d'images
morbides, et s'éloigna hâtivement de cette sinistre grotte.



« Inyan ! Tout va bien ? » Akurgal arriva en reprenant difficilement son
souffle. « Tout va bien, j'ai ce qu'il nous faut. Viens, la mort rôde
là-dedans, ne nous attardons pas », répliqua simplement. Akurgal jeta un coup
d'œil dans la caverne, son compagnon lui prenant alors vigoureusement le bras
et le tirant vers lui. « Viens je te dis », insista-t-il. Les mousses d'Inyan
firent des miracles, comme si elles se nourrissaient des brûlures des trois malheureux.



Le groupe reprit sa pénible route le plus vite possible. Ils décidèrent de ne
plus s'arrêter avant d'être sortis de cette maudite forêt. Les journées de
marche furent encore nombreuses, à travers la puanteur, le froid, la peur de
tomber sur d'autres patrouilles qui ne vinrent finalement jamais. Au bout de
dix-neuf nouvelles journées, Memnoch monté à la cime d'un grand arbre apporta
enfin la bonne nouvelle : « Des montagnes, droit devant ! Je vois la grande
étoile briller au dessus d'elles ! Nous arrivons enfin ! »



- Dis-moi Siegard, ce n'est pas vraiment le chemin que Gunther nous avait
décrit ..., s'étonna Rahotep. « Nous n'avons pas traversé la Trouée des Ases
... nous serions-nous trompés ? »

- Je ne crois pas. Je pense que nous avons dû errer un bon bout de temps,
trouvant un nouveau passage au cœur de la grande forêt. Nous avons évité la
Forêt des Elfes Noirs, c'est le plus important. Hâtons-nous, il me tarde de
revoir le ciel, de voir un paysage moins hostile !



Le vœu de l'Asgardien ne fut pas exaucé bien longtemps. S'ils sortirent de la
forêt, la clairière qui les accueillit était recouverte d'une épaisse brume
givrante tout aussi inquiétante. Il suffisait de tendre sa main en avant et de
la laisser quelques instants ainsi pour voir apparaître les premiers effets
d'une fine couche de givre. Seule la barrière de montagnes blanches
apparaissait à l'horizon, les hauts sommets découpant leur sinistre silhouette
dans le soleil couchant.



- Charmant, je ne le dirais jamais assez, quelle magnifique contrée. Une brume
givrante à découper au couteau, nous atteignant le cou ... ainsi nous ne
saurons même pas sur quoi nous marchons. Des montagnes peu accueillantes, et
que vois-je, des nuages noirs, plus noirs que la nuit, traversés d'éclairs tout
à fait magnifiques.

- Inyan a raison, nous devrions trouver rapidement un abri, j'ai bien peur que
cette tempête ne se dirige vers nous ... serait-ce encore la colère de Thrym ?

- Si c'est ça, rétorqua Liu en regardant Nibel, autant retourner dans la forêt
!

- Pas question ! On se dépêche, on fonce vers ces montagnes et on y cherche une
grotte. Moi je ne remets plus un pied dans cette forêt nauséabonde ! s'énerva
Dimitre en multipliant les gestes de menace.



Akurgal se rapprocha de lui et le calma. Se retournant vers le reste du groupe,
il intervint avec calme.

« Dimitre a raison. Nous devrions rejoindre les montagnes. Elles ne sont pas
trop loin, le vent n'annonce pas de tempête immédiate. Si nous nous hâtons,
nous y serons avant qu'elle ne se déclenche vraiment ».



Le Mésopotamien emporta la conviction de ses amis et le groupe se dirigea le
plus vite possible vers la barrière montagneuse. Le givre se formait sur leur
corps endoloris, rendant les mouvements de plus en plus pénibles. Hanz était
au-devant et trouva enfin un passage où le brouillard se dissipait petit à
petit. Il s'engagea avec ses amis le long d'un petit chemin étroit montant dans
la montagne. Les pierres étaient glissantes, ce qui sauva l'éclaireur lorsque
le projectile qui lui était destiné vint frapper la roche alors qu'Hanz venait
de trébucher.



