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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Les mystères d'Anatolie


 


Les archers gardaient ce poste avancé depuis des semaines. Ils étaient relevés régulièrement par des compagnons et pouvaient retrouver un peu de repos dans la cité voisine de Karkemish (1). « Nous gardons le désert, Nanna-sig. Qui oserait pénétrer les terres d'Enlil ? Si encore nous étions aux frontières de l’Égypte... mais non, nous sommes face à ces Hittites décadents ! Qu'avons-nous à craindre de ces sauvages ? » Nanna-sig regarda Ku-nanna avec mépris. C'était pour lui un honneur de servir l'armée d'Enlil, donc un blasphème de mettre en doute les ordres venus du plus grand des dieux.
« Tu ferais mieux de rester concentré. Lu-Inanna et Lugal-apindu sont partis depuis trop longtemps, ils ont du trouver quelque chose. Je savais bien que ces reflets n'étaient pas normaux. »
Nanna-sig haussa les épaules « Bah, de toute façon il leur suffit de revenir en courant, nous arroserons leurs éventuels poursuivants de nos flèches. Et puis, au moins cela nous distraira un peu ! »


Ils écarquillèrent soudain les yeux, en même temps, et eurent à peine le temps de se jeter au sol pour éviter le corps désarticulé et ensanglanté de Lugal-apindu. A peine avaient-ils repris leurs esprits qu'ils croisèrent le regard sans vie de leur compagnon. « Lugal-apindu ! Qui t'a fait ça ! Qui a osé ! Quel chien ! », cria Nanna-sig dans un accès de rage.


   Lugal-apindu courait aussi vite qu'il le pouvait. La tour était enfin en vue, ses compagnons pourraient l'aider, le sauver. Trop tard. Il fut effaré par le spectacle qui le saisit d'effroi : une silhouette vaguement humaine se tenait devant lui, immatérielle. Cette vision ne dura qu'un instant, il reçut de plein fouet un coup de poing dans le ventre qui lui arracha un cri et l'envoya voler sur plusieurs mètres jusqu'à la tour de guet sur laquelle il finit sa course. La silhouette semblait porter une armure. Lugal-apindu n'en eut jamais le cœur net, il expira son dernier souffle, son corps n'avait pas supporté les blessures infligées par l'inconnu. Ses deux compagnons encore en vie se levèrent et bandèrent leur arc en direction de leur adversaire. Nanna-sig éructait de rage, Ku-nanna pleurait maintenant de peur. « Nous sommes des guerriers d'Enlil, comment oses-tu braver sa colère ? Retourne d'où tu viens démon ou j'en appellerais à la colère de mon dieu ! »


   Nanna-sig n'obtint pas de réponse. Il regarda avec horreur le poing de l'inconnu s'ouvrir brusquement, libérant une boule de lumière d'un éclat aveuglant. Il vit la boule enfler en un instant, puis éclater en des milliers d'étoiles filantes convergeant directement vers eux. A la vitesse du son, la vague d'énergie engloutit tout ce qui se trouvait dans la tour. Les deux archers, qui avaient fermé les yeux avant que la vague ne les atteigne, étaient debout au milieu des décombres de l'édifice. Le premier, Ku-nanna s'effondra en avant, une gerbe de sang accompagnant sa chute vers l'abîme. Une nouvelle vie venait de s'éteindre, la troisième en quelques instants. Le temps semblait s'être arrêté. Puis il reprit sa course immuable. L'inconnu s'approcha du guerrier en marchant. Un souffle de sable  balayait le champ de bataille – champ de massacre semblait mieux approprié tant les guerriers n'avaient rien pu faire. Nanna-sig put enfin détailler l'armure de l'inconnu : elle avait des reflets argentés et rouges, recouvrait partiellement son porteur. Le métal, s'il s'agissait de métal, était finement ciselé, de nombreux motifs décorant l'ensemble de l'armure. Il n'en avait jamais vu de pareille. De drôles de petites chaînettes semblaient lui donner la capacité d'épouser le moindre des mouvements de l'inconnu. Et ce casque ... on aurait dit une tête de cheval. Et cette lumière. Il devait s'agir d'un magicien, ce halo était bien celui d'une armure magique.


- Encore debout ? Et bien, dans ton état c'est surprenant. Tu saignes de partout, tu t'obstines à vivre ? C'est inutile, tu es déjà mort.
- Asham, cesse de jouer avec ce malheureux. Si tu avais fait plus attention, nous aurions pu éviter ces morts inutiles. Notre mission doit passer inaperçue. Il a suffi que je m'absente quelques instants pour que tu trouves le moyen de trouver des adversaires.
- Maître, ils auraient pu nous voir de leur tour de guet. Nous sommes en territoire adverse, alors j'ai cru...
« Suffit imbécile », rétorqua le second personnage avec froideur. « Tu auras tout le temps de te battre plus tard contre de réels adversaires. Enlil envoie des guerriers en Anatolie, les ordres du Sanctuaire sont clairs : nous devons savoir ce qu'il mijote, nous sommes ici pour enquêter. Accessoirement, je suis avec toi pour compléter ta formation. Bientôt, je devrai m'occuper de nouveaux éphèbes. Il faudra que tu sois prêt à affronter seul les dangers, à servir le Sanctuaire. Apprends à contrôler ta violence et tes pouvoirs : la vie de ces hommes aurait pu être épargnée. Et quand bien même ils nous auraient découverts, nos pouvoirs n'auraient pas été nécessaires pour nous en débarrasser. »
- Je m'en souviendrai Maître Yolos. Pardonnez-moi.
- En route. Remets ton manteau. Nous avons de longues journées de marche devant nous. Et, crois-moi, tous les serviteurs d'Enlil ne sont pas aussi faibles ; j'aimerai éviter de croiser leur route autant que possible, pour la réussite de notre mission. Dorénavant tu restes avec moi.


Nanna-sig s'écroula à son tour. Il avait eu le temps de préparer son âme pour son ultime voyage. Sa dernière pensée fut pour sa jeune femme et son fils. « Qu'Enlil veille sur vous ».


***


Le groupe de Pallas était parti depuis un bon moment. Un second s'était formé autour de Nibel et de Rahotep : Liu, Asturias, Akurgal, Meijuk et Harald les avaient rejoints. Les autres avaient décliné l'invitation, pour diverses raisons. Les élèves de  Choun Lee Jacq voulaient poursuivre leur entraînement intensif avant de s'aventurer plus avant dans les confins de l'Anatolie. Les chasseurs, guidés par Snyderthur, étaient partis quelques heures seulement avant le lever du jour ; Nekkar était le plus enthousiaste d'entre eux. Ce dernier désirait poursuivre son enseignement dans la nature et faire découvrir le nord de l'Anatolie. Le maître accepta la présence de Cléops et d'Artholos, « car les conteurs sont aussi les amis de la nature » leur signifia-t-il. De fait, seul Meijuk avait décliné l'offre de son mentor. C'est ainsi que moins de la moitié des élus reçurent, dans la matinée, le mot rédigé par Youbdino à leur intention.


« Messieurs bonjour à tous. Cela fait quelques jours que vous êtes installés ici, confortablement je l’espère. Vous êtes au courant maintenant que Cybèle, notre déesse, a perdu ses quatre filles et il vous incombe de les retrouver. Pourtant vous ne savez toujours pas ce que vous faites ici : et bien ce mystère va bientôt être éclairci ! Vous portez tous depuis votre plus jeune âge un petit pendentif mais vous n’avez jamais su ce qu'il signifiait. Dans la nuit, vous avez tous entendu des voix vous guidant vers notre magnifique sanctuaire. Voici ce que je puis vous apprendre.

Depuis la nuit des temps, les dieux dominent cette Terre. Ils nous protègent, nous, humains, humbles serviteurs de la nature. Cependant, certains hommes sont mauvais et les dieux ne pouvant tout faire ont décidé d’accorder un titre spécial à certains êtres : le rang de serviteurs des dieux. Vous en faites partie ! Voici pourquoi vous portez ces pendentifs ! Tous les ans, un groupe vient ici consulter Cybèle afin de savoir quel dieu l’a choisi. C’est votre tour ! Cybèle vous montrera la voie et une nouvelle vie va s’offrir à vous. Vous ferez certainement de bons serviteurs ! Mais avant de connaître votre destinée il vous faudra contenter notre déesse tutélaire et mériter son audience. Voici tout ce que je peux vous apprendre, personne n'en sait davantage dans la cité en dehors de Cybèle. C'est notre déesse qui vous expliquera tout un jour prochain …

Méditez, apprenez à vous connaître, car déjà un dieu a décidé que vous seriez son serviteur pour l‘éternité! Mais surtout, quoiqu'il arrive, ne vous séparez pas de votre pendentif ... »


Liu avait les yeux qui brillaient. Il n'en revenait pas. Son excitation était telle qu'il  ne tenait plus en place et marchait dans tous les sens. « Nous allons servir des dieux .... Quel honneur nous est accordé ! Je ne suis qu'un modeste mortel, j'ai du mal à croire que je puisse en être digne ! ».
« Cette révélation est en effet très surprenante Liu... cependant je pense que nous devrions nous concentrer  sur la quête qui nous a été confiée », lâcha simplement Meijuk. Il semblait totalement détaché. La lettre de Youbdino ne l'avait pas désarçonné, du moins c'est l'impression qu'il laissait à ses compagnons. Asturias, Harald et Akurgal étaient beaucoup plus inquiets. Le premier restait prostré, semblant chercher ses mots. « Nous ne sommes donc pas maîtres de nos actes », insista le Mésopotamien. Des divinités inconnues, visiblement extérieures à Hattousa nous jaugent ... il est possible que cette quête ne soit qu'un test qu'elles aient concocté à notre endroit. Dans ce sens Cybèle, serait un pion ... nous serions à la merci d'une déesse elle-même manipulée ! ». Harald avait le regard perdu, ses yeux sondaient le vide. Dans un souffle à peine audible il exprima ses craintes.
- Ta théorie, si elle se vérifie, est très inquiétante. Je n'aime pas à penser que les dieux s'acharnent sur nos pauvres vies. Qu'avons-nous fait de mal pour le mériter ?
Rahotep, le regard sombre, coupa court à la conversation.
- Ne nous perdons pas en conjecture, nous ferons le point avec nos amis le moment venu. En attendant, quittons Hattousa avant la nuit. La taverne fréquentée par Immungus avant sa disparition n'est pas très loin si l'on se réfère au dire d'Asturias : rejoignons-là au plus vite.