« Espèce de petite vermine ! » gronda Hanz, d'un ton méprisant et teint d'une
fureur que les autres ne lui connaissaient pas. Il empoigna sa hache, et marcha
d'un pas déterminé vers le Nain qui se tenait devant lui. Alors le corps du
nain se déforma horriblement, pour prendre finalement l'aspect d'une créature
humanoïde maigre et dégingandée à la peau lisse et grise. Cependant, la
créature était d'une force peu commune, car elle souleva sans difficulté une
roche à sa portée, la lançant sur Hanz accompagné d'un cri de rage. Ce dernier
esquiva sans difficulté le projectile et bondit sur son adversaire à qui il ôta
la vie en fichant sa hache au beau milieu de son visage déformé. « Pas la peine
de te transformer monstre, tu étais assez immonde comme ça ! »

 

Un peu plus loin une naine grise affrontait Memnoch, tout en hurlant d'une voix
aigüe: « Maîtresse, maîtresse, Aidez-moi!... J'ai fait tout ce que tu m'as
demandé, Aidez-moi, ce guerrier risque de me tuer ! ».



Une Elfe Noire juchée sur un rocher qui se trouvait à quelques pas la regarda
froidement. « Compte là-dessus ! » marmonna-t-elle, tout en entamant une
incantation. Une volée de projectiles magiques jaillit de ses doigts, météores
à l'étonnante couleur pourpre qui frappèrent la créature avec précision, la
propulsant contre Memnoch. Ce dernier se dégagea du corps inerte, et se releva,
regardant froidement son nouvel adversaire. « Il va falloir jouer serrer,
celle-là ne se laissera pas faire ... » marmonna-t-il en serrant entre ses
dents. Il contourna la sorcière pour tenter de l'attaquer par-derrière. Cette
dernière avait une dague dans chaque main, et frappait avec violence, menaçant à
chaque seconde de percer le cuir de l'armure du guerrier d'Odin. De son côté,
elle semblait bien encaisser les coups. Memnoch avait reçu plusieurs blessures,
le sang maculait son armure, et il boitait un peu, mais il se battait comme un
enragé. « Maintenant » pensa-t-il lorsqu'il se retrouva derrière son adversaire
suite à une roulade lui ayant permis d'éviter un des projectiles magique de
l'Elfe Noire. Lorsque Memnoch frappa, plantant sa lame dans le dos de la
sorcière, celle-ci hurla, puis se retourna en effectuant un large mouvement de
taille. Memnoch ne put esquiver le coup, et la lame lui ouvrit son plastron de
cuir, brisant plusieurs côtes. La violence du choc l'envoya à nouveau rouler
dans la neige ensanglantée, et il ne se releva pas. Son adversaire s'effondra à
son tour, la vie la quittant dans un dernier râle.



Alors que Memnoch s'écroulait, Thrall saignait abondamment suite aux nouvelles
blessures encaissées face à un Troll. « Je ne tiendrais pas longtemps Meijuk,
les blessures que j'ai reçues dans la forêt des Elfes Noirs se réveillent, je
sens leur brûlure ... je ne pourrais pas encaisser un coup de plus »
balbutia-t-il péniblement. De fait, la situation n'avait rien de réjouissante.
Yshba était hors de combat depuis qu'il avait reçu avec Thrall et Hanz la nuée
de météores ardents quelques jours plus tôt, au beau milieu de la Forêt des
Elfes Noirs, même si les pansements d'Inyan avaient fait des miracles, leur
sauvant la vie. Hanz était celui qui s'en était le mieux remis et il défendait
à présent un Yshba pouvant à peine se tenir debout. Thrall était à son tour
hors de combat, Meijuk restait seul face au Troll qui s'apprêtait à charger une
nouvelle fois, une dernière fois .... Après quelques instants pendant lesquels
les deux adversaires se jaugèrent sans rien dire, Akurgal et Rahotep sortirent
du brouillard enveloppant le canyon lugubre, regardant autour d'eux comme s'ils
s'attendaient à tomber sur une horde d'ennemis. Akurgal enregistra la scène en
un instant. Yshba, près d'Hanz étendu par terre... Meijuk et Thrall en train de
combattre un monstre ... Memnoch tombé ...