Depuis quelques jours, Rahotep s'était affirmé comme un leader. Son charisme était naturel, c'était un homme cultivé, mais c’étaient surtout son écoute et son assurance qui rassuraient ses compagnons. Il était plus âgé, son visage, en dehors de son œil borgne, était marqué par les épreuves de la vie. A côté de lui, le jeune Asiatique ressemblait à un enfant heureux de découvrir une nouvelle aventure à vivre. Passant les lourdes portes de bronze d'Hattousa, le petit groupe se dirigea plein est, suivant les directives d'Asturias. Les premières heures se passèrent pour le mieux, la seule gêne étant occasionnée par la brume tenace qui enveloppait les montagnes anatoliennes. Après cinq heures de marche, les aventuriers firent une halte devant un petit ruisseau. Alors que chacun épanchait sa soif et remplissait sa gourde, ce fut Liu qui brisa la quiétude ambiante.
«  Je crois que nous avons un problème ... »
- Que dis-tu Liu ? demanda son compagnon égyptien en fermant sa gourde pleine d'eau fraîche.
Meijuk se rapprocha doucement d'eux en préparant son arme. « Oui, visiblement nous avons un problème ... ne faites pas de gestes brusques, ces bestioles ne sont probablement pas venues pour boire .... Je crois qu'elles sont venues chercher un repas ».
- Ils sont énormes ! Ces chats sont énormes ! Et ces dents ... qu'est-ce que c'est que ces dents !
Tirant délicatement son glaive, Asturias reprit Nibel qui semblait incrédule.
- Ce ne sont pas des chats, ce sont des « lions dent de sabre ». Je les ai rencontrés dans quelques récits, je ne pensais pas en croiser un jour ... et surtout je n'ai jamais lu qu'ils avaient les yeux écarlates !
- Des lionnes Asturias, des lionnes. Nous rencontrons souvent ces félins le long des berges du Tigre et de l'Euphrate, les deux artères fluviales de mon doux pays. En Mésopotamie, nous offrons à Dumuzi des chèvres pour qu'il retienne la fureur de ces bêtes sauvages. Les femelles sont pires que les mâles. Si elles sont plus petites, elles chassent en meute de trois à six individus. Elles nous attaqueront ensemble ; pour le moment elles nous jaugent, elles cherchent celui qui est le plus puissant, le chef de meute.
Comme Akurgal l'indiquait, les trois lionnes dévisageaient longuement les aventuriers. Elles s'étaient écartées les unes des autres sans émettre le moindre son. Au centre demeurait la plus claire, « la plus âgée » indiqua le Mésopotamien, « c'est elle que nous devrons tuer en premier ».
- Pourquoi ne grognent-elles pas ? Peut-être veulent-elles simplement boire ? Peut-être nous laisseront-elles partir sans nous attaquer ?
- Tu t'égares Liu, ces bêtes sont possédées, leur regard est rouge de folie, elles vont attaquer ...


Meijuk n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Les deux lionnes les plus excentrées bondirent chacune sur ceux qui étaient les plus imposants, Meijuk et Harald. Meijuk parvint à éviter le premier coup de griffe de justesse et tomba en arrière en trébuchant sur une grosse pierre. Nibel intervint juste à temps pour éviter au fier montagnard une mort certaine. Il enfonça sa dague dans l'échine de la lionne qui poussa un horrible grognement de douleur en s'effondrant sur Meijuk. Le corps de la bête était pris de convulsions et menaçait maintenant d'étouffer le malheureux élu. De son côté, Harald avait reçu le soutien de Liu. Tous deux faisaient face à la lionne qui avançait maintenant à pas comptés. Elle semblait attendre que les deux aventuriers soient bloqués par la falaise qui se dressait derrière eux pour passer à l'attaque. Suivant les recommandations d'Akurgal, Asturias et Rahotep s'étaient portés au-devant de la plus âgée des trois. La pointe de la lance d'Akurgal la tenait à bonne distance, Asturias se préparant à abattre son glaive et Rahotep tenant fermement sa hache de bronze. Akurgal bondit sur l'animal en poussant un cri de rage teinté de peur, suivi de près par Asturias. La lance du Mésopotamien se brisa dans la gueule de la lionne qui bondit à son tour au contact de ses deux assaillants. Akurgal ne put éviter le premier coup de griffe qui lui entailla profondément l'avant-bras. Asturias n'avait pas eu plus de chance, les crocs de la bête furieuse saisissant sa cuisse. Il tenta désespérément de riposter avec son glaive mais le cuir de la lionne absorbait tous les coups. Alors que tout semblait perdu, que sa jambe allait se rompre sous la force de la mâchoire, les deux dents de sabre ayant traversé la cuisse du Dalmate de part en part, le fauve s'écroula à son tour. La hache de Rahotep s'était fichée à la base de son cou, lui sectionnant la colonne vertébrale. La bête menaçant encore Harald et Nibel rugit de fureur en voyant la scène et se jeta violemment sur ses deux adversaires. Sa folie avait pris le dessus et elle ne put éviter l'épée d'Harald tandis que sa gueule broyait le bouclier de Nibel. Aucun des élus n'avait perdu la vie. Asturias et Akurgal étaient cependant assez sérieusement blessés.