- Nous sommes arrivés trop tard ! se retourna-t-il d'un air inquiet vers
Rahotep.

- Ce n'est pas certain ... ce brouillard nous a séparés, ils nous sont tombés
dessus ... on n'entend rien, rien n'est décidément naturel dans ces terres
gelées ... viens Akurgal, nos amis ont besoin de nous, Thrall semble touché,
Meijuk n'y arrivera pas seul face à ce monstre !

- Je suis avec vous, cria Inyan en émergeant à son tour de l'épais manteau
brumeux. « Les autres se battent contre des nains gris, ils y arriveront sans
peine. Ce Troll est bien plus dangereux, ces êtres ont une force surnaturelle
et certains sont de puissants chamans, ne lui laissons aucune chance ! »



Inyan se rua au combat, avec un cri de guerre à dresser les cheveux sur la
tête. Akurgal courut vers Yshba, le plus proche de lui. Il vérifia en un
instant qu'il tenait le coup, Hanz lâchant un bref « ça ira je m'en occupe »,
puis se précipita vers Memnoch, toujours étendu face contre terre. Il le
retourna. Il était livide et respirait à peine. Akurgal posa ses mains sur
l'horrible blessure, priant ses divinités de l'aider à sauver son compagnon.



« Ô Gula et Nabû , que vos regards bienfaiteurs se posent sur mon compagnon
touché par le courroux de démons qui souillent ces terres austères. Je m'en
remets à vous, humble serviteur que je suis, j'en appelle à votre bonté qui
saura être louée en Asgard tout au long de ma vie ! »



Alors qu'Akurgal s'occupait de son ami, tous entendirent le rugissement d'Inyan
qui approchait en brandissant sa redoutable épée. Déjà occupé par Meijuk qui le
chargeait une ultime fois, le Troll reçut de plein fouet l'attaque d'Inyan, la
pointe s'enfonçant profondément dans son flanc, le soulevant de terre de
quelques centimètres et le projetant en arrière, Rahotep portant à son tour un
coup de glaive dans le genou gauche, le faisant vaciller définitivement. Le
Troll lança alors un puissant sort qui propagea une onde de choc renversant ses
deux opposants. Comme il se relevait pour repasser à l'attaque et profiter de
leur chute il ne vit pas Meijuk lui sauter à la gorge et lui enfoncer une dague
dans le cou tandis que l'autre main abattait sa hache dans son dos. Le géant
remua encore faiblement puis trépassa avec un dernier gargouillis indistinct.



Pendant ce temps, le combat touchait à sa fin dans l'arrière garde des
guerriers d'Odin.



Dimitre avait réussi à asséner plusieurs coups de hache mais le Nain qui lui
faisait face ne semblait guère s'en ressentir, alors que Ryusei gisait dans la
neige un peu plus loin, grièvement blessé à son tour. Un Elfe Noir apparut
soudain aux côtés du nain détournant brièvement le regard de ce dernier.
Dimitre en profita pour le frapper à une épaule. La créature siffla de douleur
et laissa tomber sa hache, son bras gauche pendant maintenant inerte, recevant
le coup fatal dans un cri de rage du Caucasien qui lui décolla la tête. Tout à
sa joie, Dimitre fut trop occupé pour percevoir ce qui se tramait à quelques
pas de lui. Nibel échappait aux assauts de deux Fils de Fjalar par une série de
coups et d'esquives. Un coup de dague vicieux trouva le défaut de l'armure du
premier au genou droit et il fut rapidement prit de convulsions, vomissant son
sang noirâtre de toutes ses forces. Ryusei tua net le second en le frappant
dans le dos de son glaive électrifié, le Nain s’effondrant, face contre terre,
avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, parcouru dans tout son être de
chocs électriques lui ôtant son dernier souffle.