« Portons-les à l'auberge, ne restons pas ici, il y a peut-être d'autres lionnes ! » s'écria Meijuk en se débarrassant de l'emprise du fauve qui avait rendu son dernier souffle sur lui. « Quittons au plus vite cet endroit maudit ! »


 


Le voile se lève


 


L'auberge était sombre malgré les nombreuses torches qui crépitaient. Macubex se rapprocha d'un homme pouilleux,  adossé à un comptoir empli de verres et de bouteilles.
- Je voudrais de la bière d'Argos à emporter et de la viande de taureau sacré, salée de préférence, je dois voyager.
- Tu as de quoi payer étranger ? Ici on paye avant !
- Voilà de quoi te satisfaire, dit-il en jetant quelques pièces de bronze sur la table, maintenant fais vite.
L'aubergiste regarda les pièces avec attention. « Ça ira », finit-il par répondre laconiquement.


Rangeant la gourde de bière et la viande salée dans son sac, Macubex regarda une dernière fois les personnes de l'auberge. Il y avait foule, le bruit était assourdissant. Une bagarre s'achevait dans un coin, une table regroupait une dizaine de personnes s'amusant à descendre le plus de bières possibles. Dans un coin un homme avait les mains dans le chemisier d'une prostituée, pendant que dans son dos un enfant lui faisait les poches. Trois Sinanthropes ronflaient furieusement sous une autre table ... « Cet endroit est glauque ... mais je suis certain que l'on peut y apprendre plein de choses, il faudra que j'y revienne », pensa le jeune homme. Il s'enroula dans son manteau en quittant la taverne des voyageurs d'Anatolie. Il descendit les marches, rejoignant la route à travers les montagnes. Une puissante senteur de terre humide se répandait dans l'air vif de la nuit. Sa destination était encore très éloignée et comme son temps était précieux Macubex décida de voyager sans prendre de repos. Après plusieurs jours d'une marche éreintante, les montagnes d'Anatolie avaient cédé la place à la grande plaine du Caucase. Le soleil avait remplacé la brume, ce qui n'était pas une bonne nouvelle pour Macubex qui souffrait maintenant de la chaleur. Il avait croisé en route une caravane qui avait pu le renseigner sur le lieu d'habitation de Bombadilos. Cet homme semblait être connu ... il pourrait certainement lui apprendre des choses intéressantes, comme Joriams lui avait dit quelques jours plus tôt. Le périple prit fin à l'orée d'une forêt. « Une petite maison de pierre, fort basse, à demi-enterrée, dernière habitation avant la grande forêt : je brûle ». Alors qu'il allait frapper à la porte, Macubex eut la surprise de voir Bombadilos l'accueillir. Il n'était pas très grand, ni puissamment bâti, plutôt rondouillard. Ses cheveux bruns roux étaient soigneusement attachés avec un fil de lin, son regard vif disait à la fois prudence et  curiosité.


«  Et bien tu as fais vite ! Entre donc mon ami ! » fit-il le visage arborant un large sourire.
- Comment saviez-vous que j'arrivai ? Et qui vous a dit que j'étais votre ami ? questionna Macubex aussi surpris que méfiant.
- Je suis le fou du Caucase ! Je suis fou, mais je sais tout ! Allez, donne-moi ta bière, donne-moi ta viande. Ma femme va nous préparer un repas succulent, que dis-je, divin ! Pendant ce temps nous descendrons quelques bières au coin du feu.


Macubex n'était pas homme à faire confiance au premier venu. Pourtant ce Bombadilos ne semblait pas être dangereux. Son jeune fils était très serviable et l'avait débarrassé de son sac dès son arrivée dans le couloir. La femme de Thomas était superbe, bien plus jeune que lui. Les odeurs qui émanaient de sa cuisine justifiaient les superlatifs employés par son mari.
- Assieds-toi et parle-moi de toi, dit Bombadilos en servant un pichet de bière à l'Hindou. Parle-moi de ton pays.
- Je ne suis pas ici pour ça, je suis venu car...
- Tu veux savoir où sont les filles de la Déesse de la nature, la sublime Cybèle. Détends-toi, je te l'apprendrai, mais avant parle-moi de toi ...
- Qui t'a dit que je voulais savoir ça ? Qui es-tu réellement ?
«  Je suis Thomas Bombadilos, le fou du Caucase, celui qui sait tout ... »


***


Après neuf journées de marche intensive, le groupe de Pallas avait rejoint les plaines d'Anatolie. Le temps se levait enfin, le retour du soleil réjouissait Mâa et Seth, la brume n'était pas chose courante en Égypte. Mâa inspira longuement, prenant le temps de profiter des douces odeurs de thym qui lui chatouillaient les narines. « Râ veille sur nous ! » s'exclama-t-il en regardant le soleil.
- Qui est Râ ? s'étonna Frank.
- C'est la principale de nos divinités, et je suis son humble serviteur ! Et toi, qui vénères-tu ?
« Personne », répondit Frank, provoquant l'ahurissement de l'Egyptien.
Inyan se rapprocha de Frank et de Mâa, ne cachant nullement son exaspération naissante.
- Nous vénérons nos druides et la nature. On ne connaît pas ton Râ, mais s'il nous aide alors il est bon de l'avoir à nos côtés. Bon, on avance ou on se raconte nos vies ?
- Inyan, on peut bien parler en marchant non ?
- Bien entendu mon frère, bien entendu, mais marchons d'un bon pas !


Quelques nouvelles journées de marche suffirent à rejoindre le littoral égéen. À de nombreuses reprises, le petit groupe tomba sur des Sinanthropes. À chaque fois, l'affrontement avait été évité, Seth et Pallas ouvrant alternativement la marche. Shiro conversait avec Pallas, l'Hindou étant très désireux d'en apprendre davantage sur la Grèce. L'Inde semblait passionner l'originaire d'Argos, les récits de son périple à travers la jungle et les déserts provoquaient son admiration. Remontant le littoral vers le nord, les aventuriers arrivèrent dans un petit village côtier. Contre quelques pièces, ils purent prendre place dans un navire en partance pour la Grèce.  Après deux jours de traversée paisible, c'est en Thrace que les sept élus refoulèrent le sol hellène.


- Bien ! Pallas, c'est toi le grec, alors sommes-nous loin de ton oracle ? Demanda Inyan en dévisageant son compagnon avec curiosité.
- Nous sommes à plusieurs jours de marche Inyan. La Grèce du nord est assez sauvage, il ne faudra pas quitter les chemins, sinon nous pourrions faire de mauvaises rencontres. Nous allons la traverser en suivant la route du sud.
- C'est toi le guide, reprit l'aîné des frères Thall, nous te suivrons !


Après trois nouvelles journées de marche, les sept compagnons furent surpris par un violent orage. L'eau tombait en trombe, transformant les petits ruisseaux en furieux torrents. On eut dit que la fin des temps était proche ... le grondement sourd du tonnerre inquiétait Pallas « Zeus est en furie, j'espère qu'il n'en a pas après nous ! ». Alors que les compagnons tentaient de se protéger des éléments, Frank cherchait un abri. Son regard incisif s'arrêta soudain sur un entassement de roches. « Là-bas, une grotte ! Venez, allons nous y réfugier en attendant la fin de l'orage ».
La caverne avait une petite ouverture mais offrait un excellent abri contre la pluie. Pendant que chacun se séchait, Frank prit l'initiative d'allumer un feu. Les aventuriers purent enfin s'asseoir autour du feu afin de faire sécher leurs vêtements...
« Belle idée que tu as eue là mon frère ! »
« J'ai vu ce tas de bois et ces brindilles qui traînaient alors j'ai pris ma pierre à feu. »
Le silence se fit, simplement troublé par les craquements du feu. Le petit foyer réconfortait les élus qui regardaient les éclairs s'abattre sourdement sur un arbre tortueux qui gardait l'entrée de la grotte. « Je n'aime pas ça » murmura Seth, tout en regardant un nouvel éclair frapper l'arbre.
- Pourrais-tu être plus explicite ? demanda Pallas en essuyant son visage humide avec un morceau de tissu usé.
Seth aux yeux de braise le regarda avec colère, mais un court instant seulement. Il arbora une moue moqueuse, sûr de ses conclusions.
- C'est pourtant évident. Voici une grotte. Nous y trouvons un tas de bois avec des brindilles. Conclusion cette grotte a été occupée ou .... Est occupée.
- Je dirais plutôt qu'elle a été occupée, répondit Mâa en regardant tranquillement les flammes danser.
- Comment ça ?
- Regardez bien ce long morceau qui se consume : ceci n'est pas un morceau de bois, ceci ressemble plus à un os humain ... un tibia je dirais !
« Et il n'y a pas qu'un os, il y en a partout autour de nous ». Seth venait de se lever et d'éclairer le reste de la grotte avec une torche improvisée. Le sol était jonché d'ossements divers et recouvert de taches de sang séché. Certains os étaient complètement broyés, la plupart tapissés d'un voile blanchâtre.
- Des toiles d'araignées ...
L'Hindou, pourtant de nature calme, s'emporta « Ne dis pas n'importe quoi Pallas, elles sont bien trop grandes ! ».
- Il a raison ... Shiro a raison, intervint Frank. Je ne sais pas si vous avez de tels monstres en Égypte Seth, mais dans nos forêts on rencontre parfois des araignées géantes. Et çà ce sont des toiles géantes .....
- Et ça ce sont les restes de Sinanthropes on dirait, regardez les armures et les armes ... regardez ce sac, qu'est-ce qu'il peut contenir ?
- Ne restons pas ici, partons sous la pluie ! Je haie les araignées géantes Shiro, laisse ce sac, sortons !
- Le grand Inyan aurait peur ! s'exclama Seth en souriant. Allons allons, calme-toi ... alors Shiro, qu'y a-t-il dans ce sac ?


Shiro avait pris sa sacoche, la dégageant des restes déchiquetés d'ossements de Sinanthropes. Il en sortit une statuette de pierre, de forme humaine. Dès le moment où la cette dernière fut sortie de la sacoche, elle scintilla d'un halo verdâtre. Au même moment, les pendentifs se mirent à raisonner autour des cous des élus. Fermant les yeux, chacun pût entendre une voix intérieure : « Ramène-moi à ma mère, ramène-moi à ma mère ».
- Par Râ ! Ce n'est tout de même pas ça !
«  Que veux-tu dire ? » demanda Shiro en contemplant la statuette.
- Il veut dire qu'on doit partir d'ici avant de finir comme ces ossements !
Seth s'énerva pour de bon : « Inyan, calme-toi voyons, ta peur des araignées est ridicule ». Il souffla d'exaspération et se retourna vers son compagnon de Tanis. « Que veux-tu dire Mâa ? »
- Mais c'est pourtant clair non ? Tu ne le vois pas Frank ? Tu ne comprends pas Shiro ? Vous ne voyez pas ? Cet orage n'avait rien de normal ... cette grotte, juste au bon endroit ... cette statuette qui brille de mille feux, qui représente une figure féminine, qui fait raisonner nos pendentifs, qui nous parle de sa mère ...
- Les filles de Cybèle sont des statuettes ! De simples statuettes !