« Et bien, vous voilà à point nommé Ryusei et Liu ... Vos attaques sournoises
sont toujours aussi redoutables ! »



La chance ou plus certainement la protection d'Odin fit le reste. La tempête ne
rejoignit jamais ses fiers guerriers qui avaient tant souffert dans ce périple.
Il fallut encore de nombreuses semaines de marche à travers les Montagnes
Blanches sous le regard éternel de la Grande Etoile du Nord. Ce fut plus morts
que vifs, épuisés et hagards que les guerriers d'Odin arrivèrent enfin en vue
de la majestueuse forteresse d'Odin. Leur calvaire touchait à sa fin. La barbe
fournie qu'ils arboraient tous en disait long sur le temps passé depuis les
ultimes recommandations de Gunther. Ils ne le savaient pas encore, mais quatre
mois s'étaient écoulés ...









La Forteresse Sacrée








Nibel posa un regard circulaire sur la pièce dans laquelle il se trouvait. Il
était là, assis dans un lit confortable, entouré de meubles richement ornés de
motifs rehaussés d'or, dans une pièce chaleureusement éclairée par le feu d’une
cheminée surmontée d’une tête de dragon toute droit sortie des plus anciens
contes d’Asgard. Le jeune homme regarda un long moment la sculpture, avant de
se prendre la tête entre les mains, désemparé. « Mais où suis-je ? Que s'est-il
passé ? Nous étions devant la Forteresse d'Odin, au bout du chemin, nous avons
gravi les longues marches de pierre menant à la porte gardée par ces deux
guerriers et, le trou noir, je ne me souviens plus de rien. ». Nibel enfila une
des parures qui avaient été mise à sa disposition et sortit de la pièce qui lui
avait servi de chambre, empruntant un long couloir éclairé par de multiples
torches crépitantes. Le sol était fait de grandes dalles de couleurs différentes
semblant représenter des motifs particuliers mais le guerrier d'Odin n'y
prêtait pas réellement attention, son regard étant absorbé par les fresques
murales aux thèmes guerriers. On y voyait des guerriers asgardiens lutter
contre des géants, des dragons tel celui qui trônait dans sur la cheminée qui
l’avait accompagné dans son sommeil, des monstres divers dans des paysages
ressemblant à la terre d'Asgard que lui et ses compagnons avaient parcourue
pendant des mois.



« Guerrier, que faites-vous dans ces couloirs sombres ? Venez avec moi,
quelques-uns de vos amis sont dans un de nos salons ».



Nibel regarda le fier garde qui le toisait du haut de ses deux mètres. Ce
dernier n'était qu'un garde, mais son allure ressemblait plus à celle d'un
noble, sûr de sa force, dégageant un charisme inhabituel pour un homme de son
statut.



- Que s'est-il passé, nous sommes bien dans la Forteresse d'Asgard ? finit-il
par demander doucement, intimidé par son interlocuteur.

- Vous en apprendrez davantage auprès de vos amis, veuillez me suivre dans le
salon des invités.



Après quelques minutes de marche dans les dédales de la Forteresse, le garde
ouvrit une porte menant au salon des invités. La salle était vaste,
chaleureuse, un grand feu se consumait lentement dans une cheminée centrale. Un
petit groupe d'hommes discutait au coin du feu, assis sur une grande peau
d'ours posée à même le sol. Nibel reconnut tout de suite Akurgal, Hanz,
Rahotep, Inyan et Memnoch. Comme il s'approchait d'eux en contournant une table
circulaire qui se trouvait sur son chemin, Nibel ressentit une grande tape dans
son dos qui lui fit faire immédiatement volte-face, ses sens aiguisés l'ayant
presque conduit à riposter.



- Oh là, doucement Nibel ! C'est moi, Meijuk, tu ne vas tout de même pas me
tuer maintenant que nous sommes arrivés à bon port !

- Excuse-moi, je, enfin j'ai été surpris. Je crois que toutes ces aventures me
jouent des tours, je suis nerveux.

- Nous le sommes tous, venez donc vous asseoir avec nous, vous deux, il fait
bon ici.



Meijuk et Nibel suivirent l'invitation d'Inyan et s'assirent aux côtés de leurs
compagnons. Rahotep expliqua ce qui s'était passé. Voilà deux jours, ils
avaient enfin réussi à pénétrer dans la Forteresse d'Odin, objectif de leur
périple à travers Asgard. Nibel s'était effondré d'épuisement en haut des
marches et il avait été conduit comme ses amis dans des chambres personnelles
qui leur étaient destinées. Nibel avait tout simplement dormi pendant deux
jours, les autres un peu moins peut-être, mais une chose était certaine, leur
odyssée les avait épuisé, vidé de leurs forces physiques et mentales. Le petit
groupe pu se restaurer au coin du feu, chacun évoquant les passages les plus
durs du voyage, comme s'ils voulaient les exorciser, Nibel finissant par
entonner un chant joyeux réconfortant chacun de ses amis. Akurgal avait réussi
à avoir des nouvelles des autres et tous se portaient bien, du moins tous
vivraient. Yshba et Thrall se remettaient doucement dans leur chambre grâce aux
soins des médecins de la forteresse.



La troupe se retrouva petit à petit les jours suivants, parcourant les méandres
du vaste bâtiment, récupérant au mieux. Siegard avait été prévenu d'une réunion
auprès d'une personnalité importante du royaume dès que les derniers blessés
pourraient être sur pied, ce qui fut le cas une semaine plus tard lorsque le
dernier, Thrall, rejoignit ses amis dans le salon pour profiter d'un grand
repas. Le chef de la garde de la forteresse avait laissé un message à Siegard «
Notre Grande Prêtresse vous accueillera demain dans le sanctuaire de la Grande
Etoile du Nord, au coucher du soleil ». Le repas fut gargantuesque et tout le
monde en profita, même les plus réservés comme Yshba ou Ryusei, la bière aidant
à faire tomber les dernières inhibitions.



Comme convenu, le lendemain soir, les guerriers furent conduits au sanctuaire.
La salle était circulaire, à peine éclairée par quatre torches. Le plafond
était assez extraordinaire, sous forme d'une coupole qui laissait voir le ciel
étoilé et la Grande Etoile du Nord. « Voilà pourquoi elle se nomme ainsi, elle
se détache si clairement au sein de ce ciel sombre qu’elle doit être visible de
tous les coins de la Terre », pensa Akurgal en admirant le ciel et l’architecture
qui n'avait rien à voir avec ce qu'il connaissait en Mésopotamie. Yshba,
contrairement à ses compagnons qui se perdaient dans leurs pensées en regardant
la voûte céleste, fixait une petite embrasure qui donnait sur l’extérieur.
L'air, lourd et froid, semblait vouloir s'installer, encore et toujours, sur
cette terre déjà au combien meurtrie par la rigueur du climat. Il avait
retrouvé sa terre natale, mais en ce moment c’est celle qui l’avait vu grandir
qui lui manquait. Ce paysage, peint dans un blanc immaculé, s'étendait à perte
de vue, par delà même les Montagnes Blanches. La lumière de la lune et des
étoiles se reflétait sur les cristaux presque transparents qui parsemaient
toute la terre, transperçant corps et âmes de ceux qui osaient s'aventurer hors
de leur foyer. La neige commençait à se déposer lentement et doucement, les
flocons accompagnant dans un silence respectueux l’arrivée de la Grande
Prêtresse d’Odin. Yshba ne l’avait pas remarqué et se plongeait de plus en plus
dans ce paysage qui le fascinait autant qu’il le troublait. La neige se faisait
très abondante et se mit à tomber de plus en plus fort, allant s'écraser sur ce
sol ingrat comme si les Dieux eux même voulaient l'achever doucement en le
faisant inlassablement souffrir. Le vent s'était levé, faisant danser ce
manteau de douceur, le brouillard s'installait tranquillement tandis que
l'intensité lumineuse diminuait, engloutie par les nuages. Maintenant, la neige
tourbillonnait violemment et, les flocons allaient recouvrir les roches qui
ceignaient la Forteresse. Le souffle de cette tempête naissante raisonnait tel
un long hurlement, arrachant un frisson au jeune homme. Bientôt, d’un cou de
coude, Thrall le ramena à la réalité. Une femme se tenait sur une estrade, à
peine visible derrière un voile tendu devant elle. Le chef de la garde avait
prévenu que le protocole demandait à ce que les guerriers posent un genou à
terre et écoutent sans dire un mot. La Grande Prêtresse était une personnalité
très importante, « La seule à pouvoir rencontrer Odin en personne », avait-il
assuré. Cette dernière attendit de longues et pesantes minutes avant de parler.
Il leur sembla qu'elle sondait leurs esprits, du moins qu'elle testait leur
patience, leur respect vis-à-vis de celle qui demeurait une inconnue et, pour
qui ils avaient affronté mille et un dangers, au péril de leur propre
existence. Elle s'adressa à eux d'une voix douce, à peine audible, mais si
parlante ... un peu comme si elle s'adressait non pas à eux mais à leurs âmes.