Tout à sa joie, Shiro n'avait rien entendu venir. D'ailleurs personne hormis Inyan ne vit arriver le sinistre monstre. Poussant un cri de frayeur, Inyan se jeta sur le plus gros morceau de bois qui se consumait dans le feu et le jeta rageusement derrière Seth.
- Tu es un grand malade, tu le sais ? Tu as failli me brûler, bougre d'idiot !
- L'idiot est heureux de vous apprendre qu'un monstre à huit pattes se trouve dans votre dos et se fera un plaisir de vous déguster dans quelques instants !


Tout à leur affaire, les élus n'avaient pas entendu l'arrivée d'une gigantesque araignée. Le monstre mesurait près de deux mètres de haut, était de couleur marron, hérissé de poils noirs. Les mandibules s'agitaient dans tous les sens, laissant couler un liquide noirâtre sur le sol. Au contact de ce dernier, une petite fumée suffocante se dégageait, laissant peu de doute quant à la dangerosité du liquide. La vision cauchemardesque de l'arachnéen monopolisait tous les regards, et personne n'avait vu que la retraite était également coupée. Barrant la sortie de la grotte, des centaines d'araignées de toutes sortes descendaient maintenant du plafond et couraient à même le sol en direction du dos d'Inyan. Certes, elles étaient toutes de taille plus conventionnelle, mais le nombre et l'effet de surprise jouaient à plein. En se retournant pour fuir, Inyan aperçut en premier ce spectacle qui lui arracha un nouveau hurlement de terreur.
- Des Sinanthropes, des dieux, tout mais pas ça ! On va se faire bouffer !
- Inyan, tais-toi ! Reprends-toi ! Prenez tous un morceau enflammé, agitez-le et fuyez vers la sortie. Pallas, prends le sac et la statuette. Je me charge de les occuper.


- Shiro tu es complètement inconscient ! Tu ne tiendras pas seul ! s'inquiéta Frank.
- Je sais ce que je fais ! Fuyez, pauvres fous !


Inyan fut le premier à prendre ses jambes à son cou, suivi rapidement par ses cinq autres compagnons. Quelques araignées s'étaient agrippées à eux, mordant et distillant leurs toxines sur les jeunes aventuriers. Seth les écrasait méthodiquement, Inyan se roulait dans tous les sens en poussant des cris de douleur et de rage. Soudain une énorme explosion émana de la grotte, laissant jaillir une épaisse fumée ocre et noire.


- Par Râ ! Qu'avons-nous fait, nous avons laissé Shiro seul !
- C'était quoi cette explosion ? Que s'est-il passé ? Shiro !! SHIRO !!
Alors que Frank criait en courant vers la grotte, il vit Shiro sortir en souriant de la fumée qui retombait  doucement. La pluie, qui n'avait pas cessé, ruisselait sur son visage radieux.
- Mais ... qu'as-tu fait ?
- De la poudre noire, Frank, de la poudre noire ! Le chaman de mon village m'a enseigné quelques recettes, et la poudre noire explose au contact du feu. J'ai toujours quelques doses sur moi, au cas où, répondit Shiro en posant sa main sur l'épaule de Frank. Et les autres, comment vont-ils ?
- Bien, Shiro, tu nous as sauvé la mise.
- C'est normal Pallas, nous sommes tous des compagnons liés par un destin commun non ? Vous en auriez fait autant.
Se débarrassant des dernières petites araignées qui s'accrochaient à lui, Seth, s'assit auprès d'Inyan qui hurlait de douleur. « Nous allons tous bien sauf Inyan, son sort est réglé, il est mauve, le poison va vite l'achever ! ».
Inyan blêmit « Hein ! Ce n’est pas possible ! ».
- Alors pourquoi hurles-tu à la mort idiot, tu as reçu une morsure d'une araignée grande comme le tiers de ta main ! Quand la prêtresse d'Hattousa saura ça ....
- Ou Nefzena, renchérit Mâa en souriant ....
- JAMAIS ! Vous ne direz jamais rien ! Je vais très bien ! Regardez !
Inyan se mit brusquement debout et sautilla sur place en faisant mine de se battre aux poings avec quelqu'un, esquivant les dernières gouttes de l'orage qui disparaissait au loin. « Ahaha, je vous ai bien eu! Les cris c’était pour effrayer les araignées et détourner l'attention de Shiro pendant que... »
- Inyan, arrête ...


Pendant que la pluie redoublait d'intensité, tout le monde souriait autour d'Inyan. Frank et Mâa s'attachaient à expulser le poison injecté dans les veines de chacun. Une partie du mystère venait de se lever, et ceci suffisait pour le moment au bonheur des élus. Ils tenaient une fille de Cybèle !