« Guerriers d'Odin, vous avez réussi à trouver le chemin ancestral menant au
domaine sacré de notre seigneur à tous, Odin. Le seigneur de Troudheim vous a
préparé à cette rencontre, vous savez depuis votre arrivée en Asgard que votre
destinée est de servir le Grand Odin. Lorsqu'on y réfléchit bien, il y a tant
de choses que vous ignorez ... il est temps pour vous de prendre la mesure de
ce qui vous attend »



La prêtresse marqua un court moment de pause, laissant les guerriers
appréhender ce moment étrange, cette sensation nouvelle d'être en présence d'un
être se rapprochant de Cybèle .. était-ce une divinité ?



« Il y a tant de choses que vous allez découvrir, je vous envie d'un certain
côté. Vous êtes au commencement d'une vie qui vous mènera à la gloire éternelle
du Walhalla ! Mais trêve de mystères, laissez-moi vous expliquer la véritable
raison de votre présence en ces lieux. Asgard est sous la menace d'une
puissance occulte, d'une divinité ayant juré sa destruction. Nous avons
identifié cette menace comme étant Loki, membre de la famille de notre Grand
Odin en personne. La terre d'Asgard est certes ingrate mais elle est
essentielle pour la Terre. Odin a pour mission de faire perdurer les glaces
éternelles ... perdre Asgard signifierait la fin de l'humanité dans un
gigantesque soulèvement des mers, la fin de vos vies et de celles des êtres qui
vous sont chers de par le vaste monde, la fin de tout, la fin des dieux
eux-mêmes. Odin a vu en vous des élus, des guerriers destinés à se battre à ses
côtés, pour la sauvegarde d’Asgard. Tel a été l’oracle de Cybèle, déesse des
Terres du Sud, seule capable de voir dans le cœur des hommes l’éclat du Destin.
Car, lorsque le temps sera venu, lorsque vous serez prêts, vous pourrez devenir
des demi-dieux, vous serez alors les plus proches serviteurs des dieux ... Mais
avant, vous devrez servir Asgard, vous devrez ME servir. »



Marquant une nouvelle pause dans son discours, la prêtresse sortit de son
manteau de fourrure et de soie un parchemin qu'elle lut doucement, insistant
sur chaque mot.



« Comme guerriers d'Odin voici ce que j'ordonne. Réussissez et vous connaîtrez
les honneurs et la gloire, vous changerez le destin des Hommes. Echouez et
trahissez, vous subirez alors les tourments éternels de ma colère. »



La prêtresse égrena une longue liste de missions plus surprenantes les unes que
les autres. Les aventuriers écoutaient attentivement, ne comprenant pas tout ce
qui se disait, écarquillant les yeux devant la tâche qui leur incombait.
Lorsqu'elle eut fini, la vestale d’Odin sortit comme elle était arrivée,
mystérieusement, disparaissant dans l'ombre comme si le brouillard qui
entourait à présent la Forteresse l’avait happé. Le chef de la garde qui avait
assisté à la scène se releva et convia les guerriers à le suivre dans une pièce
voisine, une bibliothèque remplie de parchemins et d'écrits émerveillant à leur
simple vue Nibel, Akurgal et Rahotep, les plus intéressés par la quête de
savoir.



- La Grande Prêtresse m'a demandé de vous laisser à chacun un parchemin vous
rappelant vos missions. A partir de maintenant, il vous faudra mener vos
enquêtes seuls. Cette forteresse vous accueillera toujours. Lorsqu'elle le
jugera utile, la Grande Prêtresse vous rencontrera, en attendant je serais
votre interlocuteur. Sachez que le pendentif à runes que vous portez autour de
votre cou vous guidera maintenant vers cette Forteresse par un chemin caché au
commun des Mortels, une route magique qui vous évitera de passer par les
terribles territoires que vous avez empruntés pour venir jusqu'ici.
Reposez-vous, entraînez-vous, ces missions ne seront pas aisées. Odin a
cependant confiance en vous !

- Dis-moi, c'est un peu facile de nous lâcher comme ça, j'ai des questions à
poser à cette femme moi, je dois savoir d'où je viens, qui je suis réellement.
Gunther m'a révélé à Troudheim que j'en apprendrais bien plus ici, je demande
mon dû, insista Yshba d'une voix emprunte de menaces.

- Calme-toi Yshba, je crois que la prêtresse est bien trop importante pour
qu'on puisse l'interpeller de la sorte, tu …

- Toi, je ne t'ai rien demandé, s'emporta Yshba en se retournant vers Akurgal.
« C'est mon problème ! Nous avons partagé des épreuves ensemble, mais nos
routes se séparent ici ! Nous devions arriver dans cette Forteresse, c'est
chose faite. Maintenant, ce qui m'intéresse, c'est mon histoire ! Je ne vois
pas en quoi tous ces événements m'intéresseraient ! »

- Tu devrais être plus respectueux, Yshba. Le Seigneur Odin vous a choisis
parce que la déesse Cybèle a vu en vous des êtres particuliers, inscrits dans
la voie de la Destinée tracée par les dieux. Vous êtes porteurs d'un espoir
pour Asgard, vous êtes des Elus, vous ne pouvez êtres des égoïstes. Ou alors,
il faudra en payer le prix. Je ne crois pas qu'Odin soit une divinité pouvant
laisser passer la trahison ! gronda le chef de la garde qui s’était rapproché
des deux hommes, la main serrée sur la garde de son épée.

- Il a raison, compléta Thrall en se rapprochant du guerrier. « Nous servons
Asgard, je crois qu'en retour, nous aurons les moyens d'en apprendre davantage
sur nous, sur toutes ces histoires. Tu connaîtras la vérité concernant les
tiens, je crois simplement qu'il faudra du temps. Cette terre mérite d'être
protégée, ces gens que nous avons vus à Troudheim méritent notre aide. »

- Tu parles sagement Thrall, je suis d'accord avec toi ! Chef des gardes, quel
est ton nom ?

- Konrad, rétorqua gravement le colosse et toisant Hanz l'air incrédule.
Pourquoi ?

- Et bien, Konrad, excuse notre compagnon, nous sommes juste un peu sous le
coup de l'émotion. Tout va si vite ! Nous nous acquitterons de nos tâches, sois
en certain. Nous ne décevrons pas les dieux !

- Je l'espère, pour nous tous, répliqua simplement le garde avant de quitter la
pièce.