 


Nouvelles révélations


 


Ce furent les clameurs qui tirèrent Asturias de son long sommeil. Il était dans un lit, Meijuk et Akurgal étaient debout à ses côtés. L'endroit était sombre ; la pièce était assez petite et très modeste ... pour ne pas dire crasseuse. Le lit lui-même ressemblait plus à une simple couche posée à même le sol de terre battue. Un bruit mêlant chants et cris résonnait de partout.


- Tu vas mieux ?
Asturias regarda Akurgal l'air surpris ... « Ah oui, se souvint-il à haute voix, les lionnes, la morsure ». Sa main se porta instinctivement sur sa cuisse endolorie. Il parcourut avec soulagement un bandage de lin, ses compagnons s'étaient bien occupés de lui ... « Mais que faisons-nous ici ? » lança-t-il en regardant autour de lui sans cacher sa gêne face à la crasse ambiante.
- Tu as dormi pendant deux jours. La fièvre est tombée. Elle ne t'a pas raté, la lionne, mais tu es un dur à cuire. Akurgal a été blessé aussi, il est debout depuis ce matin. On attendait plus que toi.
- Où sommes-nous ?
- Nous sommes dans l'auberge des « Voyageurs anatoliens », là où nous nous rendions. Tu ne devineras jamais qui nous avons trouvé !
- Immungus ! s'exclama Asturias en se relevant soudain de son lit, sourire aux lèvres.
- Doucement le Dalmate, doucement, tu es encore faible. Et oui, c'est bien Immungus, tu es perspicace. Nous l'avons trouvé accompagné de deux filles de joie, complètement enivré. Ce type est un dingue !
- Il nous a cependant fourni des informations intéressantes, compléta Akurgal. Visiblement les quatre filles servent à ouvrir la porte menant au temple de Cybèle.
- Rien d'autre ? Sait-il qu'on le cherche à Hattousa, qu'on le croit disparu ?
- Tu peux me croire qu'il s'en moque royalement, répondit Meijuk en tendant un verre d'eau à Asturias qui se tenait maintenant assis en tailleur sur le lit. « Il boit, s'amuse avec ses filles de joie et c'est tout. D'ailleurs il est reparti ce matin, on ne sait où. »
Reposant son verre après s'être désaltéré Asturias jeta un coup d'œil circulaire dans la pièce. « Et les autres ? »
- Les autres ? Reprit Meijuk d’une voix désabusée. Ils boivent en bas, en menant l'enquête ! Bon, reposez-vous les deux blessés, nous repartirons demain matin, aux aurores, pour Hattousa. Les « chasseurs » seront bientôt de retour, je suppose. Nous verrons s'ils ont découvert quelque chose eux aussi. En tout cas on n’a plus rien à retirer de cet ivrogne d'Immungus !


Le voyage de retour fut plus tranquille, aucune bête sauvage ne venant cette fois-ci attaquer les aventuriers. De retour à Hattousa, Akurgal et Asturias allèrent expliquer à Joriams ce qu'il advenait d'Immungus. Celui-ci parut à peine étonné par la situation, lâchant simplement de dépit  « Il faudra pourtant bien qu'il rentre pour la grande cérémonie ». Les élèves de Choun Lee Jacq s'entraînaient jours et nuit, s'occupant peu du retour de leurs compagnons. Finalement, tout changea avec le retour du groupe des chasseurs quelques jours plus tard. Ces derniers rentrèrent les visages marqués par la fatigue, Nekkar portant un bandage sur le bras droit. Tous se retrouvèrent dans la grande salle de réunion à l'exception du groupe de Pallas et de l'Etranger, toujours absents. Assis autour d'une grande table, Darkhan fit le premier le récit de l'expédition menée par le maître des chasseurs.


- Nous avons marché de longues journées à la découverte de l'Anatolie. En chemin, nous avons rencontré de nombreux dangers. Nous avons été attaqués par des bêtes sauvages atteintes de folie. Nous avons surtout été de nouveau attaqués par un groupe de Sinanthrope. C'est pendant cet engagement que Nekkar fut blessé. Snyderthur nous a conduit à un certain Bombadilos. Il nous a dit que ce personnage était à même de résoudre bien des mystères pour peu que l'on puisse le contenter en lui offrant un bon repas. Ce sage, un peu spécial, nous a appris que l'Etranger était venu le voir. Il nous a dit, comme il lui avait dit quelques jours auparavant, où se trouvent les filles de Cybèle.
Le groupe qui s'était constitué autour de Rahotep était stupéfait. Ce dernier s'empressa de poser la question qui brûlait les lèvres de ses amis : « Où ? De grâce ne nous fais pas languir ! »


- Et bien, reprit Darkhan en lisant ses notes couchées sur un recueil de bambous, l'une se trouve en Grèce. L'autre se trouve en Germanie. La troisième est en Mésopotamie. La dernière se trouve dans les montagnes d'Anatolie, à proximité du Caucase. Sachez également que ces filles sont des statuettes luisantes, selon les dire de Bombadilos ...
- C'est un bon début, mais ces contrés sont vastes ... par où commencer ? interrogea Rahotep en se grattant le menton.
- Nous aurons des signes divins lorsque nous en serons proches, affirma Thrall. C'est ce que le vieil homme nous a dit. Je vais partir en Germanie avec Artholos, Hanz, Yshba et Memnoch dès demain. Nous sommes les plus à même de remplir cette mission dans une terre si lointaine : nous sommes presque tous des chasseurs. Plus encore, Artholos, Hanz et moi-même connaissons bien les lieux. Nous serons de retour dans cinq lunes.
« Vous semblez en effet les plus à même de remplir cette mission lointaine ». Akurgal se leva de sa chaise, posant ses deux mains sur la table et prenant un air grave inhabituel. « Qui viendrait avec moi en Mésopotamie ? C'est ma terre, je saurais y retrouver la fille de Cybèle ».
- Moi, dit Darkhan en se levant à son tour, j'irais avec toi !