Les guerriers quittèrent la bibliothèque et se dirigèrent vers le salon afin de
faire le point. Rahotep et Akurgal décidèrent de rester un peu dans cette
pièce, demandant quelques conseils de lecture à l'érudit qui travaillait en
silence derrière un petit pupitre. Respectueusement, le Mésopotamien s'adressa
à lui après avoir relu son parchemin.

« Ô Erudit, je suis ici pour vous demander avec mon compagnon quelques conseils
de lecture. Nous sommes les nouveaux guerriers d'Odin et nous avons en charge
plusieurs missions de la plus haute importance. Nous aimerions donc en
apprendre davantage sur certaines d'entres elles, avoir des pistes de lecture
... »



Tout à son travail, l'érudit fit signe de lui montrer le parchemin remis par
Konrad. Il le parcourut sans un mot.



« Missions de la Grande Prêtresse d'Odin




Valeureux guerriers, ces missions sont de la plus haute importance. Elles vous
mèneront vers des endroits dangereux mais la sauvegarde d'Asgard est à ce prix
!






I - Retrouvez les Pommes d'or d'Idunn : ce sont des artéfacts sacrés conçus par
Idunn, une de nos divinités. Une puissance occulte, Loki sans aucun doute, le
traître démon, semble désireux de les dérober ! Il nous faut les retrouver
avant que nos ennemis ne s'en emparent ! Ils semblent que les pêcheurs
travaillant sur les banquises savent quelque chose, questionnez-les.




II - La Corne d'Abondance aurait été dérobée par des Druides suppôts de Loki.
Un dénommé Bombadilos vous donnera de précieux renseignements, il vit dans les
Terres du Sud. Ramenez des fragments de cette Corne, aujourd'hui détruite,
avant que ces druides ne la reconstituent !




III - Trouvez les repaires des Nains : il y en a 6 que nous avons identifiés.
Ramenez les 6 gemmes naines vouées à la Déesse-Araignée cette monstrueuse
inspiratrice du chaos !




IV - Retrouvez l'antre de la Déesse-Araignée et terrassez-là. En la détruisant,
nous mettrons fin aux attaques de leurs monstres, les Odjurwigs et autres nains
maudits. Son antre serait quelque part dans une forêt de notre royaume. On dit
aussi que le Roi des Elfes Noirs aurait à voir dans le réveil de cette
monstruosité ... aussi, soyez sur vos gardes.




Les meilleurs et les plus valeureux d'entre vous porteront peut être un jour
les armes des dieux morts au combat. Mais pour ce faire, il vous faudra avant
maîtriser un savoir ancestral : celui du Courroux Divin ! »




Le sage redonna le parchemin à Akurgal sans dire un mot et se mit en quête de
quelques ouvrages au gré des multiples étagères. Il revint avec quelques
parchemins précieusement emballés dans des fourreaux de bois.



- Voici. Conservez-les jusqu'à ce que vous n'en ayiez plus besoin, mais ne les
égarez pas.

- Nous vous remercions, nous saurons en prendre soin, répondit Rahotep,
accompagné du regard par son compagnon. Les deux hommes prirent le temps de
lire en diagonale les textes qui étaient rédigés en runique, langue que tous
deux maîtrisaient certes petit à petit, mais il faudrait un peu de temps avant
de tirer la quintessence de ces écrits.

- Et bien Rahotep nous avons de quoi faire, nos amis seront contents de savoir
que nous avons des pistes ! Il ne restera plus qu'à choisir par quoi commencer
...



Les deux compagnons rejoignirent le salon chargés de ce savoir ancestral, qui
restait encore à traduire en profondeur. Du moins avaient-ils leurs premières
pistes.





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[1] Divinités mésopotamiennes. Gula est une déesse identifiée comme étant
capable de guérir ou d’infliger n’importe quelle maladie, d’où son surnom, la
doctoresse. Nabû est un dieu associé à l’écriture et la sagesse.

[2] Palais merveilleux où Odin accueille les héros méritants après leur mort.

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