Dimitre et Ryusei se proposèrent également, Nekkar complétant le petit groupe. « Tu te sens d'attaque Nekkar ? »,  insista Akurgal en regardant les bandages du chasseur.
- Oui, sans aucun problème, je ne serais pas un poids, crois-moi. J'en ai vu d'autres et, de toute façon, je ne compte pas rester seul ici à me morfondre. Je préfère le grand air !
- J'aimerais soulever un dernier point avant nos départs. Nous avons trouvé cette affiche sur un Sinanthrope qui nous a attaqué à deux journées de marche d'ici.
Artholos fit passer à l'assemblée une petite affiche qu'il lut préalablement à haute voix.


« Moi, grand prêtre (je tiens à rester anonyme) offre son poids d'or par tête de pèlerins récemment arrivés à Hattousa ayant eu la folle audace d'enlever mes deux fiancées dans l'auberge des voyageurs d'Anatolie ! Ce sacrilège ne doit pas rester impuni ! »


- Voilà une nouvelle inquiétante ... on nous accuse de quelque chose que nous n'avons pas commis ! Nous avons bien rencontré un prêtre entouré de prostitués dans cette auberge, mais nous n'avons aucunement porté atteinte à ces jeunes femmes ! Moi, Nibel, le jure sur ce que j'ai de plus cher !
- Cet Immungus ne manque pas d'air, pesta Harald.
- Tu as raison, il ne perd rien pour attendre ce vieil ivrogne, compléta Nekkar le regard furibond.
- Ce n'est peut-être pas lui, méfions-nous des évidences. Quelqu'un d'autre cherche peut-être à nous porter préjudice ... il s'agira de savoir qui, et vite. Il faudra retourner voir Immungus, du moins le retrouver.
- Tu as raison Asturias, mais je pense que nous devrions atteindre que tu te rétablisses complètement et que le groupe de Pallas revienne. Ils seront là normalement dans deux à trois semaines, ce qui nous laissera le temps de reprendre des forces et d'enquêter un peu plus avant ici même, à Hattousa. Nous pourrons partir en quête d'Immungus et des deux dernières des filles plus tard.


Comme convenu, Rahotep et Asturias décidèrent d'attendre le retour du groupe de Pallas en Hattousa. Tous deux consacrèrent les jours suivant à lire tout ce qui pouvait les aider auprès de Joriams. Harald et Meijuk restèrent également avec eux, tout comme Cléops et Séléné. Ce dernier resta seul avec son maître pour parfaire sa technique de combat, la chose seule qui l'intéressait pour le moment. Harald et Meijuk quant à eux, passaient beaucoup de temps avec Cléops, échafaudant des hypothèses plus ou moins farfelues, se racontant leur vie en attendant de partir à leur tour à la recherche d'une des fameuses filles. Un soir, dans la salle où tout le monde se réunissait pour boire, les trois hommes conversaient une nouvelle fois sur la folie qui s'était emparée des animaux sauvages... Un serveur se rapprocha de leur table, tenant dans ses bras une jarre et trois sortes de bols de terre cuite. Il les interrompit sans ménagement dans leur conversation : « Voilà vos bières ». Quatre hommes, assis juste à côté, étaient alors en pleine discussion. L'alcool aidant, ils parlaient de plus en plus fort et leurs paroles vinrent aux oreilles de nos amis.
- Tu ne connais pas la nouvelle ? Immungus n'est toujours pas rentré ! Pourtant c'est lui qui doit préparer la procession pour les Télépinous !
- Bah il serait encore dans l'auberge des « Voyageurs d'Anatolie » que cela ne m'étonnerait pas ! Il passe son temps là-bas !
- Il ne manque pas de culot ! En pleine préparation de culte, passer son temps dans ce repère de brigands en tout genre ! Les Télépinous sont trop dangereux pour qu'on oublie de faire leur procession annuelle ! Immungus nous fait courir une malédiction !!!
- Mais tais-toi, les Télépinous c'est pour les gosses, ça n'existe même pas ! Tout ça c'est pour le folklore. Les pèlerins font marcher nos affaires, voilà la réalité !

Un souffle parcourut alors Hattousa, transportant une voix de femme qui retentit avec force : « Je ne puis tolérer qu'un membre de mon sanctuaire soit un impie ! Rejoins ceux qui errent dans la Forêt des Morts et que je pleure, sur le champ ! » Dans un éclat de lumière celui qui avait mis en doute l'existence des Télépinous disparut sous les yeux d'une assemblée terrorisée.

Le serveur se rapprocha des trois compagnons et glissa doucement « Il est allé rejoindre le monde des ombres ... méfiez vous de la colère de Cybèle ... sans les Télépinous sa tristesse est dangereuse »


Notes :
(1) Syrie actuelle, à proximité de la frontière turque.

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